COVID-19: évolution rassurante des patients traités par IEC/ARAII

  • Zhang P & al.
  • Circ Res
  • 17 avr. 2020

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Le traitement par inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) ou par antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARAII) est associé à un risque de décès toutes causes confondues inférieur chez les patients hypertendus hospitalisés pour COVID-19  que chez celui des patients hypertendus non traités par ces molécules.

  • Cette étude rétrospective et conduite à partir d’un nombre limité de patients nécessite d’être confirmée par d’autres travaux. Elle est néanmoins rassurante sur l’utilisation de ces molécules.

Il existe des incertitudes sur le fait que les traitements par IEC ou par ARAII puissent être délétères ou protecteurs pour les patients atteints par le COVID-19. En effet, l'utilisation de ces médicaments augmente l'expression du récepteur ACE2 dans des modèles animaux, alors que ce récepteur constitue le point d'entrée du SARS-CoV-2. Le virus pourrait par ce biais aggraver les lésions inflammatoires pulmonaires. À l’inverse, les sur-expression et activation des ACE2 pourraient être contrebalancées par ces médicaments. En l’absence de signaux clairs, les sociétés savantes en ont déconseillé l’arrêt chez les patients hypertendus en cas d’infection par le COVID-19, mais davantage de données sont attendues. Cette étude rétrospective multicentrique propose une analyse de la mortalité toutes causes confondues des patients hospitalisés pour COVID-19.

Un risque moindre confirmé par analyses des scores de propension

Dans ce travail, mené dans 9 hôpitaux chinois, 3.661 patients de 18-74 ans ont été diagnostiqués pour COVID-19 (par RT-PCR ou par radiographie), dont 1.128 patients hypertendus, et ont été inclus entre le 31 décembre 2019 et le 20 février 2020. Parmi ces derniers, 188 étaient traités par IEC ou ARAII (moyenne d’âge 64 ans, 53,2% d’hommes).

Le groupe des patients traités par IEC/ARAII présentait une prévalence plus élevée de fièvre, de dyspnée, de lésions pulmonaires bilatérales que les hypertendus non traités par ces médicaments. Ce groupe avait aussi reçu plus souvent des antiviraux et des hypolipémiants que les autres.

Le taux de mortalité toutes causes confondues à 28 jours était 3,7% dans le groupe des sujets hypertendus sous IEC/ARAII contre 9,8% chez les hypertendus non traités par ces médicaments (p=0,01). Selon un modèle d’analyse à effets mixtes de Cox, après multi-ajustement  (âge sexe, comorbidités, médicaments reçus…), le hazard ratio ajusté (HRa) associé au décès à 28 jours était de 0,42 pour les sujets sous IEC/ARAII par rapport aux autres.

Un appariement sur les scores de propension a pu être mené en comparant 174 des patients traités à des sujets non traités dans une proportion 1:2 et a conduit à des conclusions similaires (HRa : 0,37, significatif). Plusieurs analyses de sensibilité ont également confirmé ces tendances.

Un second appariement sur les scores de propension a été mené pour comparer les patients traités par IEC/ARAII à des sujets hypertendus traités par d’autres médicaments (1:1) : les médicaments spécifiques du récepteur ACE2 étaient ici encore associés à un risque inférieur de décès toutes causes confondues (HRa : 0,29, significatif), confirmé par des analyses de sensibilité.

Dans un second temps, les auteurs ont confirmé que le risque de sepsis et de coagulation intravasculaire disséminée était plus faible parmi les sujets sous IEC/ARAII. Ils ont aussi décrit que parmi l’ensemble des sujets hypertendus, le risque de décès à 28 jours et de défaillance multiviscérale était plus élevé que chez les sujets normotendus.

Les auteurs soulignent que ces données restent rétrospectives et qu’un facteur de confusion potentiel pourrait avoir échappé à l’analyse. Elles doivent être confrontées à des données prospectives issues de populations multiethniques mais apparaissent néanmoins rassurantes.