COVID-19: des interrogations persistantes autour de la réponse immunitaire

  • Vincent Richeux

  • Actualités Médicales par Medscape
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Créteil, France — Alors que le laboratoire Pfizer vient d’annoncer une efficacité à 90% de son vaccin anti-SARS-CoV2, des questions persistent sur la qualité de la réponse immunitaire après contamination par le virus. Pour y voir plus clair, nous avons interrogé le Pr Jean-Daniel Lelièvre, responsable du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor (AP-HP, Créteil). L’occasion d’évoquer le risque de mutation du coronavirus qui pourrait menacer l’efficacité des futurs vaccins.

La durée de l’immunisation après un premier contact avec le virus reste une question primordiale dans l’évaluation de la réponse immunitaire. De récents travaux ont révélé des résultats encourageants en montrant que des anticorps neutralisants persistent cinq mois après l’infection, soit un délai similaire à ce qui est observé avec d’autres coronavirus [1]. Mais, au même moment, une large étude a suggéré que, pour beaucoup de patients, ces anticorps disparaissent en quelques semaines[2].

Selon le Pr Lelièvre, ces différences s’expliquent par des processus distincts dans l’activation des lymphocytes B, qui se retrouvent pour tout type d’infection, mais qui s’avèrent être également en jeu dans l’apparition de formes plus ou moins sévères de Covid-19. Une autre étude a, par ailleurs, confirmé que la réponse des cellules B mémoire se met bien en place, ce qui laisse espérer l’installation d’une immunité sur le long terme [3].

Les résultats sur la réponse immunitaire étant assez satisfaisants, l’infectiologue estime que la problématique se situe désormais au niveau virologique, avec un risque d’apparition de nouvelles souches virales du SARS-CoV-2, qui pourraient bien être insensibles à la réponse immunitaire induite par les vaccins actuellement à l’essai.

Medscape : Avec des résultats montrant, d’un côté, une perte rapide des anticorps contre le virus SARS-CoV-2 et, de l’autre, une immunité qui s’avère durable sur plusieurs mois, les dernières études semblent discordantes sur la réponse immunitaire. Comment l’expliquez-vous ?

Pr Jean-Daniel Lelièvre : Pour comprendre ces différences, il faut s’attarder sur le processus de maturation des lymphocytes B mémoire. Au cours de l’infection par le SARS-CoV-2, comme pour toute infection, plusieurs réponses immunitaires se mettent en place. La plus immédiate passe par la production d’anticorps à action rapide après une activation extra-folliculaire des lymphocytes B. D’autres lymphocytes B vont rentrer dans un processus de maturation dans des centres germinatifs, comme les ganglions lymphatiques, ce qui va améliorer leur sensibilité aux antigènes viraux et permettre la production d’anticorps plus spécifiques. Ce processus de maturation prend trois à quatre semaines.

Les réactions extra-folliculaires sont rapides et permettent de ralentir dans un premier temps l’expansion de l’infection virale. Elles sont toutefois de courte durée et les lymphocytes B générés par ces réactions, à l’origine de la production d’anticorps peu spécifiques, ont une durée de vie plus courte. À l’inverse, la maturation dans les centres germinatifs permet d’obtenir des lymphocytes B mémoire, avec une durée de vie plus longue, pour avoir une réponse humorale plus spécifique à plus long terme.

Les différences rapportées dans les études concernant la durée d’immunisation semblent être le reflet de ces deux types d’activation des lymphocytes. D’un côté, on a une réponse courte et rapide, mais moins spécifique, et de l’autre une réponse plus systémique, qui se maintient dans le temps, avec des anticorps neutralisants présents pendant plusieurs mois.

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