COVID-19 : aggravation de l’épidémie dans un contexte de moyens insuffisants


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Ce jour, le projet de loi de finances rectificative comportant les  mesures d’urgences pour faire face à la situation pandémique va être présenté devant le Parlement, avec une allocation financière pour la santé insuffisante par rapport à celle attendue et nécessaire,  comme le martèle le Collectif InterHôpitaux dans un communiqué de presse.

C’est que le bilan national évolue vite : le 18 mars au soir, la France comptait 9.134 cas confirmés, 3.626 sujets hospitalisés, 931 cas graves en réanimation (dont la moitié ont moins de 60 ans), ainsi que 5.500 personnes guéries ou confinées pour forme non grave (1.000 personnes sorties d’hospitalisation). Le nombre de décès est pour l’heure de 264 dont 7% concernent des moins de 65 ans.

Nouvelles livraisons de masques

La pénurie des masques, aiguë  en France comme dans  le reste du monde , reste un sujet de préoccupation majeure des professionnels de santé libéraux et hospitaliers. Le directeur de la Direction générale de la santé (DGS), Jérôme Salomon, a à nouveau abordé le sujet hier soir en indiquant que 12,3 millions de masques étaient en cours de livraison dans les officines depuis lundi, dont 1,6 millions de masques de type FFP2. Il a également indiqué la livraison d’une dizaine de millions de masques aux hôpitaux, tandis que le ministère des armées en a déstocké 4 millions et la Chine nous en a fourni 1 million. Plus tôt dans l’après-midi, la DGS a confirmé par courrier le nouvel envoi de masques chirurgicaux et FFP2 aux officines pour répondre aux besoins des 2 prochaines semaines « a minima ». Le document précise le schéma de délivrance pour les différents professionnels de santé :

Dans les zones à risque, telles qu’établies par Santé Publique France*, le schéma prévoit 18 masques par semaine par professionnel (chirurgicaux ou FFP2) pour les médecins, biologistes médicaux, infirmières et pharmaciens, 6 masques chirurgicaux par semaine pour les sage-femmes prenant en charge les femmes confirmées COVID-19 ainsi que pour les masseurs-kinésithérapeutes pour la réalisation des actes prioritaires et non reportables, 9 masques chirurgicaux par semaine et par professionnel exerçant au sein des services d’aide et de soins à domicile pour assurer les visites prioritaires, ainsi qu’une boîte de masques chirurgicaux par semaine et par entreprise pour assurer les visites prioritaires des prestataires de service et distributeurs de matériel pour leurs interventions auprès de patients sous chimiothérapie ou nutrition parentérale. Pour les chirurgiens-dentistes, une officine leur sera désignée dans chaque département pour délivrer les masques leur permettant d’assurer les soins les plus urgents. Dans les autres zones du territoire national, sont considérés comme prioritaires selon les mêmes règles de distribution les médecins (généralistes ou autres spécialités particulièrement exposées), les infirmiers et les pharmaciens. Un rationnement qui fait d’ores et déjà bondir les professionnels de santé aujourd’hui mobilisés…

Rappelons que la Société Française d’Hygiène Hospitalière a édité des  recommandations , limitant à 4 heures maximum le port d’un même masque chirurgical et 8 heures celui d’un masque FFP2.

Europe : à réponse nationale différente, cinétique différente ?

L’Europe est aujourd'hui l’épicentre de la pandémie avec plus de 76.000 cas et 3.500 morts.  Un article paru dans Eurosurveillance propose une analyse des tendances observées dans les différents pays de l’Espace Economique Européen (EEE) et du Royaume-Uni jusqu'au 15 mars et décrit une progression de la pandémie à une vitesse comparable dans tous les pays "en dépit du fait que les pays sont à des stades différents, en dépit des variations dans les réponses nationales en matière de santé publique, et des définitions de cas ou des protocoles qui peuvent être différents dans la manière de sélectionner les patients devant être testés pour confirmer le diagnostic de COVID-19 ou en rattrapage".

Par ailleurs, l ’Agence européenne du médicament (EMA) a mis en place un groupe de pilotage visant à appréhender tous les problèmes concernant l’approvisionnement en médicaments à usage humain et vétérinaires des pays de l’EEE. Il s’est notamment rapproché des représentants des firmes pharmaceutiques afin qu’ils dressent un état des lieux des conséquences des mesures de quarantaine prises en Chine ou ailleurs sur les risques d’approvisionnement de l’Europe et afin d’évaluer l’adaptation à une éventuelle pénurie. Les premiers retours indiquent qu’aucune rupture spécifique n’a été identifiée et ne risque de se produire à court terme, ce qui, en revanche, n’est pas garanti à plus long terme si les mesures de confinement, les perturbations logistiques ou les problèmes liés à l’export des marchandises se multiplient ou durent longtemps.

