Constate-t-on un risque psychiatrique plus important sous infliximab ?

  • Thillard EM & al.
  • Front Pharmacol
  • 1 janv. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

  • Une étude française suggère que le risque d’hospitalisation pour trouble psychiatrique serait quatre fois plus important, et le risque d’hospitalisation pour trouble dépressif cinq fois plus important chez les sujets exposés à l’infliximab par rapport à ceux qui ne le sont pas.
  • L’augmentation du risque d’hospitalisation pour événement psychiatrique après exposition à l’infliximab serait 3 à 9 fois plus élevée en fonction de la pathologie traitée par infliximab.

Ces données mériteraient d’être confirmées à partir du système national d’information inter-régimes de l’Assurance Maladie et d’inclure d’autre facteurs confondants. 

Intérêt de ces résultats

L’infliximab a été approuvé en 1999. Il s’agit du premier anti-TNF à être utilisé dans le traitement de maladies inflammatoires chroniques sévères comme la maladie de Crohn ou la polyarthrite rhumatoïde. Certains effets indésirables sont bien décrits notamment les infections, le risque de tumeur, le risque de réactions au site d’injection. En revanche, d’autres moins fréquents comme les évènements psychiatriques (dont le suicide ou les épisodes maniaques) ont été rapportés par certaines études mais sont à peine mentionnés dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de l’infliximab.

Méthodologie

Cette étude rétrospective et observationnelle a été menée à partir des données recueillies entre 2008 et 2014 à partir du registre français PMSI (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information). Tous les patients traités par infliximab ont été inclus.

Principaux résultats

Sur les 325.319 patients ayant participé à l’étude, 7.600 ont été exposés à infliximab en IV pour polyarthrite rhumatoïde, maladie de Crohn, spondyloarthrite ankylosante, arthrite psoriasique, rectocolite hémorragique, le psoriasis en plaque ou pour des indications multiples.

  • La proportion de sujets hospitalisés pour au moins un événement psychiatrique était plus élevée parmi les sujets ayant été exposés à l’infliximab (9,87% vs 5,49%).
  • Par rapport aux sujets non exposés à l’infliximab, après ajustement sur différents facteurs confondants, le risque global d’hospitalisation pour événement psychiatrique et pour trouble dépressif était respectivement 4,5 fois et 4,9 fois plus élevé chez les sujets ayant été exposés à l’infliximab (Hazard ratio (HR) 4,5 [3,95-5,13] et 4,97 [4,35-5,68]). 
  • Les risques d’événements psychiatriques étaient encore plus élevés lorsque certaines pathologies étaient présentes. Ainsi le risque de troubles psychotiques était multiplié par un facteur 5,43 chez les patients traités par infliximab et ayant une rectocolite hémorragique ; les épisodes maniaques étaient 12,6 fois plus fréquents chez les sujets souffrant de psoriasis sévère et les tentatives de suicide 4,45 fois plus fréquentes chez les patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde. 

Limites

Du fait de l’origine des données, tous les facteurs confondants n’ont pas pu être considérés, comme par exemple la consommation d’alcool ou de drogues. La période de suivi est relativement courte (6 ans).