COVID-19 : L’avenir de l’épidémie en France après le déconfinement


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Deux modélisations essaient d’anticiper le devenir de l’épidémie de COVID-19 en France après le 11 mai. Leur méthodologie et leur postulat de base sont sensiblement différents, mais elles se rejoignent sur deux points essentiels : l’avenir dépend avant tout d’une part, d’une stratégie à large échelle de dépistage, traçage et isolement des cas contacts, d’autre part du respect par la population des mesures barrières.

Pour une ouverture retardée, limitée et progressive des collèges et lycées

La première étude (INSERM – Institut national de la santé et de la recherche médicale) est la poursuite de celle publiée le 12 avril par la même équipe (voir sur Univadis), travail dont un postulat était la poursuite de la fermeture des écoles jusqu’en septembre. Les décisions gouvernementales sur la conduite du déconfinement ont amené les chercheurs à tenir compte de cette nouvelle donnée. Leur analyse ne va pas au-delà de juin, en l’absence de visibilité sur les mesures qui seront prises pour les mois d’été. Elle porte sur la seule Île-de-France, une des régions les plus touchées du pays.

Quatre types de scenarii sont envisagés pour la réouverture des établissements scolaires : ouverture progressive avec accueil de tous les enfants au bout de 4 semaines, ouverture progressive avec accueil de la moitié des enfants au bout de 4 semaines, ouverture rapide mais partielle (la moitié des enfants), ouverture rapide et complète (tous les enfants). Il est par ailleurs supposé que la capacité en lits de réanimation est accrue de 25% par rapport à celle d’avant l’épidémie, l’amenant à 1500 lits.

Si seules les crèches, les écoles maternelles et le primaire sont réouverts le 11 mai, quelles qu’en soient les modalités, une augmentation de 2 à 3,2 fois des cas cliniques de COVID-19 est attendue. Cette situation reste sous contrôle, avec 65% des lits de réanimation occupés.

Si les collèges et les lycées réouvrent le 8 juin, avec une fréquentation de moitié par rapport à la normale, 72% des lits de réanimation seront occupés. Mais avec une fréquentation de 100%, le nombre de cas cliniques sera multiplié par 4,5 - 5,5, conduisant à un taux d’occupation des lits allant de 75% à 138%.

Si tous les établissements scolaires ouvrent le 11 mai avec une fréquentation à 100%, même sur un mode progressif, une forte seconde vague est attendue dans les mois qui suivent. Avec une fréquentation de moitié, on évite cette vague.

Quel que soit le scénario retenu, si seulement 25% des cas devant être isolés le sont réellement, les capacités en lits de réanimation seront dépassées au milieu de l’été.

Pour les chercheurs, le plan gouvernemental peut contrôler l’épidémie si des tests sont massivement pratiqués : ils évaluent les besoins à 10.000-20.000 tests par jour en Île-de-France. Cela va de pair avec un effort conséquent pour recruter du personnel d’investigation des cas contacts. Dernière précision : la modélisation ne tient pas compte du port de masques en population générale, les données sur le sujet étant trop imprécises (voir Univadis).

La protection des populations vulnérables est incontournable

La modélisation proposée par une équipe dirigée par un chercheur de l’AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris) utilise un modèle basé sur les comportements individuels d’un échantillon de 500.000 personnes. Elle suppose que les mesures barrières sont appliquées, que le port du masque est obligatoire en public, que la totalité des populations vulnérables (plus de 30% de la population totale) poursuivent un confinement atténué et que la stratégie de tests, dépistage et isolement des cas contacts est appliquée par au moins la moitié de tous les individus. Dans ce cas, les capacités en lits de réanimation ne seront pas dépassées et le nombre de décès limité, à la condition que ces mesures soient poursuivies suffisamment longtemps. A contrario, si aucune mesure n’était prise, il faudrait s’attendre à plus de 200.000 décès dus au COVID-19 dans les mois suivant le déconfinement.

Les auteurs insistent sur le maintien d’un confinement modéré pour les populations vulnérables (plus de 65 ans, obésité, hypertension artérielle, diabète, maladie coronaire, maladie bronchopulmonaire chronique) : sorties hors du domicile pour les courses indispensables seulement, mesures barrières en cas de co-habitation avec d’autres membres de la famille, participation à aucun rassemblement, y compris familiaux et amicaux, évitement des malades COVID-19. Ils estiment que dans ces conditions, le virus se propagera essentiellement dans des populations non vulnérables, entraînant le plus souvent des maladies peu sévères, ne nécessitant pas le recours à des soins intensifs. Ils espèrent que cela construira une immunité de groupe, conduisant à une extinction progressive de l’épidémie vers la fin février 2021. Mais ils admettent que dans l’état actuel des connaissances, cette immunité reste hypothétique.

 

Exceptionnellement durant cette période de crise sanitaire, certaines publications mentionnées sont au moment de la rédaction de cet article encore en prépublication, en cours de relecture par les pairs et susceptibles d'être modifiés. Nous attirons votre attention pour apporter la plus grande prudence quant aux résultats apportés (ici, l'étude pilotée par l'AP-HP).