COVID-19 : 75% des cas récents proviennent de 10 pays, principalement en Asie du Sud et en Amérique

  • Stéphanie Lavaud

  • Nathalie Barrès
  • Actualités Médicales par Medscape
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Monde – Après avoir été fortement touchée par l’épidémie, l’Europe connait aujourd’hui un répit, mais d’autres parties du monde connaissent une forte progession, et pour certaines, un rebond. « Près de 75% des cas récents de Covid-19 proviennent désormais de dix pays, principalement en Amérique et en Asie du Sud », a fait savoir lundi dernier Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), tout en constatant « un nombre croissant de cas en Afrique, en Europe de l'Est, en Asie centrale et au Moyen-Orient », lors d'un point de presse à Genève.

Le rythme des contaminations ne faiblit pas, bien au contraire. « Il a fallu plus de deux mois pour que les 100.000 premiers cas soient signalés, alors que plus de 100.000 nouveaux cas ont été signalés presque chaque jour au cours des deux dernières semaines », a précisé le chef de l'OMS.

En Amérique du Sud, la crise sanitaire vient s’ajouter à une situation politique et économique déjà fortement tendue, notamment au Brésil. D’autres états dans monde, comme l’Inde, le Pakistan ou l‘Iran, connaissent eux-aussi, pour des raisons diverses (et d’ailleurs pas toujours clairement identifiées) des situations critiques. Quant à l’Afrique, dernier continent touché, elle commence à voir le nombre de cas croître dangereusement.

Au mardi 16 juin, la pandémie à Covid-19 avait officiellement infecté 7 936 872 personnes et fait au total 433 959 morts dans 196 pays et territoires, selon l'institut Johns Hopkins

 
Rebond très inquiétant à Pékin

La découverte en cinq jours de plus de 100 malades, liés à un marché de la ville, fait craindre une seconde vague dans cette ville où la vie avait repris son cours normal. « La  situation épidémique dans la capitale est extrêmement grave » a averti devant la presse un porte-parole de la mairie, parlant de course contre la montre contre le coronavirus. Ce regain épidémique suscite toutefois la crainte d’une deuxième vague. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué suivre « de très près»la situation et évoqué l’envoi d’experts supplémentaires à Pékin. Dès à présent, les écoles ont été fermées et de nombreux vols au départ et à destination de Pékin.

Coronavirus en Inde

Si elle avait semblé relativement épargnée les premiers temps, malgré des mesures de confinement drastiques mises en place le 24 mars, l’Inde a désormais doublé l’Espagne et le Royaume-Uni en termes de contamination (343.091 ce mardi) et les chiffres continuent d’augmenter inexorablement de jour en jour. Dans la capitale économique du pays, Bombay, la situation sanitaire est hors de contrôle, tous les lits de soins intensifs sont occupés, ce qui est d’autant plus inquiétant que dans ce pays, le pic de la pandémie n’a toujours pas été atteint. Il est, pour le moment, prévu par les épidémiologistes pour la deuxième quinzaine de juillet. « L’Inde sera probablement à cette date, le foyer principal dans le monde de la pandémie » prédit le site coronavirus-statistiques.com.

Essentiellement urbaine, l’épidémie est en passe de devenir rurale. Avec la mise en place de trains spéciaux tout au long du mois de mai – l’Inde ayant autorisé le retour de « migrants de l’intérieur » – des travailleurs de la campagne venus trouver du travail et bloqués dans les grandes agglomérations –, le virus investit désormais les campagnes. Les États concernés, principalement l’Uttar Pradesh, le Bihar, le Jharkhand, l’Orissa et l’Andhra Pradesh, signalent un bond de la contagion variant entre 30% et 80% en milieu rural.

