Contraception masculine : quelles perspectives ?

  • Khourdaji I & al.
  • Transl Androl Urol
  • 1 mai 2018

  • de Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Translational Andrology and Urology publie un tour d’horizon des méthodes contraceptives masculines existantes ou en développement. Actuellement, le préservatif et la vasectomie constituent les deux approches prédominantes, mais elles ne sont utilisées que par 5,7 et 2,7% des couples à travers le monde : malgré son intérêt en termes de prévention des infections sexuellement transmissibles, le préservatif est associé à un taux d’échec compris entre 3 et 18%. La vasectomie, elle, est une approche associée à un taux de succès de plus de 99%, mais elle n’est pas toujours réversible. La fréquence du recours à la vasectomie est par ailleurs très variable selon les pays. De nouvelles alternatives sont donc attendues.

Méthodes hormonales

  • La première preuve de concept de la contraception hormonale masculine (CHM) a été apportée dans les années 1970 à travers deux études du NIH et de l’OMS ayant évalué la testostérone IM. À partir de ces études, puis d’autres menées par ailleurs, il est apparu que le seuil définissant l’oligospermie sévère et permettant d’améliorer l’efficacité de la CHM doive être abaissé de 3 millions de spermatozoïdes /mL (permettant d’atteindre une azoospermie chez 65% des hommes caucasiens) à 1 million/mL. D’autres travaux ont ensuite suggéré une variabilité de ce chiffre selon l’origine ethnique.

  • La combinaison testostérone-progestatif a aussi fait l’objet d’études cliniques, l’idée étant de renforcer l’inhibition de l’axe hypothalamo-hypophysaire par l’hormone progestative. Selon les études disponibles, le taux de patients atteignant l’azoospermie était effectivement supérieur sous association (levonorgestrel, désogestrel, médroxyprogestérone, étonorgestrel, nestorone, noréthistérone) avec la testostérone, le taux d'hommes récupérant leur taux initial de spermatozoïdes étant supérieur à 90% ou 95% après arrêt du traitement (durée de suivi variable pouvant en limiter la signification).

  • Deux publications ont compilé les études disponibles : la première a montré que le délai pour atteindre un seuil de 3 millions de spermatozoïdes/mL et de 1 million/mL était de 10 et 13 semaines sous traitement androgénique et de 4 et 5,6 semaines, respectivement en association à un progestatif. Le délai de récupération d’un taux de 20 millions/mL était de 13,6 et 14,7 semaines sous monothérapie et bithérapie respectivement. La seconde étude qui a compilé les données de plus de 2.000 hommes a montré qu’il fallait 4 à 5 mois pour récupérer un taux de spermatozoïdes de 20 millions/mL après 1 an de CHM, et 24 mois pour une récupération complète du taux initial chez tous les sujets traités, indépendamment de la nature de la CHM.

  • En termes de tolérance, des cas d’acné et des variations de la masse maigre et de la masse grasse ont été observés selon les études, la plupart étant d’intensité modérée et réversibles à l’arrêt du traitement. De nouvelles études sont cependant nécessaires, notamment pour apprécier la sécurité du traitement à long terme.

Méthodes systémiques non hormonales

Plusieurs alternatives ont été testées chez l’animal et/ou chez l’homme, mais les preuves restent encore préliminaires. Ces approches ciblées, non hormonales, devraient offrir de nouvelles perspectives dans les prochaines années :

- le gossypol, un phénol d’origine naturelle,

- le récepteur de l’acide rétinoïque (RAR) qui permet de réduire la spermatogenèse,

- la vasopressine qui réduit la motilité des spermatozoïdes,

- les antagonistes des récepteurs adrénergiques, dont l’activité est essentielle à la progression des spermatozoïdes dans les voies génitales,

- les inhibiteurs d’Eppin ( epididymal protease ), impliquée dans la survie des gamètes mâles au sein de l’appareil reproductif féminin…

La vaso-occlusion

  • Le RISUG (reversible inhibition of sperm under guidance) et le Vasalgel sont deux approches réversibles reposant sur l’injection d’un gel capable de précipiter au sein du canal déférent pour créer une occlusion réversible via l’injection d’un solvant (bicarbonate de sodium). Le second n’a cependant pas de propriétés spermicides et ne semble pas soulever de question de sécurité comme celles associées au RISUG (spermatozoïdes anormaux, perturbation des cellules de Sertoli…).

  • Des méthodes moins invasives ont aussi été développées à partir de différents matériaux (polyuréthane, silicone) afin d’injecter le produit dans le canal déférent par voie percutanées, avec différents degrés de succès selon les données cliniques aujourd’hui disponibles. La question de la facilité de réversibilité des techniques doit être mieux appréhendée.

  • Enfin, une technique utilisant de petits dispositifs de silicone (Intra Vas Device) insérés dans le canal déférent par de minuscules incisions pourrait constituer une alternative intéressante.