COVID-19 ou asthme : comment savoir ? Comment agir ?

  • Stéphanie Lavaud
  • Medscape
  • 25 avr. 2020

  • Actualités Médicales par Medscape
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Ces derniers jours, les appels au Numéro Vert Asthme & Allergies Infos Service montrent que l'inquiétude des patients perdure à propos des symptômes des symptômes respiratoires avec cette question récurrente : comment distinguer les signes liés au COVID-19 avec ceux d'une crise d'asthme ? Par ailleurs, des messages erronés continuent de circuler quand aux traitements qu’il est possible de prendre pour soigner son asthme, qu’il s’agisse de traitements de fond ou de la crise. Mise au point des pneumologues et des allergologues [1].

Comment différencier les symptômes d'asthme/allergies et ceux du coronavirus ?

En cette période printanière, les patients sont nombreux à s’interroger. Voici ce qui peut leur être rappelé, en les incitant à contacter leur médecin ou leur pneumologue en cas de doute :

« Dans le cas de l'asthme, les symptômes courants sont : essoufflement, difficultés à respirer, toux. En principe, ces symptômes sont rapidement soulagés par l'inhalation d'un bronchodilatateur. En aucun cas, l'asthme n'a pour symptômes : fièvre, maux de tête, perte du goût ou de l'odorat, fatigue très importante, ce qui est fréquemment le cas en revanche si l'on a contracté le COVID-19 ».

Un autre élément important est le caractère inhabituel des symptômes : si on a l'impression que la toux ou que la gêne respiratoire n'est pas comme d'habitude. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à contacter son médecin ou son pneumologue.

« Dans le cas des allergies, les symptômes courants sont : rhinite et conjonctivite. Il peut y avoir une gêne respiratoire associée, équivalent à de l'asthme (sifflements dans la poitrine, toux plutôt sèche, pouvant se manifester la nuit, qui augmente avec le rire, à l’exercice) … C’est une manifestation respiratoire de l’allergie la plupart du temps améliorée par l'inhalation d'un bronchodilatateur ».

Là encore, les allergies n'ont en aucun cas pour symptômes : fièvre, maux de tête, perte du goût ou de l'odorat, fatigue très importante, ce qui est fréquemment le cas en revanche si l'on contracté le COVID-19.

« Les personnes allergiques (pollens, poils d'animaux, acariens...) doivent prendre leur antihistaminique habituellement prescrit, ou demander conseil au pharmacien, habilité à délivrer sans ordonnance un tel traitement ».

Bien sûr, l’association rappelle que, même en période de confinement comme actuellement, les médecins généralistes, allergologues et pneumologues continuent d'assurer leurs consultations à distance, ces patients ne doivent donc pas attendre pour prendre rendez-vous si le besoin s'en fait ressentir.

Quelle différence entre l'anosmie brutale en cas d'infection COVID-19 et la perte d'odorat des rhinites allergiques ?

La perte ou diminution de l’odorat avec obstruction nasale (nez bouché) en cas d’allergie est bien connue et reconnue par les patients allergiques habitués à leurs symptômes. L’anosmie (perte de l'odorat), l'agueusie (perte du goût) sans obstruction nasale n’existent pas dans l’allergie et peuvent donc signifier qu'on a contracté le COVID-19.

En cas de doute, il est recommandé de rechercher l’existence ou l’absence d’obstruction à l’interrogatoire (en vidéo-consultation, on peut si besoin faire un test avec un miroir positionné horizontalement sous les narines, la présence de buée en expirant par le nez montre que l’obstruction n’est pas totale).

Pour les pneumologues et allergologues : « L’équation à retenir est : agueusie/anosmie sans obstruction = COVID-19 »

Les corticoïdes inhalés doivent impérativement être poursuivis

L’autre point sur lequel les pneumologues et les allergologues de l'Association Asthme & Allergies ont tenu à revenir est celui des traitements, qu’il s’agisse des traitements de fond ou de la crise. Ils ont d’ailleurs rassemblé toutes les recommandations des structures référentes de la Pneumologie et de l'Allergologie (Société de Pneumologie de Langue Française, Société Pédiatrique de Pneumologie et Allergologie, Société Française d'Allergologie, Fédération Française d'Allergologie) pour, disent-ils, « lutter contre les idées reçues qui perdurent et les nombreux messages erronés qui continuent de circuler dans les médias ».

Et toutes les sociétés savantes sont unanimes : les corticoïdes inhalés, pierre angulaire du traitement de fond de l'asthme doivent impérativement être poursuivis. « Tout patient asthmatique ayant un traitement de fond par corticoïdes inhalés doit le maintenir, même en période de pandémie au COVID-19 » insistent-ils.

« Tous les traitements de fond de l’asthme doivent être maintenus pendant la période de l’épidémie et adaptés pour que l’asthme soit parfaitement contrôlé, Notamment, le traitement de fond par corticoïdes inhalés. La corticothérapie orale au long cours doit comme habituellement être maintenue à la dose minimale efficace pour contrôler l’asthme et doit être poursuivie si elle est nécessaire pour conserver un bon contrôle de l’asthme » indique la Société française d’allergologie.

Quant à la Fédération française d’allergologie, elle souhaite également rassurer les asthmatiques sur le fait que « l’asthme n’est pas un facteur de risque de développer des formes plus sévères de COVID-19 les conduisant en réanimation, si l’asthme est bien contrôlé notamment par les corticoïdes inhalés ».

Sur la question spécifique des bronchodilatateurs

« Les bronchodilatateurs inhalés, indispensables pour soulager les symptômes d'asthme doivent être pris en cas de crise, et doivent être renforcés en cas de crise plus importante que d'habitude, avec appel au 15 en cas d'aggravation » rappelle l’association.

Cas d’un patient asthmatique qui n'a pas les symptômes du COVID-19 : il doit impérativement poursuivre son traitement de fond habituel (corticoïde inhalé)

S'il ressent un essoufflement ou une gêne respiratoire anormale : il doit prendre son bronchodilatateur sans attendre et renouveler plusieurs fois les bouffées si nécessaire (jusqu'à 10 bouffées toutes les 20 minutes).

Si pas d'amélioration ou si aggravation des signes > il doit appeler le 15. Des recommandations valables pour tous les asthmatiques, y compris hors période d'épidémie Covid-19, lorsque survient une crise, plus importante qu'à l'accoutumée.

Rappeler aussi aux patients de ne pas se rendre à l'hôpital par leurs propres moyens, mais d’attendre les secours.

Cas d’un patient asthmatique et/ou allergique qui présente des symptômes du COVID-19 (fièvre, toux, maux de tête, perte du goût ou de l'odorat) : il doit joindre son pneumologue ou son médecin pour avis.

Dans l'attente de la consultation (ou téléconsultation) : lui conseiller de prendre son bronchodilatateur sans attendre et renouveler plusieurs fois les bouffées si nécessaire (jusqu'à 10 bouffées toutes les 20 minutes).

S'il ressent une dégradation de ses capacités respiratoires, une oppression thoracique, un essoufflement important > il faut appeler le 15.

Connaitre les médicaments autorisés/non-autorisés en période de coronavirus

La Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique, en partenariat avec le Réseau Français des Centres Régionaux de Pharmacovigilance, le Collège National des Enseignants de Thérapeutique/APNET et le Collège National de Pharmacologie Médicale, et en lien avec l'ANSM, a mis en place un site internet permettant de vérifier si un médicament présente des risques en cas de symptômes de COVID-19 [2].