Coronavirus : face à une situation internationale préoccupante, la France se prépare à faire face


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

1- Un bilan international préoccupant

Lundi 24 février matin, 79.360 cas confirmés de COVID-19 étaient dénombrés dans le monde, soit une augmentation d’environ 8.000 cas en une semaine. Si le nombre de nouvelles contaminations est relativement stable en Chine et plus faible ces 7 derniers jours que durant la semaine qui les a précédés, « la situation est très évolutive au niveau international » comme l’a reconnu dimanche soir Olivier Véran, le nouveau ministre des Solidarités et de la Santé dans son point de situation. La fenêtre d’opportunité pour endiguer l’épidémie se réduit de jour en jour en Asie, a reconnu l’OMS en fin de semaine.

Si en France, il n’y a pas de circulation active du virus, plusieurs pays – dont l’Italie -, présentent en effet des situations préoccupantes :

- La Corée du Sud, qui constitue le deuxième pays comptant le plus grand nombre de cas dans le monde, après la Chine, déplore ce lundi 763 cas, et 7 décès. Un chiffre qui a bondi cette semaine, alors que le pays comptabilisait uniquement 30 cas en début de semaine dernière. La moitié des cas concernent des membres d’une secte chrétienne.

- Au cours de la semaine écoulée, l’Italie a mis en évidence deux principaux foyers épidémique de COVID-19 et a connu son premier décès lié au virus. Ce lundi matin, 157 cas sont dénombrés dans le pays, dont trois mortels. Le patient zéro n’a pas pour l’heure été identifié. Ce sont aujourd’hui 11 villes de Lombardie et de Vénétie, et plus de 52.000 personnes qui sont aujourd’hui placées en isolement. Entreprises, écoles, lieux culturels et sportifs sont fermés et de nombreux évènements ont été annulés. Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), le risque d'apparition de foyers associés au COVID-19 similaires à ceux d'Italie dans d'autres pays de l'Union Européenne et de l’Espace économique européen est considéré comme modéré à élevé.

- En Iran, 43 cas ont été confirmés durant la semaine dans plusieurs villes du pays, dont Téhéran. Par ailleurs, 8 décès ont déjà été déplorés, faisant du pays le second à déplorer le plus de morts liés l’infection, derrière la Chine. Plusieurs pays limitrophes ont fermé leurs frontières. Par ailleurs, Bahreïn et le Koweït ont déclaré ce matin de premiers cas, chez des sujets ayant séjourné en Iran.

Globalement, 2.619 décès liés au virus ont été enregistrés dans le monde, dont 27 hors de Chine. 

L’analyse rétrospective des premières centaines de cas permet de décrire que le COVID-19 se présente dans 80% des cas sous une forme mineure, 15% et 5% des cas nécessitant respectivement une hospitalisation et un placement en réanimation. Les patients souffrant de pathologies chroniques et/ou étant âgés sont les plus à risque de présenter une forme grave de l’infection. Les décès concernent pour moitié des sujets de moins de 75 ans, mais aucune forme grave ni décès n’a été rapporté chez les enfants.

Pour suivre l’évolution des chiffres internationaux en temps réel.

Le point sur la situation en Italie au 23 février.

2- La France se prépare à faire face : stratégie de planification ORSAN REB et guide méthodologique à destination de tous les professionnels de santé

En France, aucune transmission active du virus n’est observée, et seuls 12 cas sporadiques ont été identifiés et pris en charge individuellement depuis le début de l’épidémie. Il n’existe donc ni cluster, ni chaîne de transmission sur le territoire et seule une personne reste à ce jour hospitalisée à Lyon, sans présenter de signe de gravité.

Cependant, avec l’accélération du nombre de cas confirmés hors de Chine, la France anticipe une éventuelle transmission épidémique. A cet effet, l e ministère de la santé a mis en place un plan stratégique ORSAN REB (organisation de la réponse du système de santé (ORSAN) dans le cadre du risque épidémique et biologique connu ou émergent) visant à organiser la mobilisation au niveau territorial, élaboré et mis en œuvre dans chaque région avec les ARS.

Pour aider les structures et les personnels à en connaître le fonctionnement, un guide méthodologique a été établi pour accompagner tous les acteurs du système de santé dans leur démarche locale et afin de se préparer à la prise en charge de patients classés cas suspects, possibles ou confirmés d’infection à COVID-19. Il apporte toutes les réponses aux questions pratiques que les professionnels peuvent se poser et décrit la stratégie mise en place en France afin de prévenir, et dans un second temps, gérer une situation épidémique sur le territoire français.

