COVID-19 : pour une stratégie d’endiguement de la circulation virale

  • Serge Cannasse
  • Actualités professionnelles
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Le site de réflexion Terra Nova (qui se définit comme « progressiste ») a réuni un groupe de travail sur les différentes stratégies possibles pour lutter contre la pandémie de COVID-19 en France. Son rapport écarte d’emblée le seul recours à la vaccination, pour plusieurs raisons.

D’abord, le succès des campagnes vaccinales britannique et israélienne tient à leur conjonction avec des mesures strictes de confinement, comme le montre a contrario celle déployée au Chili, et dont l’intensité n’a pas permis de compenser l’absence de restrictions à la mobilité. Ensuite, la diffusion des variants et notamment de celui dit « indien » risque de compromettre l’efficacité des vaccins, même si ceux à ARNm peuvent s’y adapter plus ou moins rapidement (en 5 à 6 mois). De plus, l’atteinte d’une couverture vaccinale suffisante est loin d’être acquise, notamment en raison des réticences d’une bonne partie de la population. Il n’est pas certain qu’elle suffise à limiter la circulation virale, même si les exemples britanniques et israéliens sont encourageants. Enfin, tant que le virus persistera dans certaines parties du monde, il mettra en danger les autres.

 

Une fois écarté le seul recours à la vaccination, restent trois stratégies, dont seules deux sont actuellement débattues : la mitigation (« vivre avec le virus » ou « stop and go ») et l’éradication (« zéro covid »). Le rapport préconise une troisième voie, l’endiguement, ou « suppression ». Les trois, bien connues en santé publique, utilisent la même palette d’outils, mais avec des intensités différentes et surtout des objectifs différents.

La mitigation a pour ambition de limiter l’impact de l’épidémie sur les capacités hospitalières. Elle conduit donc à tolérer un niveau élevé de diffusion du virus dans la population et à protéger les personnes les plus vulnérables. Son indicateur est le niveau d’occupation des lits de soins critiques. Son modèle français est la grippe saisonnière. C’est la stratégie de la plupart des pays européens, en particulier la France. Le rapport la réfute pour quatre raisons :

  • son bilan humain est lourd (décès, COVID long, troubles mentaux, retards à la prise en charge des patients non COVID, etc),

  • elle favorise le développement de nouveaux variants,

  • son impact économique est sérieux (fragilisation des entreprises, freinage des investissements par manque de perspectives claires, etc),

  • elle ne favorise pas la coopération entre États européens (risques de divergences entre pays sur les contrôles frontaliers).

L’éradication a pour but de supprimer toute circulation virale. Son principal indicateur est le taux de nouveaux cas quotidiens rapporté à la population (incidence). Elle a été mise en œuvre avec succès par plusieurs pays (Chine, Taïwan, Nouvelle-Zélande, Australie). Son modèle épidémiologique est celui de la variole, mais aussi le SARS-CoV-1, combattu avec succès sans vaccination disponible. Elle a recours à des mesures drastiques de limitation des contacts sociaux, pendant un temps limité, et renouvelées à chaque résurgence virale. Son impact humain et économique est réel, mais bref. Sa très mauvaise acceptabilité par les populations la rend inapplicable en France et en Europe.

L’endiguement accepte un niveau de circulation virale maîtrisée pour limiter les dégâts humains et économiques. Son modèle est celui du VIH/Sida. Ses indicateurs sont ceux proposés par le Conseil scientifique en octobre 2020 : mobilité, incidence des cas, incidence des formes graves. Cette stratégie se déroule en deux phases. La première vise à passer sous le seuil des 5.000 contaminations par jour. Elle poursuit et renforce les mesures actuelles pour encore 6 à 8 semaines, « en se donnant les moyens d’une clarté pédagogique sur les objectifs. » La seconde vise au maintien du contrôle épidémique :

  • Gestion des frontières internes et externes de l’Union européenne, vaccination prioritaire des professionnels au contact du public,

  • Stratégie tester-tracer-isoler effective, ce qui est encore loin d’être le cas en France, notamment sur le versant « isoler » (rendre la quarantaine obligatoire et renforcer les dispositifs de soutien à l’isolement et à la quarantaine à domicile),

  • Limitation des contacts sociaux et de la mobilité, notamment dans les établissements scolaires, à adapter selon les situations.

Le succès de cette stratégie passe par son annonce et sa justification à la population, dont l’adhésion devrait sortir renforcée par « la qualité de l’instruction des arbitrages et la transparence des délibérations. » Il faut notamment « rendre intelligibles les critères de proportionnalité et d’équité qui seuls peuvent motiver les restrictions de libertés nécessaires. »