COVID-19 : diabétologues et patients ont découvert les bénéfices de la téléconsultation durant la pandémie

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

La crise sanitaire que nous vivons donne un coup d’accélérateur à l’utilisation de la télémédecine. Une étude française menée au CHU de Strasbourg a comparé des patients ayant été suivis par téléconsultation à d’autres patients dont la consultation en présentiel a été tout simplement reportée. Les analyses montrent que la téléconsultation mise en place durant la période de pandémie à COVID-19 permet d’assurer la continuité des soins, l’équilibre glycémique à 3 mois et apporte une certaine satisfaction aux patients qui la considère comme complémentaire aux consultations classiques.

Pourquoi ces données sont-elles intéressantes ?

Avec le confinement imposé au printemps 2020, les patients diabétiques asymptomatiques ont moins été suivis en consultation, que ce soit à l’hôpital ou en ville. La situation a favorisé une augmentation de la sédentarité, le stress avec un impact potentiel sur l’équilibre glycémique. La pandémie et les mesures sanitaires associées ont été moteur pour la mise en place de la télémédecine qui jusque-là restait expérimentale ou utilisée en vie réelle de façon marginale en France. Des études comme celle-ci peuvent contribuer à identifier le juste positionnement de la télémédecine comme outil complémentaire aux consultations classiques.

Méthodologie

Cette étude observationnelle et prospective a été menée au sein d’un service d’endocrinologie, diabète et nutrition des hôpitaux universitaires de Strasbourg et d’un cabinet libéral de diabétologie de la même ville. Les sujets du groupe téléconsultation ont bénéficié d’une téléconsultation par visioconférence ou par téléphone, le jour prévu de leur consultation en présentiel et en remplacement de celle-ci. Les patients de l’autre groupe avaient une consultation différée et avaient refusé un suivi par téléconsultation en remplacement. La glycémie à 3 et 6 mois devait être mesurée chez les patients suivis en téléconsultation en ville et à l’hôpital et comparée à un groupe de patients n’ayant pas bénéficié de téléconsultation. Seules les données à 3 mois sont rapportées ici. La satisfaction des patients et des médecins ayant participé à la téléconsultation a également été évaluée.

Résultats

Au global, 338 adultes diabétiques (type 1, type 2, diabète MODY, secondaire, post-transplantation) ont été inclus dans le groupe téléconsultation (âge moyen 57,4 ans, 174 suivis en ville, 164 à l’hôpital) et 153 patients dans le groupe sans consultation (âge moyen 64,9 ans, 76 suivis en ville et 77 à l’hôpital). Les patients suivis à l’hôpital étaient globalement plus jeunes, plus souvent atteints de DT1, de diabète secondaire, traités par pompe à insuline et atteints de comorbidités notamment microvasculaires. Une proportion semblable de patients était suivie à l’hôpital entre les deux groupes. Dans 63,3% des cas, la téléconsultation était téléphonique et dans 36,7% il s’agissait d’une visioconférence. Une visioconférence a été plus souvent réalisée lorsque le patient était suivi par un diabétologue de ville (44,4%) que par un diabétologue hospitalier (2,9%), ce qui laisse supposer une différence de technologie disponible notamment de webcam entre la ville et l’hôpital. 

Dans les groupes suivis avec et sans téléconsultation, la réduction moyenne à 3 mois de l’HbA1c était non significative et respectivement de 0,33% (passant de 7,48% à 7,15%) et 0,13% (passant de 7,39% à 7,26%). 

Plus de neuf patients sur dix (92%) ayant bénéficié de la téléconsultation se sont déclarés satisfaits de cette prise en charge. Si 96% ont trouvé la consultation utile et 85% suffisante, huit patients sur dix ont évoqué que ce service devait rester complémentaire au suivi conventionnel à raison d’une ou deux téléconsultations par an. Parmi les huit diabétologues ayant participé à l’expérience, 87,5% n’avaient jamais effectué de téléconsultation au préalable. Trois l’ont trouvé aussi efficace qu’une consultation en présentiel et cinq moins efficace. Contacts limités, difficultés de compréhension et impossibilité de réaliser l’examen clinique constituaient les principaux inconvénients rapportés par les médecins.

Limitations

Le pourcentage de données manquantes (59% dans le groupe téléconsultation) était important. Les valeurs initiales d’HbA1c étaient suboptimales dans les deux groupes, ce qui rend difficile une évolution significative des mesures.