COVID-19 : pourquoi les enfants sont-ils moins susceptibles ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Les enfants sont, on le sait, peu touchés par la maladie COVID-19. Selon le dernier bulletin hebdomadaire détaillé publié par Santé Publique France le 9 avril, 110 enfants de moins de 14 ans étaient en cours d'hospitalisation en France, dont 32 en service de réanimation et 341 de cette même classe d'âge étaient déjà sortis après guérison depuis le début de l’épidémie. Des chiffres faibles en comparaison du nombre total de sujets hospitalisés depuis le début de l’épidémie (5 7.021). Dans le même ordre de grandeur, le JAMA a publié l’analyse d’une série de cas confirmés en février 2020 qui montrait que, parmi 44.672 personnes contaminées en Chine, 416 cas étaient recensés chez les moins de 10 ans et 549 chez les 10-19 ans. Une analyse rétrospective italienne colligeant 1.591 patients admis en réanimation dans les services de soins intensifs de Lombardie ne recensait de son côté aucun sujet de moins de 20 ans. Enfin, une méta-analyse parue fin mars, et qui a compilé 45 études, indique que les moins de 19 ans concernent 1 à 5% des cas de COVID-19, avec une forme légère pour la plupart d’entre eux, les décès étant exceptionnels.

Quelles hypothèses derrière la faible vulnérabilité des enfants au virus ?

Trois principales hypothèses sont avancées pour expliquer la faible susceptibilité des enfants à l’infection, et sont évoquées dans un article paru dans Pediatric Pulmonology :

- la première pourrait être liée aux récepteurs ACE2, dont on connaît l’implication dans  le mécanisme d’entrée du virus dans les cellules respiratoires. Il est possible que ces récepteurs soient localement moins nombreux ou fonctionnels, ou encore que la réponse intracellulaire induite après fixation sur le récepteur soit moins intense que celle observée chez les adultes.

- la deuxième repose plus classiquement sur l’immaturité de l’immunité de l’enfant, notamment la réponse innée qui reste imparfaite et limite également le niveau de la réponse adaptative. Ceci expliquerait notamment la raison pour laquelle la sévérité de la réponse inflammatoire est généralement moins élevée chez l’enfant.

- Enfin, le fait d’entrer fréquemment en contact avec de nombreux virus respiratoires communs permettrait l’existence d’une réponse immunitaire moins spécifique, mais offrant une certaine protection croisée.

Les données de la recherche fondamentale permettront d’apporter des éléments de réponse confirmant ou non ces hypothèses. La recherche clinique y contribuera aussi à l’international comme en France où une quinzaine d’études dédiées spécifiquement ou incluant des enfants, sont actuellement en cours. Il s’agit essentiellement de cohortes observationnelles et de registres, et leurs données permettront de mieux comprendre les paramètres biologiques, cliniques, virologiques ou immunitaires qui les différencient des adultes.

A l’inverse, les raisons de l’existence de formes sévères chez l’enfant sont aussi investiguées. Si l’existence de variants génétiques favorisants est privilégiée, les travaux de recherche se poursuivent et pourraient offrir des pistes thérapeutiques pour eux comme pour les adultes.

Formes asymptomatiques et dépistage

Les tests PCR réalisés après écouvillonnage nasopharyngés sont plus souvent négatifs chez les enfants, sans que l’on sache si ceci repose sur une sensibilité du test plus faible chez eux ou s’ils présentent une excrétion virale plus faible ou plus brève. Beaucoup présentent aussi des formes asymptomatiques. Par ailleurs, les symptômes des enfants sont, comme chez l’adulte, protéiformes et non spécifiques, les symptômes et signes cliniques pouvant être isolés ou associés, et plus ou moins sévères selon la  synthèse présentée par Infovac :

- Signes respiratoires : rhinorrhée, obstruction nasale, toux, tachypnée,

- Dysphagie,

- Fièvre d’intensité variable et signes d’accompagnement de la fièvre (frissons, courbatures, céphalées, asthénie, irritabilité, anorexie, mauvaise hémodynamique périphérique), pouvant survenir sans fièvre,

- Troubles digestifs dont la diarrhée,

- Éruption non spécifique, conjonctivite parfois rapportée,

- Signes neurologiques.

Les nouveaux-nés présenteraient souvent une fièvre isolée et mal tolérée avec irritation et hypotonie, sans signes respiratoires.

L’ indication d’hospitalisation est fondée sur les mêmes critères que ceux utilisés pour la prise en charge d’une infection respiratoire aiguë pédiatrique, ou de toute autre pathologie, à savoir les critères cliniques (toux fébrile ou dyspnée fébrile) et les facteurs de vulnérabilité, associés au contexte familial et de vie.