COVID-19 : les patients asthmatiques doivent-ils adapter leur traitement ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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En période d’épidémie de COVID-19, les personnes asthmatiques peuvent apparaître comme particulièrement vulnérables. D’une part elles représentent une population à risque d’infections respiratoires virales sévères et d’autre part, de telles infections peuvent induire des exacerbations de l’asthme. Cependant, d’après les données dont nous disposons actuellement, les asthmatiques ne semblent pas surreprésentés parmi les patients atteints de COVID-19. Toutefois, ne disposant pas de données spécifiques concernant les exacerbations d’asthme liées au SARS-CoV-2, on ne peut exclure que le COVID-19 ne puisse être responsable d’une exacerbation d’asthme.

De plus, certains patients peuvent craindre que leurs traitements (corticoïdes, biothérapies…) aient un impact négatif en cas de COVID-19 et peuvent être tentés de les arrêter…

Face à ces questionnements, le groupe asthme et allergie de la SPLF (Société de Pneumologie de Langue Française) a décidé de prendre position sur la prise en charge des asthmatiques pendant l’épidémie de COVID-19. Voici ses recommandations…

Maintenir les traitements de fond

Tous les traitements de fond de l’asthme doivent être maintenus pendant la période de l’épidémie et adaptés pour que l’asthme soit parfaitement contrôlé :

  • Les corticoïdes inhalés n’exposent pas à un risque d’infection virale respiratoire plus sévère et peuvent donc être poursuivis, éventuellement associés à d’autres classes médicamenteuses (bêta-2-agoniste à longue durée d'action [LABA], antagoniste muscarinique à longue durée d'action [LAMA], montelukast…).
  • Les biothérapies indiquées dans l’asthme (omalizumab, mepolizumab, benralizumab + dupilumab en autorisation temporaire d’utilisation) doivent être maintenues car elles ne sont pas immunosuppressives.
  • La corticothérapie orale au long cours doit être poursuivie si elle est nécessaire pour conserver un bon contrôle de l’asthme, en recherchant comme toujours la dose minimale efficace. 

On peut noter que si les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont actuellement à éviter en cas de fièvre ou de douleur car ils ont été associés à des formes plus graves de COVID-19, la Direction générale de la santé précise que les patients sous corticoïdes (anti-inflammatoires stéroïdiens : AIS) ou autres immunosuppresseurs pour une pathologie chronique ne doivent pas interrompre leur traitement, sauf avis contraire du médecin qui les suit pour cette pathologie.

Initier une biothérapie si nécessaire

En cas d’asthme sévère non contrôlé, si une biothérapie est indiquée, il n’y a pas lieu de différer son initiation. En revanche, comme habituellement, il est recommandé de ne pas débuter une biothérapie pendant une exacerbation, pour ne pas influencer les paramètres d’évaluation du traitement.

Traiter les exacerbations sans délai

En cas d’exacerbation d’asthme fébrile, même avec suspicion d’infection par COVID-19, l’administration des corticoïdes systémiques ne doit pas être retardée (même pour attendre le résultat d’un test diagnostique RT-PCR du COVID-19) car cela pourrait être fatal. La posologie habituelle doit être prescrite : 0,5 à 1 mg/kg pendant 5 jours même si l’infection par COVID-19 est confirmée.

Si le patient est un cas suspect ou confirmé de COVID-19, l’utilisation de nébulisations doit être évitée autant que possible car cela peut augmenter la dissémination du virus dans les aérosols. Les soignants et l’entourage doivent alors prendre des précautions particulières (lunettes, masque FFP2, surblouse). C’est pourquoi les bronchodilatateurs doivent être administrés en priorité avec une chambre d’inhalation si la situation clinique le permet.

En conclusion, la SPLF recommande de poursuivre les médicaments de l’asthme à dose efficace pour que l’asthme, quelle que soit sa sévérité, soit contrôlé durant cette épidémie de COVID-19.