COVID-19 : et si l’immunité de groupe était bientôt atteinte ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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Il existe encore des incertitudes sur l’immunité mise en place après une infection par le SARS-CoV-2, et notamment sur son caractère protecteur, durable ou non, voire dans certains cas sur son caractère délétère (voir l’article : « COVID-19 : ce que nous savons sur la réponse immunitaire au virus »). De plus, avec le développement des tests sérologiques, on parle beaucoup de l’immunité humorale contre le SARS-CoV-2 mais qu’en est-il de l’immunité cellulaire ? Il serait effectivement intéressant de pouvoir quantifier les lymphocytes T CD4+ et CD8+ dirigés contre ce virus afin de mieux comprendre l’immunité et la pathogenèse liées à cette infection, ce qui serait utile pour la mise au point et l’évaluation d’un vaccin contre le COVID-19. Mieux comprendre cette immunité est également essentielle pour anticiper l’évolution de cette épidémie.

Une immunité cellulaire corrélée au taux d’anticorps

Des chercheurs se sont intéressés à l’immunité cellulaire induite par le SARS-CoV-2 (article publié dans la revue Cell). Ils ont commencé par identifier, grâce à une approche bioinformatique, les peptides de ce virus ayant la plus forte probabilité d’être des cibles spécifiques des lymphocytes T. Ils ont ainsi mis au point des pools d’épitopes permettant de tester la réactivité des cellules T des patients : un pool comprenant les épitopes correspondant à la protéine spike du SARS-CoV-2 et un pool comprenant les autres épitopes identifiés.

Afin de tester l’induction d’une réponse immunitaire à lymphocytes T CD4+ et CD8+ après une infection par le SARS-CoV-2, les chercheurs ont recruté 20 adultes ayant eu le COVID-19 (PCR positive) mais n’ayant pas été hospitalisés. Leurs échantillons sanguins ont été prélevés 20 à 35 jours après le début des symptômes et ont été comparés à des échantillons de sujets sains contrôles collectés entre 2015 et 2018, donc bien avant l’épidémie actuelle.

Les résultats de cette étude ont montré que tous les patients ayant eu le COVID-19 ont développé une importante réponse immunitaire CD4+ contre le SARS-CoV-2, dont environ 50% était dirigée contre la protéine spike et 50% contre les autres épitopes. Ce résultat est intéressant car la protéine spike du SARS-CoV-2 est un composant clé de la grande majorité des candidats vaccins contre le COVID-19. Une réponse cellulaire de type CD8+ a également été retrouvée chez la majorité des patients ayant eu le COVID-19.

On sait que les CD4+ jouent un rôle essentiel dans la stimulation de l’immunité humorale (production d’anticorps) et cellulaire (CD8+) : une corrélation entre le taux d’anticorps et les réponses cellulaires CD4+ et CD8+ contre le SARS-CoV-2 a bien été observée.

Les sujets contrôles suggèrent une immunité croisée

Un des résultats particulièrement intéressants de cette étude est la découverte d’une réponse à lymphocytes T CD4+ dirigée contre des épitopes du SARS-CoV-2 chez certains des sujets contrôles, ceux-ci n’ayant pas pu être exposés au COVID-19 puisque les prélèvements sanguins ont été faits entre 2015 et 2018. Ainsi, une réponse à lymphocytes T CD4+ dirigée contre d’autres épitopes que spike était au-dessus de la limite de détection chez 50% des sujets contrôles. Cela pourrait s’expliquer par une immunité croisée entre le SARS-CoV-2 et d’autres coronavirus humains connus pour provoquer des infections respiratoires hautes saisonnières correspondant à un « simple rhume ». Pour évaluer cette hypothèse, les chercheurs ont alors testé la séroréactivité des prélèvements des sujets contrôles avec les coronavirus HCoV-OC43 and HCoV-NL63. Il s’avère que tous les sujets contrôles avaient des IgG contre ces coronavirus, à des degrés divers, de façon cohérente avec la nature endémique de ces virus.

En conclusion, une meilleure compréhension de l’immunité cellulaire en cas d’infection par le SARS-CoV-2 est importante, notamment pour le développement d’un vaccin. En effet, si la protéine spike est un composant clé de la grande majorité des candidats vaccins, ce n’est pas le seul épitope à jouer un rôle dans le développement d’une immunité contre le SARS-CoV-2. Par ailleurs, la découverte d’une potentielle immunité croisée avec d’autres coronavirus est une piste à explorer car cela pourrait signifier qu’une part non négligeable de la population (50% chez les cas contrôles) serait déjà immunisée contre le SARS-CoV-2 sans avoir été infectée. L’immunité de groupe pourrait alors être atteinte beaucoup plus facilement et rapidement que prévu…