COVID-19 : actualisation des préconisations thérapeutiques du HCSP


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Les recommandations thérapeutiques du HCSP (Haut Conseil de la santé publique) relatives au COVID-19 ont été actualisées dans une lettre adressée au Directeur général de la santé, datée du 20 mai 2020 et mise en ligne le 2 juin. Le texte est étayé par les avis de l’IDSA ( Infectious Diseases Society of America) , du NIH ( National Institute of Health - USA), les recommandations de plusieurs sociétés savantes françaises, les rapports des Centres régionaux de pharmacovigilance et une recherche bibliographique arrêtée au 8 mai 2020.

Une prescription hors AMM engage la responsabilité du prescripteur

En préambule, le Haut Conseil « regrette que plus de quatre mois après le début de l’épidémie, il n’existe aucune donnée robuste provenant d’essais prospectifs randomisés et comparatifs versus le traitement de support standard dit standard of care (SOC) permettant de documenter une efficacité des traitements proposés à effet antiviral et immunomodulateurs basés sur des critères cliniques et éventuellement virologiques. » Aussi annonce-t-il que ses recommandations représentent « davantage des orientations basées sur la collégialité d’avis d’experts et des expériences cliniques de terrain que des recommandations basées sur des preuves. » Il ajoute : « La redondance de multiples études risquant de ne conduire à aucune conclusion nécessite une réévaluation drastique de la coordination de la recherche clinique [portant sur le COVID-19] de façon à que les moyens affectés soient utilisés au mieux de l’intérêt commun. »

En ce qui concerne les prescripteurs, il insiste sur la nécessité d’inclure le plus possible de patients dans des essais cliniques prospectifs, randomisés et comparatifs. En dehors de ce cas, leur décision de ne pas se limiter au traitement symptomatique (patients ambulatoires) ou au SOC (patients hospitalisés) doit être collégiale. Ils doivent être bien conscients qu’ils engagent leur responsabilité dans le cas d’une prescription hors AMM, essai clinique ou recommandation des autorités de santé. Enfin le patient doit bénéficier d’une information « claire, loyale et appropriée. »

Pas de place pour l’azithromycine

Les recommandations du HCSP sont complétées par un avis publié le 18 mai relatif à l’usage des anti-infectieux dans le COVID-19. Aucune antibiothérapie ne doit être prescrite chez un patient ayant des symptômes rattachés à un COVID-19 confirmé (en dehors d’un autre foyer infectieux) du fait du caractère exceptionnel de la co-infection bactérienne. Chez un patient dont le diagnostic de COVID-19 n’a pas encore été confirmé par un test virologique, et en cas de doute sur avec une infection respiratoire, les recommandations 2011 du SPILF (Société de pathologie infectieuse de langue française) s’appliquent en cas de doute sur une infection respiratoire haute et celles 2010 de l’AFSSAPS en cas de doute sur une infection respiratoire basse.

Le document accorde une bonne place aux travaux sur l’azithromycine pour conclure qu’à ce jour, il n’y a pas d’argument pour sa prescription dans le COVID-19 : les essais conduits chez l’homme ne permettent pas d’affirmer qu’elle ait un effet antiviral propre et/ou une activité immunomodulatrice. De plus, « sa prescription généralisée dans ce contexte » fait courir un « risque d’émergence de résistance bactérienne » et pose « la question de sa tolérance au long cours. »

À signaler pour finir que le comité directeur de l’essai clinique Discovery, « en lien avec les autorités compétentes dans les pays où il se déroule, va envisager de reprendre les inclusions dans le bras hydroxychloroquine. » Elles avaient été suspendues suite à la publication d’une étude parue dans le Lancet et depuis retirée par la revue.