Consommation d’alcool en France : où en est-on ?

  • Laqueille X et al.
  • Presse Med.
  • 18 mai 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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La consommation excessive d’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable après le tabac en France, provoquant chaque année plus de 49.000 décès (1, 2). Avec une consommation moyenne de 11,9 litres d’alcool pur par habitant de 15 ans ou plus et par an, notre pays se plaçait au 7erang européen en 2015. Tout récemment, la direction générale de la santé (DGS) et la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives (MILDECA) ont fixé un seuil de consommation à risque à 100g/semaine, sans dépasser 20g/jour, pour les hommes comme pour les femmes. Cependant encore trop peu de patients alcoolo-dépendants sont repérés et traités en médecine de ville comme à l’hôpital (10 à 23% selon les études) (3).

Les consommations à risque 

Selon l’étude ESCAPAD, la consommation régulière d’alcool (au moins 10 fois par mois) est en baisse depuis les années 2000 chez les jeunes de 17 ans (8,4% en 2017 contre 11% en 2000), avec une forte variabilité cependant selon les régions (4). Des résultats à saluer car le risque de dépendance et les dommages liés à l’alcool sont d’autant plus importants que la consommation est précoce.

Chez les adultes, l’enquête de l’Institut de Recherche et Documentation en Economie de la Santé (IRDES) sur la santé et la protection sociales a montré en 2010, que 30,5% des sujets de 18 ans ou plus présentaient des risques liés à leur consommation d’alcool au cours des 12 derniers mois, 23,3% de façon ponctuelle, notamment chez les femmes, et 7,2% de manière chronique (5).

Les alcoolisations ponctuelles importantes 

Les alcoolisations ponctuelles importantes (API), ou Binge drinking,  consistent en l’absorption rapide de quantités importantes d’alcool (>60g en une seule fois selon l’OMS), afin d’obtenir une ivresse intense. En France 33,7% des hommes et 31,5% des femmes adultes ont déclaré au moins une API dans l’année en 2015, avec une prévalence plus importante chez les jeunes de 18 à 34 ans (46%) (6). Ce chiffre était de 44% chez les jeunes de 17 ans ayant déclaré une API dans le mois précédent (4).

L’abus ou la dépendance liés à l’usage de l’alcool

L’Europe représente la région du monde où la fréquence de la dépendance à l’alcool est la plus élevée. En effet, en 2010, 5,4% des hommes et 1,5% des femmes de plus de 15 ans remplissaient les critères de la classification internationale des maladies 10version (CIM-10)) dans les 12 mois précédant l’étude (7). Selon un rapport de l’OMS, ces chiffres étaient de 4,7% chez les hommes et de 2,9% chez les femmes en France à la même période (8). Les études ont montré que les facteurs génétiques jouaient un rôle prépondérant, pouvant rendre compte de 50 à 70% du risque de dépendance à l’alcool. Mais des facteurs environnementaux entrent également en jeux, comme la précocité du premier contact avec l’alcool, la disponibilité du produit, l’exposition à des publicités sur l’alcool ou à des scènes de consommation d’alcool au cinéma.

Chez les adolescents, les méta-analyses indiquent que l’abus et la dépendance sont favorisés par le comportement des parents vis-à-vis de l’alcool, alors que des relations parents-enfants de qualité apparaissent au contraire comme un facteur protecteur.

La mortalité liée à l’alcool

Une méta-analyse datant de 2015 a montré que les sujets dépendants à l’alcool avaient un risque de mortalité multiplié par 3,45 par rapport à des sujets non dépendants et que ce risque diminuait avec le niveau de consommation d’alcool (9). En France, 13,9% des décès chez les hommes (dont la moitié avant 65 ans) et 8,5% chez les femmes sont liés à une consommation excessive d’alcool.  Ils sont principalement liés à des cancers (10% des décès par cancer), notamment des voies aéro-digestives supérieures, digestifs et du sein), à des maladies cardiovasculaires ou à un diabète de type 2 (8% des décès liés à chacune de ces pathologies), à des pathologies digestives (33%), à l’épilepsie (37%), ou encore à des causes externes comme des chutes, des accidents, des suicides, des homicides, des troubles mentaux ou comportementaux… (10). Sans compter que sur la route, 28% des accidents mortels sont liés à l’alcool, des buveurs occasionnels pour l’essentiel. 

Les morbidités associées

Les morbidités liées à une consommation excessive d’alcool découlent directement ou indirectement des mêmes causes que la mortalité : pathologies hépatiques en particulier (la moitié des cirrhoses hépatiques et des décès associés était liée à l’alcool en 2012), cardiovasculaires, démences (surtout vasculaires), infections pulmonaires, cancers (buccaux, oropharyngés, œsophagiens, hépatiques, colorectaux et du sein de façon certaine, gastriques et pancréatiques de façon probable). Rappelons que pour les cancers, le risque augmente de façon linéaire avec la consommation et qu’il existe même pour de faibles niveaux de consommation.

 

  1. Brisacier AC et al. Drogues, chiffres clés. OFDT Tendances 2017 ;117.
  2. Guérin S et al.Mortalité attribuable à l’alcool en France en 2009. Bull Epidemiol Hebd2013;16-18:163-8.
  3. Rehm J et al. Alcohol use disorders in primary health care. Alcohol 2016;51(4) :422-7.
  4. Spika S et al.Les drogues à 17 ans : analyse de l’enquête ESCAPAD 2014. OFDT Tendance 2015;100.
  5. Com-Ruelle L et al. Evolution de la prévalence des différents profils d’alcoolisation chez les adultes en France de 002 à 2010. Bull Epidemiol Hebd 2013;16-18:185-90.
  6. Palle C et al. Usages d’alcool et dommages subis : une perspective européenne. OFDT 2017;118.
  7. Rehm Jet al. Modeling the impact of alcohol dependence on mortality burden and the effect of available treatment interventions in the European Union. Eur Neuropsychopharmacol 2013;23(2):89-97.
  8. World Health Organization. Non communicable diseases country profiles 2024. 2014.
  9. Laramée P et al. Risk of all-cause mortality in alcool-dependant individuals : a systematic litterature review and meta-analysis. EBioMedicine 2015 ;2(10) :1394-404.
  10. Guérin S et al. Mortalité attribuable à l’alcool en France en 2009. Bull Epidemiol Hebd 2013;16-18:163-8.