Coronavirus en Iran

L’Iran, l’un des premiers pays à avoir enregistré des décès liés au coronavirus après la Chine, pourrait aussi être l’un des premiers à voir une résurgence de l’épidémie. En cause notamment, un retour très rapide au travail des iraniens et des pratiques religieuses très favorables au risque de contamination« Le mausolée de Fatima Masoumeh, à Qom, est un lieu de pèlerinage où de nombreux fidèles chiites iraniens et étrangers se pressent chaque jour, touchant ou embrassant les uns après les autres le moucharabieh qui enclot sa tombe. L’accès des fidèles a été encadré, mais il reste ouvert, et la mise en quarantaine de Qom reste exclue » rapportait Le Monde en mars dernier. Cette ville où sont apparus les premiers cas a d’ailleurs constituée l’épicentre de l’épidémie dans le pays. Par ailleurs, de nombreux dignitaires religieux ont été contaminés. Début juin, les contaminations repartaient à la hausse. En cause, des erreurs politiques dans la gestion de l’épidémie, dénoncent des observateurs, et un manque de coordination entre la tendance des infections et les décisions gouvernementales. Ainsi, le 12 mai, les mosquées du pays ont été temporairement autorisées à ré-ouvrir pendant trois jours pour célébrer la fin du Ramadan, ce qui a permis à certains de voyager à travers le pays. Mais du 25 mai au 1er juin, le nombre d’hospitalisations est passé de 338 à 652, et les décès de 34 à 84, selon le ministère de la Santé, indique AlJazeera. Et l’épicentre de l’épidémie, qui se situait initialement dans la capitale Téhéran et à Qom, s’est déplacé notamment vers la province du Khuzestan.

Coronavirus au Pakistan et en Afghanistan

Au Pakistan, le nombre de contaminations et de décès est là aussi en constante augmentation, avec 144.478 contaminations recensées au 14 juin et 2.729 décès, nombre probablement très en-deçà de la réalité, faute d'un dépistage suffisant.

Depuis le début de l'épidémie, les autorités ont adopté une stratégie minimaliste, rapporte le quotidien Les Echos . Le Premier Ministre, Imran Khan, s’est ainsi opposé à un confinement des villes qui, selon lui, permet de « sauver les gens du coronavirus, mais les fait mourir de faim ». Début juin, il a annoncé la levée complète du confinement entamé fin mars.

La situation en Afghanistan n'est guère différente, continue le quotidien économique, et comme au Pakistan, le nombre de cas est certainement supérieur à celui attendu, y compris à Kaboul, l'épicentre de l'épidémie. Dans la seule capitale, Mohammad Yakub Haidary, le gouverneur de Kaboul, a estimé qu'il pourrait y avoir un million de personnes contaminées par le virus. Jusqu'à présent, le nombre officiel de décès dus au virus au niveau national est de… 327. Un nombre qu'il considère sans commune mesure avec la réalité. « Nous avons des informations faisant état de morts suspectes, de gens enterrant des corps de nuit, » a-t-il déclaré. « Nous remplissons 10 à 15 ambulances de corps chaque jour », a-t-il poursuivi dans une conférence de presse le 6 juin dernier, rapportée par Les Echos.

Coronavirus en Afrique du Sud

Si l’Afrique a été un continent relativement préservé jusqu’à présent, l’épidémie s’y propage néanmoins peu à peu, avec l'Afrique du Sud pour épicentre, laquelle compte 73.533 cas recensés ce mardi 16 juin et 1.568 morts. 

« Jusqu’à présent, l’Afrique ne comptait que pour une faible part des cas mondiaux », a déclaré le Dr Matshidiso Moetidirecteur régional de l‘OMS pour l’Afrique le 11 juin dernier. « Mais le rythme de la propagation s’accélère. Une action rapide et précoce de la part des pays africains a permis de garder les chiffres à un niveau bas, mais une vigilance de tous les instants est nécessaire pour empêcher le Covid-19 de submerger les services de santé » a-t-elle déclaré.

