COVID-19 : quel impact du confinement sur la consommation de drogues ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), à travers son dispositif Tendances récentes et nouvelles drogues (TREND), a évalué les effets du confinement sur les usages et l’offre de drogues, ainsi que sur la prise en charge des usagers. Ce dispositif s’appuie sur des données collectées par des coordinations locales implantées dans huit agglomérations métropolitaines, auprès d’informateurs (usagers de drogues, professionnels du secteur médico-social, de la réduction des risques et des dommages [RdRD]...). La dernière synthèse publiée intègre les données recueillies jusqu’au 7 mai 2020.

Diminution ou arrêt des usages pour certains, augmentation pour d’autres…

Pour certains usagers, le confinement a favorisé l’arrêt ou la diminution drastique des consommations, notamment de cannabis et/ou de cocaïne, pour plusieurs raisons :

  • Des usagers citadins ont quitté leur domicile pour se confiner loin des centres urbains, en famille ou entre amis. Ils ont alors pu être confrontés à l’impossibilité de s’approvisionner localement, au risque d’amende en cas de déplacements vers les zones urbaines ou au fait que leur entourage confiné avec eux n’avait pas connaissance et/ou ne tolérait pas ces consommations.
  • L’absence ou la raréfaction des temps festifs a également été un facteur déterminant de l’arrêt des consommations, notamment pour les usagers dont les consommations se limitaient à ce contexte.
  • La transformation des temporalités a également conduit certains usagers à modifier leur consommation, notamment pour ceux ayant l’habitude de consommer de l’alcool ou du cannabis après une journée de travail.
  • Certains usagers ont profité de la situation pour réduire ou arrêter volontairement leur consommation qu’ils considéraient comme trop envahissante.

Pour d’autres, au contraire, le confinement a entraîné une augmentation de leur consommation de produits psychoactifs pouvant être liée à :

  • La constitution de réserves de cannabis ou de cocaïne délicates à gérer.
  • L’absence d’abstinence imposée par le travail et ses horaires.
  • La nécessité de faire face au surcroît d’angoisse généré par le confinement.

Le produit de surconsommation le plus cité demeure l’alcool, notamment parce que c’est un produit légal facile à se procurer, contrairement aux produits illicites devenus moins accessibles du fait du contrôle et de la restriction des déplacements au niveau national et de la fermeture des frontières extérieures de la France. Le prix de ces produits illicites a parfois doublé, voire triplé. La prise d’alcool est souvent justifiée par l’ennui.

La question des surdoses aux opioïdes, mortelles ou non, au cours du confinement reste à documenter de manière précise.

Des reports d’usages 

Parallèlement à la hausse des consommations, des reports d’usages ont également été rapportés chez des populations particulièrement consommatrices de produits psychoactifs, notamment vers les médicaments de substitution aux opioïdes (MSO) et les benzodiazépines. C’est par exemple le cas de consommateurs de cocaïne en injection qui, rencontrant des difficultés pour s’approvisionner (par manque de ressources financières ou par crainte d’être verbalisés en se déplaçant), se sont reportés vers l’injection de Skénan ® ou de Subutex ® , toujours disponibles sur le marché noir. Des surconsommations de MSO ont également été signalées pour des patients suivis en Centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) et qui étaient relativement stabilisés mais qui disposaient d’importantes quantités de produits chez eux, du fait des mesures d’assouplissement des délivrances. Cet assouplissement a également permis à certains de revendre ou d’utiliser les médicaments comme monnaie d’échange pour acheter de l’alcool et de la cocaïne. Des difficultés d’approvisionnement ont également conduit des consommateurs à demander leur mise sous traitement de substitution aux opioïdes.  Les difficultés d’accès à certains produits comme la cocaïne ou le cannabis semblent  également s’être traduites par des reports vers des usages de benzodiazépines. Par ailleurs, des usages intensifs de cannabis pour compenser un moindre usage d'héroïne ont également été observés.

Une prise en charge plus difficile

La pandémie de COVID-19 a également eu de multiples répercussions sur les pratiques des professionnels du champ des addictions et de la réduction des risques et des dommages (RdRD). Il leur a fallu assurer la continuité de l’accès aux soins ainsi qu’au matériel de RdRD souvent en urgence et parfois en ne disposant pas des moyens de protection suffisants vis-à-vis du virus. Face à la contagiosité du COVID-19, il a fallu repenser les gestes et les conseils de RdRD en direction des usagers, comme le fait d’étendre le non-partage à l’ensemble du matériel de consommation et des contenants (ne pas partager de cigarettes, de joints, de canettes, ne pas partager les supports sur lesquels les lignes de cocaïne sont faites...).