COVID-19 : compter les décès pour suivre l’épidémie, pas si simple !


  • Serge Cannasse
  • Actualités socio-professionnelles
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Un des indicateurs privilégiés par les médias pour suivre l’évolution de la pandémie de COVID-19 est le nombre de décès qui lui sont attribuables. Ce choix est facilité par son actualisation quotidienne par l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques). À la mi-janvier, l’Institut a publié le total des décès pour l’année 2020. Il est supérieur de 9% à celui de 2019, correspondant à 55.000 morts supplémentaires. L’excès de mortalité porte sur le printemps et l’automne, soit les deux vagues épidémiques. En revanche, le nombre de décès a été légèrement inférieur aux années passées en début d’année et équivalent pendant l’été.

S’il convient d’être prudent dans les comparaisons internationales de cet indicateur, la mortalité semble malgré tout avoir augmenté dans tous les pays européens en 2020, sauf dans les pays baltes et scandinaves (à l’exception de la Lituanie et de la Suède). Cette hausse a été faible en Allemagne et en Slovaquie. Elle a atteint ou dépassé 15% dans 4 pays : Espagne, Belgique, Pologne, Bulgarie. Elle se situe autour de 13% pour la Tchéquie, la Slovénie, la Lituanie, le Royaume-Uni et l’Italie. L’excès de mortalité n’a concerné que 7 pays pendant la première vague, mais a été beaucoup plus diffus pendant la seconde.

Quatre groupes de pays européens

L’évolution de la mortalité au cours de l’année 2020 permet de distinguer 4 groupes de pays européens, 

  • Groupe A : ceux où la mortalité a été la plus importante. Parmi eux, les pays d’Europe de l’Est se distinguent par une absence d’augmentation pendant la première vague, mais une hausse considérable pendant la seconde.

  • Groupe B : ceux où la mortalité a été importante dès le printemps et du même ordre de grandeur à la fin de l’année. Sur l’ensemble de l’année, la surmortalité varie quasiment du simple au double entre la France (9%), pays le moins touché de ce groupe, et l’Espagne (17%), le plus touché. La Suède fait partie de ce groupe.

  • Groupe C : ceux qui n’ont pas été touchés par la première vague, mais avec un excès de mortalité comparable à celui de la France sur l’ensemble de l’année (inférieur à 10%) : Hongrie, Malte, Suisse, Portugal, Croatie, Autriche.

  • Groupe D : ceux sans écart de mortalité par rapport à 2019 sur la plus grande partie de l’année : pays scandinaves (sauf la Suède) et baltes (sauf la Lituanie). Cependant il y a un début de surmortalité en fin d’année, notamment en Allemagne et dans les pays baltes.

Décès attribuables au COVID et décès toutes causes confondues

Ce premier bilan de l’excès de mortalité toutes causes confondues est sensiblement différent de celui donné par les décomptes des décès attribués au COVID-19 par les autorités de santé des différents pays : il est plus important et la différence varie entre pays. En particulier, dans les pays d’Europe de l’Est, la hausse de la mortalité est deux à trois fois plus élevée que celle attribuée au COVID-19 pour 2020.

En ce qui concerne la France, l’excès de mortalité toutes causes confondues est de l’ordre de 63.000 de mars à décembre 2020, c’est-à-dire pendant l’épidémie de COVID-19. Il est très proche du nombre de 65.035 décès liés au COVID-19 dans les hôpitaux et les EHPAD établi par les autorités de santé.

Il convient cependant d’être extrêmement prudent dans l’interprétation de ces résultats car les données relatives à certains pays ne sont pas complètes et du fait de nombreux biais possibles (voir sur Univadis : COVID-19 : réfléchir avec l’INED sur les données de mortalité).