COVID-19 grave : une question de charge virale avant tout ?

  • Weinreich DM & al.
  • N Engl J Med
  • 17 déc. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

La possibilité d’une relation entre la charge virale et le risque de COVID-19 sévère ou létal conforte l’hypothèse de l’intérêt de l’administration de cocktails d’anticorps monoclonaux neutralisant le virus. Plusieurs essais évaluant leur efficacité et leur tolérance sont en cours. Les résultats préliminaires de l’un d’entre eux viennent d’être publiés dans le New England Journal of Medicine. Ce traitement est le REGN-COV2, un mélange d’anticorps IgG1 dirigés contre les spicules du SARS-CoV-2, s’opposant de fait à l’entrée du virus dans les cellules humaines. Des sujets infectés par le virus, mais ne nécessitant pas d’hospitalisation, ont été inclus dans un essai randomisé et mené en double aveugle versus placebo. Les résultats intermédiaires, sur lesquels il convient d’avoir la plus grande prudence, suggèrent que ce cocktail d’anticorps REGN-COV2 est capable de réduire la charge virale SARS-COV-2. L’effet serait plus important chez les individus qui n’ont pas encore développé de réponse immunitaire contre le virus ou qui ont une charge virale initiale élevée. Ces données intéressantes mériteront bien sûr d’être confirmées.

Méthodologie

Cet essai de phase 1-3 mené en double aveugle a inclus des patients atteints de COVID-19 pris en charge en ambulatoire. Ces sujets ont été randomisés en 3 groupes pour recevoir un cocktail combiné (REGN-COV2) en dose unique de 2,4g (n=90), 8,0g (n=92) ou un placebo (n=93). La réponse immunitaire des sujets contre le SARS-COV-2 était initialement mesurée à travers le taux d’anticorps sériques dirigés contre le virus, afin de classer les patients en deux sous-groupes : patients séropositifs et patients séronégatifs.

Principaux résultats

Au total, les données de 275 patients ont été rapportées. L’âge médian des participants était de 44 ans, 49% d’hommes. À la randomisation, le délai médian depuis le début des symptômes était de 3 jours, 45% étaient séropositifs, 41% séronégatifs et pour 14% le statut sérologique n’a pas été déterminé. Les charges virales médianes à l’initiation étaient de 3,49 log10 copies par mL et 7,18 log10 copies par mL respectivement chez les sujets séropositifs et séronégatifs. Les patients séropositifs avaient une charge virale initiale plus faible que les autres, preuve qu’ils éliminaient déjà en partie le virus contrairement aux patients séronégatifs.

La variation pondérée de la charge virale entre le 1er et le 7e jour a été estimée à -0,41 [-0,71 à -0,10] log10 copies par mL pour l’ensemble des sujets séropositifs et séronégatifs, et -0,56 [-1,02 à -0,11] log10 copies par mL pour le groupe de sujets séronégatifs.

Si l’on considère la population dans son ensemble, 6% des patients du groupe placebo ont eu recours à au-moins une visite médicale dans les 29 jours post-administration contre seulement 3% pour les sujets ayant reçu le cocktail REGN-COV2 quelle que soit la dose. 

Et parmi les patients qui étaient séronégatifs à l’inclusion, 15% et 6% des patients respectivement sous placebo et sous cocktail d’anticorps ont eu recours à une consultation médicale durant les 29 premiers jours de l’étude. 

Si la plupart des patients se rétablissent avec leur propre immunité, la réponse à l’administration d’anticorps exogènes était meilleure chez ceux, chez qui la réponse immunitaire n’était pas encore initiée (séronégatifs à l’initiation) ou qui avaient une charge virale élevée au départ et qui n’avaient pas eu le temps de développer une immunité anti-SARS-CoV-2.

Les effets indésirables (réaction au point d’injection ou autre) étaient semblables entre les différents groupes.

Limitations

Il s’agit de résultats intermédiaires.

Financements

Cette étude a été financée par Regeneron Pharmaceuticals et le ministère de la recherche et du développement de la santé américain.