Coronavirus et symptômes psychiatriques : les enseignements des précédentes épidémies

  • Rogers JP & al.
  • Lancet Psychiatry
  • 18 mai 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • À partir des études menées suite aux épidémies de SARS en 2002, de MERS en 2012, et de COVID-19 tout récemment, une revue systématique de la littérature a recherché les symptômes psychiatriques et neuropsychiatriques observés durant la phase aiguë de l’infection et après l’infection.
  • Les résultats suggèrent que ces symptômes sont fréquents en phase aiguë et qu’ils surviennent ou perdurent au-delà, notamment des dépressions, des troubles anxieux, de la fatigue et des troubles de stress post-traumatique.
  • À noter, une fréquence élevée de déliriums en phase aiguë de l’infection à ces 3 coronavirus.

 

Pourquoi est-ce important ?

Au-delà du stress que peut engendrer une pandémie comme celle du COVID-19 en raison de la peur de la maladie, du confinement, de la distanciation sociale, ou encore des conséquences économiques et sociales, des troubles neuropsychiatriques pourraient être liés à des séquelles cérébrales directement ou indirectement (réponse immunitaire ou effet iatrogène) associées à l’infection. Des études précédemment menées suite à des épidémies de grippe ont montré qu’elles pouvaient être associées à des conséquences neuropsychiatriques chez les sujets ayant été infectés à long terme. Mais ces effets psychiatriques et neuropsychiatriques ont été peu explorés suite aux différentes épidémies de coronavirus, SARS en 2002 et MERS en 2012, si bien que nous ne savons pas bien à quoi nous attendre pour l’épidémie de SARS-Cov-2 qui nous concerne aujourd’hui.

Méthodologie

Une étude britannique a donc entrepris de passer en revue toutes les publications ayant fait état des symptômes psychiatriques et neuropsychiatriques survenus chez des sujets ayant eu une infection confirmée ou suspectée à un coronavirus durant les épidémies de SARS, MERS, et les quelques études déjà disponibles pour le COVID-19, en excluant celles s’étant penchées sur les conséquences psychiatriques du confinement ou de la distanciation sociale.

Résultats

  • Au total, 1.963 études et 87 pré-prints représentant au moins 3.559 cas distincts d’infection à l’un des trois coronavirus ont été identifiés par la revue systématique de la littérature et incluzs dans une méta-analyse.
  • Sur les 25 études ayant rapporté les symptômes neuropsychiatriques en phase aiguë de l’infection à coronavirus SARS ou MERS chez des sujets hospitalisés, les plus fréquents étaient : la confusion mentale ou délirium (27,9%, malgré un âge moyen de 41 ans ou moins), une humeur dépressive (32,6%), l’anxiété (35,7%), des troubles de la mémoire (34,1%), des difficultés de concentration ou d’attention (38,2%) et des insomnies (41,9%).
  • Une étude menée à Hong Kong durant l’épidémie de SARS a rapporté 0,7% (13 patients) de troubles psychotiques induits par les stéroïdes.
  • Quarante études se sont intéressées aux troubles psychiatriques survenus après l’infection. Selon les résultats de la méta-analyse, la prévalence ponctuelle des troubles neuropsychiatriques retrouvés en post-infection étaient de :
    • 32,2% pour les troubles de stress post-traumatique avec une durée de suivi moyenne de 33,6 mois ;
    • 14,9% de dépression (22,6 mois),
    • 14,8% de troubles anxieux (11,6 mois).
  • Quant au travail, 76,9% des patients avaient repris leur activité après une durée de suivi moyenne de 35,3 mois (580 patients par 6 études).
  • Sur les 12 études représentant 976 patients atteints de COVID-19 et admis en soins intensifs, 69% ont montré une agitation à l’arrêt de la sédation, une confusion mentale a été rapportée chez 65% d’entre eux et un état altéré de conscience chez 21% d’entre eux (ces derniers étant décédés par la suite).

Limites

  • Ces données concernent essentiellement les épidémies de SARS et de MERS et l’application à l’épidémie actuelle doit être prudente car les données dont on dispose en phase aiguë encore limitées et celles en post-infection ne sont pas encore disponibles.
  • La plupart des études incluses était de qualité faible à modérée et comportaient des pré-prints non soumis à relecture.