COVID-19 : pas d’immunité croisée chez les enfants ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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Le SARS-CoV-2 appartenant à la famille des coronavirus, la question d’une possible immunité croisée entre les différents virus de cette même famille se pose. Les résultats de certaines études semblent aller dans ce sens, notamment en ayant montré que des personnes n’ayant jamais été en contact avec le SARS-CoV-2 disposent de cellules immunitaires dirigées contre ce nouveau coronavirus (voir article univadis : « COVID-19 : et si l’immunité de groupe était bientôt atteinte ? »). L’existence d’une immunité croisée serait une bonne nouvelle car cela signifierait qu’une partie de la population pourrait déjà être immunisée contre le SARS-CoV-2 sans avoir été infectée : l’immunité de groupe pourrait alors être atteinte beaucoup plus facilement et rapidement que prévu…

Pour tester l’existence de cette immunité croisée, des chercheurs de l’Institut Pasteur, de l’Inserm, de l’AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris) et de l’Université de Paris ont conduit du 1 er mars au 1 er juin 2020 une étude appelée PED-COVID, dans 7 hôpitaux parisiens et de la proche couronne, auprès de 775 enfants (de 0 à 18 ans), dont 36 présentaient un syndrome inflammatoire multi-systémique (apparenté à la maladie de Kawasaki). Pourquoi une étude chez des enfants ? Car les coronavirus saisonniers sont responsables chaque hiver de rhumes et de bronchites répétées pendant la petite enfance. La fréquence et les titres des anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2 et contre les quatre coronavirus saisonniers (NL63, HKU1, 229E, OC43) ont été mesurés.

Il ressort de cette étude que la présence et le taux d'anticorps contre les quatre coronavirus saisonniers, retrouvés chez 67-100% des enfants en fonction des virus, étaient comparables entre les enfants séronégatifs et les enfants séropositifs pour le SARS-CoV-2, quelle que soit la gravité de l’infection : syndrome inflammatoire multi-systémique ou forme pas/peu symptomatique. Il semble donc que les fréquentes infections des enfants par les coronavirus saisonniers ne les protègent ni de l’infection par le virus SARS-CoV-2, ni des formes graves apparentées à la maladie de Kawasaki. Par ailleurs, cette étude confirme la très grande fréquence et le taux important d’anticorps contre les coronavirus saisonniers dans la population générale et malgré cela, de nombreuses personnes sont infectées par ces virus chaque hiver. D’où la conclusion peu optimiste de Marc Eloit, dernier auteur de l’étude, responsable du Laboratoire de Découverte de pathogènes à l’Institut Pasteur : « si le virus de la Covid-19 se comporte comme les coronavirus saisonniers, cette observation interroge sur la capacité de la population à atteindre un niveau d’immunité suffisant pour empêcher la réapparition régulière de la maladie ». Cependant, il faut noter que cette étude n'a exploré que l’immunité humorale (anticorps) contre ces différents coronavirus (SARS-CoV-2 et virus saisonniers) et non l’immunité cellulaire (lymphocytes T).