COVID-19. Moins de 4,5% de la population française a été contaminée


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Où en est l’épidémie de COVID-19 en France à la date du déconfinement, le 11 mai 2020 ? Quelles leçons en tirer pour l’avenir ? Pour en avoir une évaluation la plus fiable possible, une équipe dirigée par un chercheur de l’Institut Pasteur a effectué une modélisation à partir des données hospitalières françaises et de celles issues du bateau de croisière Diamond Princess. Après qu’un cas de COVID-19 ait été diagnostiqué parmi ses passagers, l’ensemble de ceux-ci a été testé pendant la mise en quarantaine du navire, en février 2020.

Hospitalisations et décès

Les résultats de la modélisation indiquent que 3,6% [2,1-5,6] des personnes contaminées sont hospitalisées, allant de 0,2% chez les femmes de moins de 20 ans à 45,9% chez les hommes de plus de 80 ans. Une fois hospitalisés, 19,0% [18,7-19,4] des patients sont dirigés en soins intensifs. Le taux de décès est de 18,1% [17,8-18,4] parmi les patients hospitalisés. Le taux de décès parmi l’ensemble des personnes contaminées s’élève à 0,7% [0,4-1,0], allant de 0,001% chez celles de moins de 20 ans à 10,1% [6,0-15,6] chez celles de plus de 80 ans. Les auteurs soulignent qu’il est comparable à ce qui a été rapporté dans d’autres études. Ils retrouvent également la prépondérance masculine en termes de risque d’être hospitalisé (RR 1,15 [1,22-1,29]), d’être admis en soins intensifs (RR 1,61 [1,56-1,67]) et de décès à l’hôpital (RR 1,47 [1,42-1,53]).

Ils ont identifié deux sous-populations parmi les malades décédèés : 15% meurent rapidement (délai moyen 0,67 jours après admission) et 85% après un délai de 13,2 jours en moyenne. Cette répartition est sensiblement la même quel que soit le groupe d’âge. Plusieurs interprétations sont possibles : délai du recours au système de soins, comorbidités, terrain génétique.

Prévalence de l’épidémie

Le nombre de reproduction (Ro) est passé de 2,9 (IC95 2,80-2,99) avant le confinement à 0,67 (IC95 0,65-0,68) le jour du déconfinement. Les chercheurs estiment que le 11 mai, 2,8 millions de Français ont été contaminés, soit 4,4% de la population française, un taux largement insuffisant pour assurer une immunité de groupe. Cette proportion s’élève à 9,1% dans le Grand Est et 9,9% en Île-de-France. Les nouvelles contaminations auront lieu pour 58% d’entre elles dans ces deux régions.

Limites

Le modèle a certaines limites, dues essentiellement à ce qu’il est construit à partir de la situation très particulière d’un navire en quarantaine : circulation du virus sans doute plus intense dans un endroit fermé, structure d’âges différentes, etc. La modélisation a cependant tenu compte des différents paramètres de confusion. Enfin, les données populationnelles sont seulement hospitalières. S’il s’avérait qu’un nombre de décès bien plus élevé qu’attendu avaient eu lieu hors de l’hôpital, le modèle sous-estimerait la proportion de personnes contaminées. Quoi qu’il en soit, les auteurs recommandent fortement le maintien des mesures de distanciation en période de déconfinement.