COVID-19 : pas de preuve épidémiologique d’un effet protecteur du vaccin BCG


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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À retenir :

  • Des analyses épidémiologiques ont mis en évidence une incidence et une sévérité moindres du COVID-19 dans les pays ayant une politique de vaccination universelle par le BCG, suggérant un effet protecteur de ce vaccin
  • Une nouvelle analyse épidémiologique vient d’être publiée et prend cette fois en compte les variables confondantes, comme le taux de tests de dépistage du SARS-CoV-2
  • Après correction selon les variables confondantes, il ne semble plus y avoir d’association entre les recommandations vaccinales pour le BCG et le taux de propagation ou de mortalité de l’épidémie de COVID-19
  • Les résultats des études cliniques en cours sont attendus pour trancher cette question

 

Des essais cliniques ont été lancés dans différents pays afin d’évaluer l’intérêt du vaccin BCG pour prévenir la survenue et la gravité de l’infection par le SARS-CoV-2 (voir article univadis : « COVID-19 : pourquoi le BCG est-il une piste ? »). L’intérêt porté à ce vaccin repose sur :

  • Son effet protecteur non spécifique connu vis-à-vis d’autres infections que la tuberculose, potentiellement lié à une action sur l’immunité innée ;
  • De premières analyses épidémiologiques ayant mis en évidence une incidence et une sévérité moindres du COVID-19 dans les pays ayant une politique de vaccination universelle par le BCG.

Cependant, les résultats de ces études épidémiologiques ne sont pas systématiquement corrigés selon les variables confondantes potentielles, incluant les facteurs socio-économiques, les comorbidités et le taux de tests pour le SARS-CoV-2.

Une étude qui vient d’être publiée dans la revue Scientific Reports a cherché à évaluer si les recommandations vaccinales pour le BCG de 74 pays étaient corrélées à la propagation et à la mortalité de l’épidémie de COVID-19 après ajustement sur les variables confondantes. Il a ainsi été distingué :

  • Les pays ayant actuellement une recommandation vaccinale universelle pour le BCG ;
  • Les pays n’en ayant jamais eu ou ceux en ayant eu dans le passé.

On peut noter que l’effet protecteur du vaccin BCG diminue avec le temps mais dure tout de même plusieurs dizaines d’années, de 30-40 ans à 50-60 ans selon les études.

Il ressort de cette étude qu’avec une analyse a priori sans ajustement sur les variables confondantes, il semble exister une corrélation entre une politique actuelle de vaccination universelle par le BCG et la faible incidence et mortalité du COVID-19. Cependant, après correction selon les variables confondantes, il ne semble plus y avoir d’association entre les recommandations vaccinales pour le BCG et le taux de propagation ou de mortalité de l’épidémie. Par exemple, le taux de tests de dépistage du SARS-CoV-2 est positivement corrélé avec l’incidence du COVID-19. Si on prend en compte ce biais important en ne considérant que les pays ayant un taux élevé de tests (≥ 10 / 1000 habitants), il n’est plus observé de différence significative concernant le taux d’incidence du COVID-19 entre les pays ayant une politique actuelle de vaccination universelle par le BCG et les pays n’en ayant jamais eu ou n’en ayant plus. D’autres variables confondantes ont été mises en évidence, comme le PIB (Produit intérieur brut), l’âge médian, le taux de population urbaine et la mortalité cardiovasculaire.

Cette étude invite à rester prudent vis-à-vis des analyses épidémiologiques montrant une corrélation entre la politique vaccinale vis-à-vis du BCG et l’importance de l’épidémie à SARS-CoV-2 dans les pays. Des études cliniques sont nécessaires pour pouvoir conclure à un éventuel effet protecteur du vaccin BCG contre le nouveau coronavirus. Dix-sept études cliniques sont actuellement enregistrées pour rechercher cet éventuel bénéfice, il nous faut donc attendre leurs résultats…