Consommation d'antibiotiques et antibiorésistance en France en 2019


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

A l'occasion de la Semaine mondiale pour un bon usage des antimicrobiens, Santé publique France a publié les données 2019 de la consommation et de la résistance aux antibiotiques en ville et à l’hôpital. On observe une lente diminution en établissement de santé, plus significative en secteur de ville, mais ces chiffres restent 30% au-dessus de la moyenne européenne. La résistance bactérienne chez les entérobactéries, en particulier Escherichia coli, tend elle aussi à baisser. Les années à venir confirmeront ou non ces tendances encourageantes.

Consommation antibiotique en ville

En 2019, la consommation globale d’antibiotiques était de 22,2 doses définies journalières (DDJ) pour 1.000 habitants et par jour, un chiffre relativement stable depuis 2009 (-0,5%). Parmi eux, les bêtalactamines et pénicillines représentent 58,4% de la consommation totale, suivis par les tétracyclines (12,4%) et les macrolides (12,3%). En nombre des prescriptions, la moyenne nationale était en 2019 à 2,31 prescriptions/1.000 habitants/jour, soit une baisse de 18,1% depuis 2009 (2,82 prescriptions/1 000/jour). Cette baisse est la plus forte parmi les enfants de moins de 5 ans. Enfin, des disparités territoriales de consommation sont constatées au niveau national mais leur analyse reste complexe, comme le soulignent les auteurs, « car de nombreux éléments doivent être pris en compte pour interpréter correctement les écarts observés », comme la pyramide des âges, l’état de santé, l’espérance de vie, l’offre de soins, l’activité médicale, etc. In fine , les variations restent comprises entre -5% et +5% sur 10 ans dans près de deux tiers des départements français.

Consommation et résistance antibiotique en hôpital

Dans les établissements de santé (1.734 établissements participants), la consommation globale d’antibiotiques était de 285 DDJ/1.000 journées d’hospitalisation, un chiffre en baisse depuis 2015 (-9,6%). Les chiffres les plus élevés (>400) sont observés dans les centres de lutte contre le cancer et les hôpitaux d'instruction des armées puis dans les CHU. Parmi eux, l’amoxicilline seule ou associée à l’acide clavulanique représentent plus du tiers des DDJ, même si leur consommation a diminué depuis 2012. Certaines classes d’antibiotiques ont en revanche progressé depuis, comme l’association pipéracilline‑tazobactam, les céphalosporines de 3e génération (C3G), les carbapénèmes, et les molécules actives contre les SARM (linézolide, daptomycine). Ces chiffres sont évidemment à mettre en parallèle avec l’incidence de certaines résistances : 14,9% des souches de Staphylococcus aureus recueillies résistantes à la méticilline, et jusqu’à 50% chez les patients en long séjour testés.

La fréquence des entérobactéries recueillies productrices de ß‑lactamase à spectre étendu -BLSE) est, elle, de 8,5 (majoritairement Escherichia coli puis Klebsiella pneumoniae et Enterobacter cloacae complexe).

Résistance antibiotique en ville et Ehpad

Enfin, la surveillance de la résistance aux antibiotiques en ville et dans les établissements pour personnes âgées a été menée à partir d’un réseau de laboratoires de biologie médicale de ville (n=1.016) et 231 établissements de santé avec unité d’Ehpad. Parmi les données, on relève un taux de résistance aux céphalosporines de troisième génération chez E.coli urinaire de 3,4% en ville et de 9,9% en Ehpad. Le taux de résistance par BLSE était respectivement stable pour le premier, tandis qu’il avait augmenté pour atteindre 8,7% en Ehpad (vs 6,6% en 2012) .

La résistance aux fluoroquinolones est parallèlement de 11,4%, un chiffre stable depuis 2017 en ville et en baisse en Ehpad (19,1% vs 20,0% en 2012). Concernant K. pneumoniae , le taux de résistance aux C3G était de 8% chez les patients vivant à domicile et 17,0% en Ehpad. Ici aussi, des disparités interrégionales sont observées, qui devront être explicitées.