COVID-19 : la troisième vague sera-t-elle psychiatrique ?

  • Stéphanie Lavaud

  • Actualités Médicales par Medscape
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France Très inquiètes de la montée des troubles psychiatriques dans la population, cinq personnalités du monde de la santé mentale alertent, d’une même voix, pour demander que soient prises d’urgence les mesures qui s’imposent.

Comment prendre en charge tous ceux qui en ont besoin ?

La maladie Covid-19 a fait souffler un vent de déprime sur le pays, dont tout un chacun peut ressentir les effets, et qui est désormais bien établi par les enquêtes et les études. Plusieurs mois que des voix se font entendre, ici et là, pour alerter sur le fait que l’épidémie de Covid, de par ses conséquences sur la vie sociale et économique, mais aussi par des effets neuropsychiatriques directs, pourrait bien se révéler catastrophique. Mais rien ne bouge sur le fond. Comment éviter que les crises d’angoisses, les insomnies à répétition, la colère rentrée des Français n’évoluent vers une maladie psychiatrique avérée ? Comment prendre en charge tous ceux qui en ont besoin, des plus jeunes aux plus âgés, de façon précoce et leur apporter une aide adaptée, sachant que le système des soins en psychiatrie est, on le sait, à bout de souffle.

Cette question a conduit 4 psychiatres Rachel BocherMarion LeboyerSerge Hefez et Marie-Rose Moro, mais aussi la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury à prendre la parole, et à porter ensemble un message fort pour éviter à tout prix « une troisième vague qui serait celle de la santé mentale », comme l’a évoqué Olivier Véran dans une récente intervention. Forts de leur expertise dans leurs domaines respectifs, ils décrivent un quotidien alarmant, dénoncent les failles du système et appellent ensemble à un Plan d’Urgence pour la psychiatrie dont ils tracent les grandes lignes.

Il faut agir et vite

A les écouter, l’urgence à agir ne fait pas de doute. Si les psychiatres « s’époumonent » aujourd’hui, c’est pour « attirer l’attention sur l’émergence d’un malaise, d’une souffrance morale, de problématiques psychiatriques de plus en plus nombreux que rencontrent les Français », explique le Dr Serge Hefez (psychiatre et responsable de l'unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière) qui ajoute « il ne s’agit pas seulement de dresser un état des lieux mais aussi de faire des propositions pour, autant que faire ce peu, éviter que cette troisième vague ne soit trop délétère et trop préjudiciable à notre santé à tous ». Ce à quoi le Dr Rachel Bocher (psychiatre et chef de service au CHU de Nantes) renchérit : « nous lançons un cri d’appel, un cri d’alerte aux pouvoirs publics, faites quelque chose maintenant. L’heure n’est plus à la réflexion l’heure est à l’action ». L’essentiel est dit.

Peur du complot et paranoïa

L’émergence de symptômes dans la population depuis quelques mois est une réalité et les psychiatres sont bien placés pour en témoigner. Parmi eux, « fatigue, sidération psychique, peur, anxiété, angoisse, insomnie, et de la colère aussi, beaucoup de colère », énumère Serge Hefez. Il y a la peur du virus bien sûr, et celle de tomber malade mais pas seulement. « Nous avons vécu avec cette épidémie un traumatisme qui s’inscrit à la fois dans une crise sanitaire et une crise sociale liée à l’épidémie puisque les gens perdent leur emploi ». Mais cette crise est venue en rencontrer une autre, « celle du terrorisme, qui a déchiré encore plus le lien social, provoquant des replis, notamment communautaires ». Cette dernière a contribué à augmenter la peur, l’angoisse et fait émerger « la peur du complot et une espèce de paranoïa où finalement tout le monde peut devenir l’ennemi de tout le monde » décrit-il.

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