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COVID-19 : enseignements du cluster de Contamines-Montjoie (Haute-Savoie)


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales

 Messages principaux

  • Selon l’analyse de l’un des premiers clusters français lié au SARS-CoV-2 en Haute-Savoie, la contamination de 75% des 15 personnes contacts considérées à haut risque d’infection par un premier cas index pourrait soutenir l’hypothèse de l’existence de super-spreaders.
  • À l’inverse, l’absence de diffusion du virus à partir d’un cas secondaire pédiatrique, malgré de multiples contacts à risque, pourrait suggérer une dynamique de diffusion différente du virus chez les enfants par rapport aux adultes.

 

Le 6 février 2020, un ressortissant britannique ayant séjourné à Singapour entre le 18 et le 23 janvier, puis dans un établissement touristique à Contamines-Montjoie (Haute-Savoie) entre le 24 et le 28 janvier, a été identifié comme infecté par le SARS-CoV-2 en Grande-Bretagne. Ce cas index avait séjourné dans le chalet avec 10 autres touristes britanniques adultes (appartement 1) et une famille britannique de 2 adultes et 3 enfants résidant en France (appartement 2). Les investigations et isolement des patients ont été menées conformément aux recommandations en cours à cette date.

Parmi ces cas contacts, 11 ont été testés positifs (5 en France, 5 au Royaume-Uni, 1 en Espagne) soit 75% des contacts à risque (82% dans l'appartement 1, et 60% dans l'appartement 2), dont 1 seul enfant. Par ailleurs, un cas tertiaire a été diagnostiqué en France parmi 5 touristes ayant séjourné dans l'appartement 1 après le départ du cas index.

Présentation clinique et virologique

Sur le plan clinique, 5 des 6 cas confirmés en France et 5 de ceux suivis à l’étranger étaient symptomatiques, ces symptômes ayant débuté entre le 27 janvier et le 12 février. Tous avaient présenté une forme légère à modérée (principalement fièvre et toux sèche) et avaient eu une évolution favorable.

Sur le plan virologique, 4 des patients suivis en France avaient présenté une charge virale (prélèvements nasopharyngés) faible dont 2 (y compris l’enfant) étaient à la limite de la détection, les tests ayant été conduits pour la première fois entre le 6 e et le 10 e jour des symptômes. La médiane de durée de l’excrétion virale étant de 11 jours, tous avaient une valeur nulle à 17 jours. Le cas asymptomatique présentait une excrétion virale significative. Le cas tertiaire a présenté une excrétion virale positive au niveau des voies respiratoires inférieures et négative au niveau des voies respiratoires supérieures après admission hospitalière (J8).

Au total, les enquêtes épidémiologiques ont permis d’identifier 173 personnes ayant eu des contacts à risque avec les personnes diagnostiquées, dont 112 concernant l’enfant, qui avait fréquenté deux écoles et 1 cours collectif de ski. Parmi les 173 personnes, 84 étaient considerées comme à risque modéré ou élevé. Cent soixante-neuf ont pu être contactés, dont 70 ont déclaré avoir présenté des symptômes respiratoires. In fine, 73 ont été testés dont 1 seul a été positif (le cas tertiaire).

Interprétation et hypothèses

Au total, 75% des cas suspects considérés à haut risque ont été contaminés à partir du cas index, ainsi qu’un cas tertiaire, parmi 5 personnes ayant séjourné dans le même appartement que le cas index après son départ (cas observé durant la quatorzaine de confinement). Ainsi, le nombre de reproduction de base (R0) serait ici très élevé par rapport à celui classiquement rapporté, suggérant la possible existence de « super-spreaders » évoqués dans le cadre des précédentes épidémies liées au MERS-CoV ou au SRAS-CoV. Ce type de patients excrèterait probablement plus de virus durant une période plus longue que les autres, du fait d’une combinaison de facteurs liés à l'hôte, au virus, au comportement individuel et son environnement, qu’il reste à établir.

Dans ce cluster, un cas asymptomatique présentait une charge virale similaire à celle d'un cas symptomatique, renforçant les observations de transmission du virus à partir de cas asymptomatiques.

Il n’était pas possible d’évaluer si le cas tertiaire avait été infecté par un cas secondaire ou par le biais d’une contamination environnementale dans l’appartement.

Le tableau clinique avait été majoritairement léger et avait permis aux patients de poursuivre leurs activités avant le diagnostic.

Concernant l’ensemble des cas contacts identifiés par l’enquête, ll est peu probable que des cas symptomatiques aient échappé à la surveillance de 14 jours mais les auteurs reconnaissent que des cas asymptomatiques aient pu échapper à leur identification (l’hypothèse d’une transmission asymptomatique n’était pas encore établie à cette date).

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