COVID-19 et obésité : état des connaissances et recommandations


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Les données accumulées ces dernières semaines en France comme à l’international permettent d’étoffer aujourd’hui les connaissances concernant le risque d’infection, le risque de formes graves et les spécificités thérapeutiques à considérer chez les sujets obèses dans le contexte de l’épidémie de COVID-19. L’AFERO ( Association Française d’Étude et de Recherche sur l’Obésité ), le GCCCSO ( Coordination nationale des Centres Spécialisés de l’Obésité ) et le réseau FORCE ( French Obesity Center of Excellence ) ont ainsi émis une liste de recommandations.

Des données épidémiologiques évocatrices

Depuis que l’épidémie sévit sur tout le territoire français, il est apparu qu’un nombre important de patients étaient obèses, et présentaient notamment une obésité morbide, au sein des services de réanimation. Deux chiffres sont pour l’heure disponibles en France : ceux du registre REVA (63 services de réanimation) qui rapportent de façon préliminaire (n=769) plus de 40% des patients présentaient une obésité (IMC ≥30 kg/m²) à l’admission, et ceux d’une étude de cohorte lilloise dans laquelle 47% des patients admis en réanimation étaient obèses, avec un risque d'intubation accru pour ceux ayant un IMC supérieur à 35 kg/m², indépendamment de l’âge, de l’HTA et du diabète.

Par ailleurs, les données de Santé Publique France du 16 avril indiquent que parmi 2.806 cas de COVID-19 admis en réanimation entre le 16 mars et le 7 avril au sein de 144 services volontaires, 256 avaient un IMC >40 kg/m² (9%) et 27 sujets obèses étaient décédés en réanimation (9%). Les notifications de décès par voie électronique comportant une mention de COVID-19 dans les causes médicales de décès mettaient en évidence une obésité pour 6% des cas rapportant une comorbidité (n=255 parmi 4.147, entre le 1er mars et le 14 avril 2020).

Hypothèse d’un risque accru d’infection

Si ces données ne sont pas suffisantes pour confirmer ce sur-risque cette hypothèse reste possible, du fait d’une immunité différente (lymphopénie) pouvant favoriser l’infection. Par analogie avec la grippe A(H1N1) par exemple, le temps de portage viral pourrait être plus long par rapport aux personnes ayant un IMC normal.

Un risque avéré de formes graves en cas d’infection

Les premières données françaises mettent en évidence que l’obésité (IMC ≥30 kg/m²) est un facteur de risque de développement d’une forme sévère de l’infection au COVID-19. Le HCSP ( Haut conseil de la santé publique ) a classé les personnes présentant une obésité (> 40 kg/m²), par analogie avec la grippe A (H1N1), mais aussi une obésité avec un IMC>30 kg/m² comme à risque présumé de COVID-19 grave compte-tenu des données connues pour les autres infections respiratoires.

Par ailleurs, les personnes obèses peuvent cumuler plusieurs facteurs aggravant la situation clinique comme un risque thromboembolique élevé ou des troubles respiratoires (insuffisance respiratoire restrictive, hypoventilation alvéolaire). Ils peuvent aussi présenter des facteurs de risque de syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA), comme une hypertension artérielle, une inflammation de bas grade et/ou une augmentation des D-dimères.

Recommandations en période de confinement

Il est recommandé un respect strict du confinement et des mesures barrières aux personnes en situation d’obésité dès que leur IMC est supérieure à 40 kg/m², ainsi qu’à leur entourage proche. Un arrêt de travail dérogatoire pourrait être proposé par les médecins aux personnes en situation d’obésité si leurs conditions de travail ne permettent pas de respecter strictement les mesures barrières.

En cas de suspicion d’infection à COVID-19, et au moindre doute, le recours au test diagnostique par PCR doit être facilité. Si le test est négatif malgré un tableau très évocateur, un scanner thoracique doit être réalisé.

En cas d’infection à COVID-19, une surveillance accrue est recommandée, particulièrement concernant les signes respiratoires.

En cas d’hospitalisation pour infection à COVID-19, un traitement par anticoagulant à visée préventive doit être systématique, selon le protocole local en vigueur.

Concernant le suivi médical habituel, le suivi doit se poursuivre à distance, avec le médecin et/ou le diététicien par téléconsultation ou par téléphone. Un suivi avec un psychologue peut être envisagé si nécessaire. Tout régime restrictif est à proscrire pendant cette période de confinement.

Les patients ayant suivi une chirurgie bariatrique doivent aussi continuer leur suivi à distance et continuer leur supplémentation nutritionnelle habituelle. En cas de douleur abdominale inhabituelle, ils doivent consulter en urgence.