Dix pays comptent pour près de 80% des cas sur le continent africain. Et la plupart des décès – plus de 70% – sont présents dans cinq états : l’Algérie, le Nigéria, l’Afrique du Sud et le Soudan.

L’Afrique du Sud est indéniablement le pays le plus touché puisqu’il totalise à lui seul un quart des cas sur ce continent. Deux provinces – le Cap Occidental et Cap Oriental – rapportent chaque jour des nombres de cas et de décès élevés. Le pic de l’épidémie est attendu dans les prochaines semaines.

Coronavirus aux Etats-Unis

Dans ce pays, le bilan est contrasté selon les Etats. Alors que le nombre de cas est en net baisse, le plus bas depuis des semaines, les Etats-Unis continuent de déclarer autour de 20.000 nouveaux cas par jour, le virus s'étant déplacé de New York et du nord-est vers une large bande recouvrant le sud et l’ouest dans des états comme l’Arizona, le Texas ou la Floride. « La carte des États-Unis est aujourd’hui largement colorée en rouge sur le site Covidexitstrategy.org : la majorité des États américains ne remplissent pas les critères de réouverture définis par la Maison Blanche, et ont de plus en plus de nouveaux cas déclarés chaque jour, des capacités hospitalières qui se réduisent et des tests de dépistage insuffisants » mentionne Sud Ouest L’Arizona notamment a vu son nombre de cas augmenter de 93% au cours de la dernière semaine et sa capitale, Phoenix, est devenue un "hot spot". « Nous avons rouvert trop et trop vite, nos hôpitaux ont vraiment du mal » a déclaré la maire de Phoenix, Kate Gallego. De son côté, l’Oregon a retardé sa ré-ouverture.

Et les prévisions à moyen terme ne sont pas très optimistes. Le nombre de décès devrait atteindre 130.000 d’ici la fête nationale du 4 juillet, selon une moyenne de plusieurs modèles épidémiologiques. Dans une estimation statistique fondée sur les chiffres du 6 juin, l’institut de statistique IHME (The Institute for Health Metrics and Evaluation) de Seattle prédit une seconde vague sur le territoire américain pour la fin de l’été, avec un nombre de cas en hausse dès la 4ème semaine d’août, hausse encore plus prononcée durant septembre. Les auteurs, qui espèrent se tromper, sont toutefois alarmistes. « Si les Etats-Unis ne sont pas capables d’enrayer la montée des cas en septembre, la situation pourrait alors empirer en octobre, novembre et dans les mois qui suivent, si la pandémie, comme nous nous y attendons, suit la saisonnalité des pneumonies » disent-ils.

Coronavirus au Brésil

Au cours de la dernière semaine, le Brésil est devenu le deuxième pays le plus atteint par le Covid-19, en nombre de cas (888.271) et en nombre de décès (43.959). Ce mardi 16 juin, il a enregistré 1.239 morts en 24h, des données qui seraient cependant largement sous-évaluées. Le Brésil a en effet supprimé des mois de données sur la pandémie dans le pays du site Web du gouvernement, le ministère de la Santé a déclaré qu’il ne communiquerait désormais que les cas et les décès au cours des dernières 24 heures, ne donnant plus un chiffre total comme le font la plupart des pays. Le président brésilien Jair Bolsonaro, qui minimise la pandémie depuis le début et prône la reprise des activités économiques plutôt que le confinement, est largement critiqué, notamment par l’OMS, pour ses décisions. Dernier tollé en date, jeudi dernier, quand lors de sa transmission hebdomadaire en direct sur Facebook, le président brésilien a demandé à la population de filmer des hôpitaux pour vérifier leur taux d’occupation. Là encore, en raison de choix gouvernementaux et de la situation socio-économique et démographique du pays, les perspectives sont sombres. (Pour une analyse complète de la situation au Brésil, lire COVID-19: le Brésil pris dans une tempête sanitaire et politique).

Cet article a été publié initialement sur Medscape.fr