COVID-19 : Plus que la valeur de la CRP à l’admission, c’est sa dynamique qui importe !

  • Mueller AA & al.
  • Cell Rep Med

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Selon le Professeur Frédéric ADNET, Chef de Service des Urgences de l’Hôpital Avicenne, Paris, « L’identification précoce des sujets qui sont à risque de dégradation dès les premières heures post-hospitalisation constitue un véritable challenge pour les équipes hospitalières. La récente étude présentée ici suggère que l’augmentation de la proteine C réactive (PCR) dans les 72 premières heures post-hospitalisation pourrait constituer un critère prédictif de la décompensation de la fonction respiratoire du patient. Déterminer des critères prédictifs de l’évolution du patient dès son admission permet la mise en place une stratégie thérapeutique ciblée, et offre au patient les meilleures chances pronostiques. Certes, ces données mériteront d’être confirmées, mais l’originalité de cette étude est d’avoir comparé des constantes en fonction de l’évolution des patients et non entre patients sévères et non sévères comme l’ont fait beaucoup d’autres études. Il est vrai que l’évaluation de la fonction respiratoire à l’admission ne permet pas de distinguer si le patient restera stable ou se dégradera. Quant aux biomarqueurs de l’inflammation, certes a posteriori on sait qu’ils sont plus élevés chez ceux qui iront en soins intensifs que chez les autres, mais cette étude suggère qu’ils augmentent dès les premiers jours post-hospitalisation chez ceux qui se dégraderont. Plus que la valeur de la CRP à l’admission, c’est sa dynamique qui importe ! »

Méthodologie et principaux résultats

Une étude rétrospective de cohorte basée sur les 100 premiers patients admis dans un hôpital de Boston (USA) pour infection respiratoire sévère de COVID-19 ont été inclus dans les analyses. Les auteurs de cette publication ont stratifié les patients en 3 cohortes en fonction du profil d’évolution a posteriori des patients :

1)- Patients présentant une forme mineure (sujets stables ayant tout au plus nécessité une oxygénation classique) ; 

2)- Patients initialement stables avec une forme mineure qui se sont dégradés (ont nécessité une intubation, une ventilation mécanique ou l’utilisation d’oxygène à haut débit (OHD) ;

3)- Patients d’emblée sévères (instables et nécessitant une intubation ou une OHD dans les 12 heures après leur admission hospitalière).

Au total, 54% des patients inclus étaient des patients avec une forme légère de COVID-19, 29% se sont dégradés et 17% étaient d’emblée sévères. Les patients qui se sont dégradés et les patients sévères étaient plus âgés que les autres (respectivement 67 ans, 68 ans vs 59 ans). En revanche, aucune autre caractéristique démographique, pathologique ou sociale ne les distinguaient. 

Quel que soit le profil initial du patient (stable léger, dégradé, sévère), l’hospitalisation avait eu lieu environ 1 semaine après l’apparition des premiers symptômes. Les patients légers ont passé environ 6 jours en hospitalisation, alors que les patients dont l’état s’est dégradé ou qui avaient d’emblée une forme sévère sont restés hospitalisés ou sont décédés dans les 20 jours post-hospitalisation. Au moment de l’étude, il n’était pas préconisé d’utiliser l’OHD chez les patients hospitalisés pour COVID-19 dans cet établissement, ainsi sur les 46 patients jugés d’emblée sévères ou s’étant dégradés, un seul a bénéficié de cette technique et 45 ont été intubés et placés sous ventilation mécanique. Sur les 100 patients inclus dans les analyses, 24% sont décédés, (4% de formes stables légères, 41% de sujets qui se sont dégradés et 59% de sujets d’emblée sévères).

Chez tous les patients, les taux de CRP atteignent un pic environ 10 jours après l’apparition des premiers symptômes. L’analyse dans le temps des taux de CRP des trois catégories de patients mentionnés montre que les taux des patients qui sont restés avec une forme stable légère étaient plus bas et ont connu un plateau. En revanche, les patients qui se sont dégradés et ceux qui étaient d’emblée sévères ont eu une augmentation rapide et importante de la CRP. Entre les mesures réalisées à 24-48h et 48-72h, les taux de CRP ont continué à augmenter dans le groupe qui s’est dégradé (passant de 182,0±101 à 190,1±99 mg/L), alors qu’ils ont diminué chez les patients stables avec une forme légère de COVID-19 (97,6 ±72 mg/L vs 90,2 ± 64 mg/l). L’évolution des taux de CRP dans les 72h après hospitalisation était significativement différente chez les patients qui se sont dégradés par rapport aux patients qui sont restés stables (p=0,009), en revanche elle était similaire entre les patients qui se sont dégradés et les patients avec une forme d’emblée sévère (p=0,81).