COVID-19 : les atteintes cardiaques sont un facteur de risque de mortalité hospitalière


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude publiée dans la revue JAMA montre que près de 20%  des cas confirmés COVID-19 dans un hôpital de Wuhan avaient des atteintes cardiaques. Ces patients avaient un sur-risque significatif de mortalité hospitalière indépendant de leur âge et de l’existence de comorbidités antérieures. Ces atteintes seraient un signe permettant d’estimer la gravité de la situation, mais les mécanismes en jeu restent pour l’instant incertains. Les auteurs appellent à une vigilance renforcée chez les patients ayant également des comorbidités cardiovasculaires antérieures à leur admission.

Protocole de l’étude

Cette étude rétrospective monocentrique (Renmin Hospital of Wuhan University, Chine) a été conduite entre le 20 janvier 2020 et le 10 février 2020 sur une cohorte de sujets inclus consécutivement ayant eu un diagnostic confirmé d’infection au COVID-19. 

Pourquoi ces données sont importantes ?

Depuis les premiers cas de COVID-19 détectés en Chine en décembre 2019, plus de 30 pays sont touchés à travers le monde. De récentes données ont montré que les patients admis en soins intensifs étaient plus susceptibles d’avoir des lésions cardiaques que les patients non hospitalisées dans ces unités. Cependant, l’association entre les lésions cardiaques chez des cas confirmés de COVID-19 et le sur-risque de mortalité n’était pas prouvée. 

Principaux résultats

Au total, sur les 416 patients hospitalisés dont une infection par COVID-19 a été confirmée (âge médian 64 ans, 50,7% de femmes), l’immense majorité avait des symptômes (80,3%) dont de la toux (34,6%), des difficultés à respirer (28,1%), une fatigue (13,2%), la production d’expectorations (5,5%) et des douleurs musculaires (4,6%).

Par rapport à ceux qui n’avaient pas d’atteintes cardiaques, les 19,7% de patients qui en avaient étaient globalement plus âgés (74 ans vs 60 ans), plus susceptibles de se plaindre de douleurs thoraciques (13,4% vs 0,9%) et plus souvent porteurs de comorbidités : hypertension (59,8% vs 23,4%), diabète (24,4% vs 12,0%), maladie coronarienne (29,3% vs 6,0%), maladie cérébrovasculaire (15,9% vs 2,7%), insuffisance cardiaque chronique (14,6% vs 1,5%), bronchopneumopathie chronique obstructive (7,3% vs 1,8%) et cancer (8,5% vs 0,6%).

Les patients avec ces atteintes cardiaques avaient des examens biologiques et radiographiques plus dégradés, notamment des taux plus élevés de protéine C-réactive, de peptide natriurétique NT-proBNP, de créatine  et une plus grande proportion de taches et d’opacités dites en verre dépoli sur les clichés.

La durée médiane entre l’apparition des premiers symptômes et l’hospitalisation était comparable entre les deux groupes de patients (10 jours). 

Une proportion plus importante de patients avec atteintes cardiaques ont eu besoin d’une assistance respiratoire mécanique non invasive (46,3% vs 3,9%) ou invasive (22,0% vs 4,2%). Et les complications étaient également plus fréquentes chez les patients avec atteintes cardiaques que chez les autres, avec un sur-risque de syndrome de détresse respiratoire aigu (58,5%vs 14,7%), d’insuffisance rénale aiguë (8,5% vs0,3%), de troubles électrolytiques (15,9% vs 5,1%), d’hypoprotéinémie (13,4% vs 4,8%), de troubles de la coagulation (7,3% vs 1,8%).

La mortalité était plus importante chez les sujets ayant ces atteintes cardiaques (51,2% vs 4,5%). Un sur-risque qui restait significatif, même après ajustement sur l’âge, les maladies cardio- ou cérébrovasculaires préexistantes, le diabète, les maladies pulmonaires chroniques obstructives, l’insuffisance rénale, le cancer, le syndrome de détresse respiratoire aiguë, le taux de créatinine et de NT-proBNP.  

Sur tous les critères évalués, seules ces atteintes cardiaques et la présence d’un syndrome de détresse respiratoire aiguë constituait des sur-risques significatifs de mortalité hospitalière : augmentation du risque de mortalité d’un facteur 4,2 et 3,4 pour les atteintes cardiaques depuis l’apparition des symptômes et depuis l’admission hospitalière, et d’un facteur 7,89 et 7,11 pour le syndrome de détresse respiratoire aiguë.

Principales limitations

Compte tenu des limites logistiques liées à la gestion de la crise, certaines données manquent, notamment des données d’échographie, d’ECG,…