COVID-19 : deux études sur la dynamique épidémique française


  • Serge Cannasse
  • Actualités socio-professionnelles
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Couvre-feu et confinement : efficaces sur la dynamique épidémique

Le 17 octobre 2020, un couvre-feu était instauré de 21h à 6h du matin dans neuf métropoles françaises, puis étendu à neuf autres le 24 octobre (soit au total 18 sur 22). Le 30 octobre, un deuxième confinement national était déclaré, relayé le 15 décembre par un nouveau couvre-feu national de 20h à 6h. Afin d’évaluer l’efficacité de ces mesures sur la dynamique épidémique du COVID-19, une équipe de Santé publique France a analysé tous les cas confirmés incidents (RT-PCR nouvellement positive sur prélèvement naso-pharyngé) et les admissions hospitalières entre le 27 juin et le 14 novembre, grâce aux bases de données de surveillance de l’épidémie.

Les taux d’incidence et d’admissions à l’hôpital ont très fortement augmenté à partir du début du mois d’octobre. Le pic du taux d’incidence a été atteint le 17 octobre pour les métropoles ayant eu le premier couvre-feu (groupe 1) et le 2-3 novembre pour les autres (groupe 2 – deuxième couvre-feu – et 3). Les pics des taux d’admissions à l’hôpital ont été atteints le 2 novembre pour le groupe 1 et le 10 pour le groupe 2, suivis d’une diminution rapide et nette. Dans le groupe 3, les admissions à l’hôpital ont atteint un plateau de la fin octobre à la mi-novembre.

Pour les auteurs de l’étude, « l’évolution favorable de l’incidence des cas confirmés et des admissions à l’hôpital, observée 7 à 10 jours après la mise en œuvre des mesures de freinage et la communication intense des pouvoirs publics sur la gravité de l’épidémie, est compatible avec un impact positif de ces mesures. » Ce résultat est « cohérent avec les expériences internationales », même si les vacances scolaires (17 octobre au 1er novembre) ont pu jouer un rôle en diminuant les interactions sociales. 

Autre résultat intéressant : « Dans les métropoles initialement non concernées par le couvre-feu (groupes 2 et 3), une amélioration de la situation épidémiologique a été observée dès la fin du mois d’octobre, alors qu’il était a priori trop tôt pour détecter un quelconque impact des mesures mises en place dans ces groupes (deuxième couvre-feu et confinement). » Elle est vraisemblablement due à des changements de comportements de leurs habitants du fait des mesures prises dans les autres métropoles.

Les repas, moments importants de contamination

L’étude Comcor, conduite par l’Institut Pasteur, en partenariat avec la Caisse nationale de l’Assurance Maladie, Santé publique France et l’institut IPSOS, a cherché à identifier les facteurs sociodémographiques, les lieux fréquentés et les comportements associés à un risque augmenté d’infection par le SARS-CoV-2. Pour cela, elle exploite les résultats du questionnaire en ligne proposé par l’Assurance maladie aux personnes diagnostiquées positives au virus. Sur les 370.000 sollicitations envoyées par courriel entre le 17 et le 30 octobre 2020, il y a eu 30.330 réponses, dont 4.686 étaient le fait de soignants et seront analysées ultérieurement. Elles ont été appariées à des cas témoins identifiés par l’IPSOS.

Les résultats montrent que :

  • 44% des personnes infectées connaissent celle qui les a contaminées et 21% suspectent un événement particulier.

  • 97% des cas se sont mis en isolement, mais seulement 54% dès les premiers symptômes.

  • Les principaux foyers de contamination sont le foyer (35% des contaminations), essentiellement par le conjoint (64% des cas), le cercle familial (33%), le milieu professionnel (29%) et le milieu amical (21%).

  • Les repas jouent un rôle central dans les contaminations (repas sans occasion particulière : 45% en milieu familial, 24,3% en milieu professionnel, 53,1% en milieu amical).

  • Le risque d’infection est augmenté par le nombre de personnes vivant au foyer, le fait d’avoir des enfants fréquentant des lieux de socialisation (crèches, écoles, etc), la participation à des réunions (notamment privées) et la fréquentation des bars, restaurants et salles de sport.

Pour les auteurs de l’étude, ces résultats sont cohérents avec les données de la littérature mais doivent néanmoins être interprétés avec prudence, du fait de plusieurs biais possibles.

Des préconisations de prudence pendant les réunions familiales

Les résultats de Comcor ont été invoqués par le Conseil scientifique COVID-19 pour mettre en garde les Français sur « le risque élevé de transmission du virus lors des repas, qu’ils aient lieu en milieu privé (familial, amical) ou public (cafés, restaurants, …) » et la nécessité de limiter au maximum les réunions familiales et amicales. Il recommande également de « restreindre au maximum ses contacts une semaine avant le 24 ou le 31 décembre, en particulier pour ceux qui souhaitent passer des fêtes en famille. » Bien entendu, les personnes testées positives doivent s’abstenir de participer à un repas de fête.

Dans la même veine, le Ministère des solidarités et de la santé formule plusieurs recommandations à l’égard des résidents d’EHPAD et leurs proches pour les fêtes. Les seconds sont « fortement encouragés à réaliser un test RT-PCR ou antigénique préalable à l’évènement familial. » Les premiers « réaliseront un test RT-PCR ou antigénique à leur retour dans l’établissement » et « s’abstiendront de participer aux activités collectives pendant les 7 jours suivants. » Les visites des proches dans les établissements restent soumises à rendez-vous préalables.