CORONADO : critères phénotypiques et prédictifs de la sévérité d’une infection par SARS-CoV-2 chez les diabétiques hospitalisés


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Selon les résultats de l’étude CORONADO :

  • Près d’un tiers des sujets diabétiques hospitalisés pour COVID-19, ont besoin d’une intubation trachéale ou décèdent dans les sept jours post-admission ;
  • Les patients diabétiques âgés, ayant un diabète depuis de nombreuses années, ainsi que ceux ayant des complications micro- ou macro-vasculaires étaient les plus à risque de décès par COVID-19 dans les sept jours post-admission hospitalière ;
  • Une dyspnée, un taux élevé de protéine C réactive ou d’ASAT à l’admission doublaient le risque d’intubation ou de décès à sept jours ;
  • L’IMC était un facteur indépendamment associé à la sévérité de l’infection par COVID-19.

D'autres résultats de l'étude CORONADO sur le suivi des patients jusqu'au 28e jour après hospitalisation sont attendus pour le mois de juin.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Le diabète a rapidement été identifié comme étant un facteur de risque de forme sévère de COVID-19. Cependant, peu d’éléments permettaient d’identifier parmi les sujets diabétiques les patients les plus à risque, et notamment parmi ceux hospitalisés. Ces données sont particulièrement importantes pour les cliniciens français, car elles portent sur une population nationale et identifient les sujets pour qui le rappel de l’application stricte des mesures barrières est primordial.

Méthodologie

Cette étude nationale observationnelle a été menée à partir de sujets hospitalisés pour COVID-19 dans 53 centres de soins français entre le 10 et le 31 mars 2020.

Principaux résultats

Au global, 1.317 patients ont été inclus dans les analyses (64,9% d’hommes, âge moyen 69,8 ans, IMC 28,4 kg/m2, 88,5% de diabète de type 2, 46,8% et 40,8% respectivement de complications micro- et macrovasculaires, HbA1c moyenne 8,1%, antécédent d’hypertension et de dyslipidémie respectivement chez 77,2% et 51,0%).

  • Dans les sept jours post-hospitalisation, 31,1% (n=410) des sujets ont été admis en unité de soins intensifs, 29,0% (n=382) ont eu besoin d’une ventilation mécanique par intubation trachéale ou sont décédés (critère composite principal d’évaluation), 10,6% sont décédés et 18,0% ont pu quitter l’hôpital.
  • En analyse multivariée, seul l’IMC restait un critère indépendant statistiquement positivement associé au critère principal d’évaluation avec une augmentation de 28% du risque d’intubation trachéale ou du décès à 7 jours post-hospitalisation (odds ratio 1,28 [1,10-1,47] pour toute augmentation d’une déviation standard). Les auteurs notent que le risque de survenue du critère principal d’évaluation est plus élevé pour les sujets en surpoids ou ayant une obésité de grade 1 ou 2 que chez ceux ayant une obésité morbide (IMC ≥40kg/m2) laissant supposer un éventuel « paradoxe de l’obésité ».
  • La présence d’une dyspnée, un taux élevé de protéine C réactive ou d’ASAT étaient des critères prédictifs indépendants du risque d’intubation ou de décès à sept jours post-hospitalisation (respectivement OR 2,10 [1,31-3,35] ,OR 1,93 [1,43-2,59], OR 2,23 [1,70-2,93]), ainsi qu’une lymphopénie (OR 0,67 [0,50-0,88]).
  • Plusieurs facteurs étaient associés de manière indépendante spécifiquement au décès à sept jours, notamment l’âge (OR 2,48 [1,74-3,53]), l’apnée obstructive du sommeil (OR 2,80 [1,46-5,38]), et les complications micro- ou macro-vasculaires (respectivement OR 2,14 [1,16-3,94] et 2,54 [1,44-4,50]).

Limites

L’étude porte sur des sujets hospitalisés et ne peut donc pas être généralisée, et les données d’HbA1c n’étaient pas disponibles pour 35,7% des individus inclus.