COVID-19 : le récepteur nicotinique de l’acétylcholine joue-t-il un rôle ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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Plusieurs chercheurs s’interrogent sur le rôle que pourrait jouer le récepteur nicotinique de l’acétylcholine dans la propagation et la physiopathologie du COVID-19. L’intérêt pour ce récepteur repose notamment sur deux constats :

  • Dès les premières publications de séries de patients COVID-19, on a constaté un faible taux de fumeurs par rapport à leur proportion relative dans la population générale.
  • L’infection par le SARS-CoV-2 semble faire intervenir le récepteur nicotinique de l’acétylcholine.

Un faible taux de fumeurs 

Le premier constat concernant le faible taux de fumeurs a suscité la mise en place d’une étude française pour évaluer la corrélation entre le tabagisme actif quotidien et la susceptibilité à développer une infection par le SARS-CoV-2, en prenant en compte les facteurs confondants (Miyara M et al., soumis pour publication, preprint disponible). Les résultats de cette étude semblent confirmer que les fumeurs actifs quotidiens sont moins à risque de développer une forme symptomatique ou sévère de COVID-19 par rapport à la population générale. En effet, le taux de fumeurs quotidiens était de 4,4% parmi les cas de COVID-19 hospitalisés et de 5,3% parmi les patients ambulatoires alors que la proportion de fumeurs quotidiens dans la population générale française est de 25,4%. L’explication de ce constat n’est pas encore établie mais il est envisagé que la nicotine puisse jouer un rôle, en tant qu’agoniste du récepteur nicotinique de l’acétylcholine.

Le récepteur nicotinique soupçonné de jouer un rôle dans l’infection

Concernant l’intervention du récepteur nicotinique de l’acétylcholine dans cette infection, elle est envisagée face à plusieurs observations :

  • La forte prévalence des manifestations neuropsychiatriques au cours du COVID-19 est en faveur d’un neurotropisme de SARS-CoV-2.
  • L’enveloppe de SARS-CoV-2 expose une boucle (chaîne de peptides) ayant une séquence similaire à un motif présent sur la glycoprotéine du virus de la rage, ce dernier étant connu pour avoir un neurotropisme directement lié à sa fixation sur le récepteur nicotinique de la jonction nerf-muscle. Il entre dans les neurones moteurs et se propage ensuite jusqu’au système nerveux central où il crée des troubles graves du comportement. Cette séquence est également similaire à un motif présent sur une toxine du venin de serpent qui a une forte affinité pour le récepteur nicotinique.
  • L’état hyper-inflammatoire et l’orage cytokinique décrits dans les formes graves de COVID-19 pourraient s’expliquer par l’intervention du récepteur nicotinique. En effet, l’acétylcholine exerce un effet régulateur de l’inflammation par son action sur le récepteur nicotinique macrophagique. Le dérèglement de ce récepteur peut entraîner une hyperactivation macrophagique avec sécrétion de cytokines pro-inflammatoires, comme cela est observé chez les patients atteints de COVID-19. Cette altération du récepteur nicotinique est à l’origine de l’état résiduel inflammatoire décrit au cours de l’obésité et du diabète, qui pourrait être amplifié en cas d’infection par le SARS-CoV-2. Cela pourrait expliquer pourquoi ces deux comorbidités sont si fréquemment retrouvées au cours des cas graves de COVID-19.

Cette piste semble donc intéressante à creuser. Des études cliniques sont en cours ou en projet pour évaluer l’impact thérapeutique des agents modulateurs du récepteur nicotinique, directs et/ou indirects, addictifs ou non addictifs, sur l’infection par SARS-CoV-2.

Fumer n’est pas la solution !

Il convient cependant d’être prudent car comme l’a rappelé la Fédération Française d’Addictologie, un éventuel effet protecteur de la nicotine vis-à-vis du COVID-19 est pour le moment une simple hypothèse alors que le fait que le tabac tue n’est plus à démontrer… “La lutte contre le tabagisme ne doit pas être affaiblie par de faux espoirs. Les ex-fumeurs ne doivent pas reprendre leur consommation, les fumeurs en cours de sevrage doivent poursuivre leur tentative d'arrêt et les non-fumeurs ne doivent pas recourir à la nicotine sous quelque forme qu’elle soit dans un objectif de prévention”.

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) rappelle également que les substituts nicotiniques ne doivent être utilisés que dans le traitement de la dépendance tabagique et sont contre-indiqués chez les non-fumeurs. Comme tout médicament, ils ont des effets indésirables, d’autant plus graves qu’ils sont pris par des non-fumeurs. Ils peuvent également entraîner une dépendance. Afin d’éviter leur mésusage et garantir leur disponibilité pour les patients traités pour une dépendance tabagique, la délivrance des substituts nicotiniques en pharmacie est temporairement limitée. L’ANSM indique que “les pharmaciens ne délivreront que le nombre de boîtes nécessaires pour un traitement d’un mois de la dépendance tabagique, renouvelable et apporteront leur conseil dans le bon usage de ces médicaments. Le nombre de boîtes dispensées doit être inscrit au dossier pharmaceutique, que le patient ait ou non présenté une ordonnance médicale. La vente sur internet de tous les substituts nicotiniques est par ailleurs suspendue”.

 

Note : Exceptionnellement durant cette période de crise sanitaire, certaines publications mentionnées sont au moment de la rédaction de cet article encore en prépublication, en cours de relecture par les pairs et susceptibles d'être modifiées. Nous attirons votre attention pour apporter la plus grande prudence quant aux résultats apportés.