En cas de circulation active du virus, la stratégie passera « d’une logique de détection et de prise en charge individuelle à une logique d’action collective » imposant « la pleine mobilisation du système de santé dans toutes ses composantes (médecine de ville, établissements de santé et établissements médico-sociaux). »

Trois niveaux d’établissements de santé sont définis selon l’ampleur de l’évolution épidémique : les établissements de première ligne habilités pour le Covid-19, les établissements de santé de 2 e ligne mobilisés en seconde intention pour augmenter les capacités des établissements de première ligne, si besoin et un 3 e niveau pour le stade épidémique.

Pour accueillir les éventuels malades, Olivier Véran a précisé que dès aujourd’hui 70 établissements sièges d’un Samu seront activés sur le territoire, permettant à « tous les départements de la métropole de disposer d’au moins un centre hospitalier permettant de les prendre en charge du début à la fin ». Sur le plan diagnostique et biologique, il est pour l’heure possible de réaliser environ 1.400 tests par jour, via les structures hospitalo-universitaires de Marseille et Paris.

Le guide décrit les modalités d’accueil des patients, le repérage et la détection précoce des cas, les modalités d’alerte, d’isolement et d’hygiène en cas de cas possible, la conduite à tenir concernant les sujets contacts et les professionnels exposés fortuitement. Pour mémoire, tout professionnel de santé prenant en charge un patient suspect d’infection COVID-19 doit prendre contact avec le Samu-Centre 15 pour analyse, classement et mise en place des premières mesures de prise en charge.

Le ministre a dit travailler avec les entreprises situées en France et productrices de masques, notamment FFP2 de haute qualité, dans un environnement tendu sur le plan international. Par ailleurs, il a précisé que les professionnels de santé qui seraient exposés et devaient être mis en quatorzaine seraient financièrement protégés.

Les conseils aux voyageurs à destination de la Chine et à ceux développant des symptômes respiratoires ont été actualisés. Il est également recommandé de consulter le site du ministère des Affaires étrangères afin de connaître les risques spécifiques aux autres pays.

 

3- Nouvelles définitions des cas, contacts étroits et des zones à risque

Le 21 février, au vu de l’évolution épidémiologique et des connaissances sur l’infection au SARS-CoV-2 (COVID-19), Santé Publique France a fait évoluer la définition clinique des cas et les zones d’exposition à risque.

Ainsi, sont définis comme zones d’exposition à risque tous les pays qui correspondent aux pays dans lesquels une transmission communautaire diffuse du virus est décrite : Chine continentale, Hong Kong, Macao et Singapour. Cette liste est sujette à évolution, et tenue à jour sur le site internet de Santé publique France .

Par ailleurs, la définition des cas possibles a également été modifiée : ainsi, toute personne présentant des signes cliniques d’infection respiratoire aiguë avec une fièvre ou une sensation de fièvre, ET ayant voyagé ou séjourné dans une zone d’exposition à risque dans les 14 jours précédant la date de début des signes cliniques sont considérés comme des cas possibles. Outre les zones définies et précisées ci-dessus, au cas par cas et après consultation de Santé publique France, une exposition avérée ou potentielle à un évènement de type cluster (chaîne de transmission de taille importante), ou documenté hors de ces zones d’exposition à risque, pourra aussi être considérée.

Est aussi considérée comme cas possible toute personne présentant des signes cliniques d’infection respiratoire aiguë dans les 14 jours suivant l’une des expositions suivantes : (1) contact étroit d’un cas confirmé de COVID-19, pendant que ce dernier était symptomatique, (2) personne co-exposée, définie comme ayant été soumise aux mêmes risques d’exposition (c’est-à-dire un voyage ou séjour dans une zone d’exposition à risque) qu’un cas confirmé.

La définition du contact étroit correspond à une personne qui a partagé le même lieu de vie que le cas confirmé ou a eu un contact direct avec lui, en face à face, à moins d’1 mètre du cas et/ou pendant plus de 15 minutes, au moment d’une toux, d’un éternuement ou lors d’une discussion ; flirt ; amis intimes ; voisins de classe ou de bureau ; voisins du cas dans un moyen de transport de manière prolongée ; personne prodiguant des soins à un cas confirmé ou personnel de laboratoire manipulant des prélèvements biologiques d’un cas confirmé, en l’absence de moyens de protection adéquats.

Enfin, un cas confirmé correspond à toute personne ayant un prélèvement positif confirmant l’infection par le SARS-CoV-2, qu’elle soit ou non symptomatique.

Ces définitions sont tenues à jour et soumises à évolution sur Santé Publique France .