COVID-19 : les symptômes inauguraux de la maladie peuvent n’être que digestifs


  • Agnès Lara
  • Actualités Médicales
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À retenir

  • Une étude multicentrique menée au sein d’hôpitaux fortement impactés par le Coronavirus confirme que les symptômes digestifs (diarrhée et perte d’appétit le plus souvent) sont fréquents, et présents de façon inaugurale chez la moitié des patients hospitalisés pour un COVID-19 confirmé. Ils peuvent même être présents en l’absence de symptômes respiratoires.
  • Les patients qui présentent ces symptômes arrivent plus tard à l’hôpital, peut-être parce qu’ils ont déclaré les symptômes respiratoires plus tardivement, et leurs résultats biologiques sont moins favorables.
  • Les auteurs incitent à prendre en compte ces symptômes digestifs en présence de fièvre, même en l’absence de symptômes respiratoires, pour ne pas risquer de retarder le diagnostic, d’autant qu’ils pourraient contribuer à la transmission de la maladie.

 

 

Les symptômes gastro-intestinaux sont fréquemment rapportés par les patients atteints de COVID-19 (voir aussi sur Univadis). Avec un peu plus de recul sur la pathologie, une étude multicentrique transversale s’est intéressée non seulement à la prévalence de ces symptômes parmi les signes inauguraux, mais aussi à l’évolution de patients concernés et hospitalisés au sein de 3 hôpitaux de la province de Hubei, dont 2 à Wuhan.

Des symptômes digestifs chez la moitié des patients hospitalisés pour un COVID-19

L’étude a enrôlé des patients hospitalisés pour un COVID-19 confirmé par PCR entre le 18 janvier et le 28 février 2020. Parmi eux, 204 patients qui avaient bénéficié d’un scanner thoracique, et dont les résultats de tests biologiques, ainsi que les données démographiques et cliniques étaient disponibles, ont été inclus (âge moyen 52,9 ans). La plupart (90,2%) avaient reçu un traitement antiviral et 69,1% un traitement antibiotique, 7,8% ont été placés en soins intensifs, 82,4% en sont sortis après 8,9 jours en moyenne et 17,7% sont morts. Lors de leur arrivée à l’hôpital, la plupart des patients présentaient une fièvre et des symptômes respiratoires. Mais la moitié d’entre eux (103, soit 50,5%) rapportait aussi un ou plusieurs symptômes digestifs et notamment une perte d’appétit (78,6%), des diarrhées (34%), des vomissements (3,9%) et des douleurs abdominales (1,9%). Pour 6 patients, les symptômes digestifs étaient même présents sans symptômes. Les pathologies digestives préexistantes étaient rares chez ces patients.

Un profil clinique particulier des patients avec symptômes digestifs

Chez ces patients ayant des symptômes digestifs, le délai depuis la survenue des symptômes jusqu’à l’hospitalisation était plus longs que chez les patients qui n’en avaient pas (9 jours vs 7,3). La sévérité des symptômes digestifs augmentait avec celle de la maladie. Il n’a cependant pas été observé de différence sur le plan de la durée du séjour hospitalier ou en soins intensifs, ni en ce qui concerne la mortalité. En revanche, ces patients avaient des taux d’enzymes hépatiques plus élevés (ASAT/ALAT >50U/L), des lésions hépatiques plus fréquentes, un nombre inférieur de monocytes, un temps de prothrombine plus long et une fonction rénale plus faible. En ce qui concerne les traitements, ces patients recevaient plus souvent des antibiotiques (76,7% vs 61,4%), de l’interféron (55,3% vs 38,6%) et des immunoglobulines (37,9% vs 16,8%).