Coût des médicaments : un besoin de transparence ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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Le 28 mai dernier, l’Assemblée mondiale de la santé (organe décisionnel suprême de l'Organisation mondiale de la santé) a voté un texte demandant plus de transparence sur le marché des médicaments. Ce texte n’a pas de valeur juridique contraignante mais a une valeur normative. Il « encourage les États à révéler les prix réels payés par leur système de santé pour les médicaments, à rendre publics les résultats des essais cliniques ainsi que les données relatives à la propriété intellectuelle des produits de santé, et à promouvoir des modes de développement collaboratifs des nouveautés thérapeutiques ».

Ce sujet très sensible a fait l’objet de nombreuses discussions, certains pays étant fortement opposés à l’adoption de ce texte.

Pourquoi ce besoin de transparence ?

A l’heure actuelle, sous couvert du secret industriel, les sommes investies par les entreprises du médicament pour la recherche, les essais cliniques, la mise sur le marché et le marketing ne sont pas connues. Il est donc difficile de savoir si le prix demandé pour un nouveau traitement est cohérent avec les sommes engagées pour son développement et sa fabrication. Les prix demandés sont parfois très élevés et ne sont plus toujours justifiés par les laboratoires par leur investissement dans le développement du médicament, mais par l’efficacité du traitement et les économies qu’il devrait permettre de réaliser.

Même les pays riches se retrouvent désormais confrontés à des problèmes de prix et d’accès au médicament. Ils doivent parfois choisir entre refuser un médicament ayant un prix excessif et une efficacité encore incertaine, mais qui représente un espoir de survie pour des malades souvent en situation critique, ou accepter les conditions demandées, en l’absence d’informations transparentes, pour éviter toute perte de chance pour les patients…

Des États qui subissent le système...

Le manque de transparence place les États en situation de concurrence les uns avec les autres. Par exemple, avec son dispositif d’autorisation temporaire d’utilisation (ATU), la France permet un accès précoce aux innovations thérapeutiques et les prix négociés dans notre pays font souvent partie des premiers dans l’Union européenne. Ils représentent un indicateur du tarif que les autres pays pourront négocier. Les industriels ont alors intérêt à afficher un prix élevé en France, c’est pourquoi ils négocient un prix public facial élevé en échange de remises. Le prix réel, après remise, payé par la Sécurité sociale française n’est pas connu publiquement. Il en est de même dans les autres pays, si bien que personne ne peut savoir s’il a obtenu un accord tarifaire avantageux et finalement chaque pays joue contre ses voisins. Seuls les industriels connaissent les prix réellement pratiqués…

Cette revendication de transparence apparaît donc comme une mesure de santé publique, afin que les États et les acteurs de santé puissent obtenir des prix acceptables et cohérents avec les efforts investis et puissent disposer de toutes les informations nécessaires à leur choix.  

Le texte adopté par l’OMS n’est certes pas suffisant mais représente un premier pas. Il faut désormais veiller à son application…