Consultations d’oncofertilité en France : trop de femmes n’y ont encore pas accès !

  • Gynecol Obstet Fertil Senol

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

La proportion de femmes ≤40 ans ayant un cancer du sein traitée par chimiothérapie (néo)adjuvante et adressée à une consultation de fertilité en région Midi-Pyrénées reste faible (23,4%). Ce constat est retrouvé dans d’autres études au niveau national et international. L’âge au diagnostic semble un critère déterminant, l’orientation étant plus fréquente pour les femmes les plus jeunes. De plus, cette proportion a tendance à diminuer depuis 2015. La typologie de la structure de prise en charge impacte les chances pour une femme d’être orientée vers une consultation d’oncofertilité. Les femmes hors agglomération toulousaine prises en charge par un établissement public auraient 5 fois moins de chance d’en bénéficier que celles traitées en CHU. Cet état des lieux montre qu’il existe des difficultés et des inégalités d’accès à ces consultations spécialisées.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

En France, 7 à 8% des nouveaux cas de cancer du sein surviendraient avant 40 ans. La chimiothérapie (néo)adjuvante souvent nécessaire fait appel à une anthracycline, un alkylant et un taxane (protocole FEC100 ou EC) considérés comme à risque intermédiaire d’aménorrhée selon la classification de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) de 2006. La survie à 10 ans de ces femmes s’est améliorée au cours des dernières décennies. L’usage des agonistes de la GnRH en prévention de l’insuffisance ovarienne chimio-induite fait encore débat au sein de la communauté scientifique. La cryopréservation des gamètes ou du tissu germinal reste à ce jour la solution pour assurer la préservation de la fertilité de ces patientes. Plusieurs techniques existent : vitrification d’ovocytes matures après stimulation ovarienne, vitrification d’ovocytes après maturation in vitro (MIV) et cryopréservation de fragments ovariens (encore en cours d’évaluation). Alors que la loi de bioéthique de 2004 rend obligatoire cette proposition, il était utile de connaître la réalité de cette prise en charge.

Méthodologie

Les dossiers de toutes les femmes âgées de 18 à 40 ans traitées par chimiothérapie (néo)adjuvante pour cancer du sein invasif sur le territoire Midi-Pyrénées entre janvier 2012 et décembre 2017 ont été étudiés. Les données d’oncofertilité de ces patientes ont été recensées et un questionnaire a été adressé aux praticiens ayant suivi ces patientes.

Principaux résultats

Au cours de la période évaluée, sur les 988 femmes âgées de 40 ans et moins ayant eu un traitement par chimiothérapie pour cancer du sein, 667 ont été incluses dans l’étude. Au total, 23,4% ont bénéficié d’une consultation de préservation de la fertilité. Le nombre de femmes ayant assisté à ces consultations a baissé entre 2012 et 2017, passant de 28,2% à 18,5%. L’âge est un facteur discriminant d’accès à ces consultations. En effet, 56,9% des femmes âgées de 25 à 29 ans sont adressées à ces consultations contre 13,3% des 35-39 ans. La prise en charge par un établissement public plutôt que privé favorise également ces consultations (25,7% versus18,2%). Les femmes prises en charge en CHU en bénéficiaient plus souvent également que les femmes prises en charge en CHG.

Dans 39,1% des cas la préservation de la fertilité devenait effective, soit 9,1% de l’ensemble des patientes dans une situation de cancer du sein avec chimiothérapie (néo)adjuvante. La technique la plus utilisée était la maturation in vitro (57,2%), puis la stimulation ovarienne avec cryopréservation ovocytaire (42,3%).

Sur les 45 praticiens ayant répondu au questionnaire, la totalité a déclaré savoir qu’il y avait une altération de la fertilité sous chimiothérapie pour cancer du sein et 95,5% d’entre eux estimaient nécessaire de proposer une préservation de la fertilité aux femmes ≤40 ans. Tous déclaraient adresser la quasi-totalité de leurs patientes en consultations d’oncofertilité, mais pour 31% d’entre eux, seulement si elles étaient nullipares.