COVID-19 : comment les patients souffrant de rhumatismes inflammatoires chroniques ont-ils fait face à la première vague ?

  • Costantino F & al.
  • Joint Bone Spine
  • 2 nov. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les résultats d’une étude française ayant évalué comment des patients souffrant de rhumatismes inflammatoires chroniques (RICs) ont fait face à la première vague de COVID-19 viennent d’être publiés dans la revue Joint Bone Spine. Ceux-ci mettent en évidence que :

  • L’incidence du COVID-19 n’aurait pas été plus importante chez ces patients par rapport à la population générale durant le premier confinement.
  • Les patients les plus jeunes et les non-fumeurs avaient plus de risque d’être infectés par le COVID-19 que les autres. Deux constats contre-intuitifs dans ce contexte clinique. Le premier pourrait s’expliquer par le fait que les plus jeunes auraient continué à avoir plus longtemps des contacts sociaux que les plus âgés, et le second a également été rapporté par d’autres études. Données à considérer avec prudence cependant.

Près d’un tiers des patients ont réduit ou arrêté leurs traitements par AINS, corticoïdes ou DMARDs durant cette période, majoritairement par la crainte de l’infection. Deux tiers d’entre eux ont connu une augmentation de l’activité de leur maladie. 

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Dans cette période de pandémie, les cliniciens sont confrontés à un dilemme important : interrompre un traitement immunomodulateur pour limiter les risques infectieux, mais au risque d’un rebond de l’activité de la maladie.

Méthodologie

La population évaluée provenait de 2 sources de recrutement : 1) Tous les patients adultes ayant consulté à l’hôpital Ambroise Paré de Paris (en ambulatoire ou non) depuis 2019 et souffrant de spondyloarthrite, de poylyarthrite rhumatoïde ou de rhumatisme psoriasique ont été invités à remplir un questionnaire spécifique durant la période du premier confinement. Le questionnaire a été envoyé le 18 avril par mail et les réponses collectées jusqu’au 21 mai 2020. 2) Sur la même période, le questionnaire a été soumis aux patients enregistrés sur la plateforme de santé sécurisée Spondy+, destinée aux  patients souffrant de spondyloarthrite. Le questionnaire a évalué les symptômes en lien avec le COVID-19, la réalisation ou non d’un test diagnostique de COVID-19 et l’observance des traitements.

Principaux résultats 

Au total, 655 réponses ont été enregistrées à partir de 2.081 sujets contactés (61,8% de femmes, âge médian 51 ans, durée médiane de la pathologie 12,5 ans, 36% avaient des comorbidités dont la plus fréquente était une pression artérielle élevée). La plupart des répondeurs étaient d’origine européenne (87%) et vivaient à Paris ou en région parisienne (65%), 72% souffraient de spondyloarthrite, 20% de polyarthrite rhumatoïde et 8,0% de rhumatisme psoriasique. Parmi ces sujets, 62% prenaient des anti-inflammatoires (46% des AINS, 16% des corticoïdes), 73% des DMARDs (24% des DMARDs conventionnels, 62% des DMARDs synthétiques).

L’incidence du COVID-19 était de 6,9% (sur la base de 12 cas confirmés et 33 hautement suspectés d’être infectés). Cette incidence est supérieure à l’incidence notifiée pour la même période en France (4,4%), mais compatible à celle estimée pour la région parisienne (9,9%). Maux de tête (31%), rhinite (22%) et toux (19%) constituaient les symptômes les plus fréquents, et l’anosmie et l’agueusie les symptômes les plus prédictifs d’un COVID-19. Cinq patients ont été hospitalisés et aucun décès n’a été notifié au sein de cette population. Les sujets les plus jeunes de la population et ceux qui ne fumaient pas avaient plus de risque d’être infectés par le SARS-CoV-2 que les autres.

Presque un tiers des patients ont diminué le dosage d’au moins un de leur traitement voire l’ont suspendu. En parallèle, près des deux tiers de ces patients ont connu une augmentation de l’activité de leur maladie durant cette période. Les AINS étaient les traitements les plus souvent modifiés (42%). Huit patients sur 10, avaient apporté des modification dans la prise de leur traitement car ils craignaient une éventuelle infection par le SARS-CoV-2, et 2 patients sur 10 parce qu’ils avaient des symptômes évocateurs du COVID-19. Autre conséquence de ce premier confinement, les rendez-vous médicaux de suivi ont été reportés ou annulés pour 47% des patients.