Analyse des cas italiens

Depuis le début de la pandémie, selon  une chronologie très rapide , l’Italie a rapidement détenu le triste record du nombre de cas et de décès liés au Covid-19 en Europe, avec 35.713 cas confirmés et 2.978 décès à ce jour. Le JAMA a publié plusieurs éléments récents relatifs à la situation du pays. L’ analyse des données italiennes au 15 mars, menée sur 22.512 cas (dont 2.026 chez les professionnels de santé), montre un âge médian de 64 ans et une prédominance des cas parmi les hommes (59,8%), avec 37,6% des cas concernant les plus de 70 ans, et 24,0% de 19-50 ans et 1,2% de moins de 18 ans. Dans la situation italienne, 5,0% des patients ont présenté une forme critique et 24,9% une forme grave, des chiffres supérieurs à ceux rapportés de l’expérience chinoise. Parmi les 1.625 décès, seuls 14 ont concerné les personnes de 30 à 49 ans. En revanche, les taux de mortalité les plus élevés concernaient les 80-89 ans (19,7%) et les plus de 89 ans (22,7%).

Dans une  interview disponible sur le même média, Maurizio Cecconi (Humanitas University, Milan, Lombardie) raconte comment le nombre de cas a explosé dans sa région en un temps très court. Pour pouvoir garantir l’accès aux soins intensifs à tous les patients le nécessitant, dans une région disposant initialement de 720 lits de soins intensifs, le spécialiste décrit une chronologie décisionnelle semblable à celle déployée en France : création de parcours de soins spécifiques dans les établissements, annulation de la chirurgie élective, établissement de protocoles de prise en charge, augmentation de la capacité en soins intensifs (482 nouveaux lits), transferts de patients vers des hôpitaux extra-régionaux, confinement de la population… Dans  l' article accompagnant cet entretien, une première analyse critique a été dressée sur les premières décisions prises localement : les capacités diagnostiques des laboratoires n’ont pas été augmentées suffisamment rapidement et ont été rapidement saturées, tout comme l’augmentation du nombre de lits de soins intensifs.

Parution ou réactualisations des recommandations et procédures

- Suite à une décision de l’ANSM, la vente de paracétamol est désormais rationnée sans ordonnance et suspendue sur Internet. La délivrance de paracétamol sur ordonnance n'est pas affectée.

- Dans le contexte des questionnements éthiques, sur lesquels le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’est récemment exprimé, les  enjeux éthiques relatifs à l’accès aux soins de réanimation et autres soins critiques (SC) deviennent un sujet brûlant d’actualité dans le contexte pandémique. Le COREB (Coordination Opérationnelle Risque Epidémique et Biologique) propose des pistes d’orientation provisoires sur le sujet : il rappelle la nécessité de décisions éclairées par des éléments objectifs, il propose un algorithme  sur les orientations possibles, la démarche en cas de limitation de soins envisagée nécessitant « des soins de fin de vie appropriés et empreints de compassion » quel que soit le lieu de prise en charge, ainsi que des mesures de prévention de l’épuisement des professionnels de santé. Il propose ainsi quelques pistes pratiques afin d’explorer ces différents aspects.

- Le directeur de la DGS alertait hier soir sur la nécessité de maintenir les dons de sang et de plaquettes, qui sont en baisse depuis plusieurs jours. Un déplacement vers un centre de don est autorisé, au motif des déplacements pour l’assistance aux personnes vulnérables. À ce sujet, le Haut conseil pour la santé publique a édité des recommandations concernant la  sécurisation des dons de sang, cellules, tissus et organes en période de circulation active du SARS-CoV-2 .

- Concernant la téléconsultation, le télésuivi et la prise en charge ambulatoire :

  • le ministère de la Santé dresse la  liste d es solutions disponibles en télésanté pour les médecins et les infirmiers, avec, pour chacune, les fonctionnalités proposées et le niveau de sécurité garanti. Pour le télésuivi des patients ne nécessitant pas d’hospitalisation, le ministère met aussi en avant  Covidom , une application développée par l’APHP pour les médecins généralistes.

  • Le Collège National de Généralistes Enseignants collige  toutes les ressources nécessaires pour le médecin généraliste . Avec la SPILF (Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française) et le Collèges de Médecine Générale, il propose également un algorithme simplifié pour aider à la prise en charge des patients en médecine générale qui permet en quelques clics de disposer de la marche à suivre selon la situation clinique de son patient.

 

* Dans sa définition des zones d’exposition à risque réactualisée le 17 mars , Santé Publique France a ajouté 5 nouveaux départements métropolitains en 24h, dans lesquels la transmission communautaire du virus est établie : Auvergne-Rhône-Alpes (Ain, Ardèche, Drôme, Haute-Savoie, Loire, Rhône), Bourgogne-Franche-Comté (Côte d’Or, Doubs, Haute-Saône, Le Territoire de Belfort, Saône-et-Loire), Bretagne (Morbihan), Corse (Corse-du-Sud, Haute Corse), Grand Est (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Marne, Meuse, Meurthe et Moselle, Moselle, Vosges), Hauts-de-France (Aisne, Oise, Somme), Ile-de-France (Toute l’Ile-de-France : Essonne, Hauts-de-Seine, Paris, Seine-Saint-Denis, Seine et Marne, Val d’Oise, Val de Marne et Yvelines), Occitanie (Aude, Hérault) et Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Bouches-du-Rhône).