Conseils sur l’usage de l’industrie pharmaceutique destinés aux jeunes générations


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Pendant longtemps, le jeune interne Christopher M Booth, canadien, a accepté sans se poser de questions que l’industrie pharmaceutique lui propose pizzas, sandwiches et invitations dans de prestigieux restaurants (avec quand même quelque étonnement pour un hamburger à 80$…). Mais lorsqu’il s’est vu offrir un très coûteux et très célèbre manuel de cancérologie par un laboratoire (ce que son auteur n’a d’ailleurs pas du tout apprécié, au point d’en donner un exemplaire à chacun de ses étudiants), il a commencé à ressentir un malaise. Il a alors entamé une série de discussions avec un de ses professeurs, Allan S Detsky, sur l’influence de l’industrie pharmaceutique dans les pratiques médicales, ce qui l’a conduit à refuser tout lien avec elle. Leur conversation se poursuit depuis vingt ans. Elle a abouti à une position ferme, mais nuancée, qu’ils publient dans le British Medical Journal.

L’influence de l’industrie sur l’interprétation des résultats des essais cliniques, la rédaction des recommandations, l’avis de ceux qui les rédigent et les pratiques médicales grâce au recrutement de leaders d’opinion est aujourd’hui avérée par de nombreux travaux. La déclaration des liens d’intérêt par les auteurs de communications ou d’articles ou par les membres de groupes de travail est utile, mais insuffisante (elle ne diminue pas ces liens), quand elle n’a pas d’effets pervers (notamment parce qu’ils sont rarement vérifiés). Et nos auteurs reconnaissent bien volontiers que les liens d’intérêt avec l’industrie ne sont pas les seuls facteurs de biais d’information. Aussi ils ne tiennent pas du tout à diaboliser les médecins et chercheurs qui en ont, d’autant qu’il est parfois impossible de faire autrement, par exemple pour réaliser la plupart des essais cliniques.

En revanche, ils invitent médecins et chercheurs à se poser quelques questions avant d’accepter de travailler avec elle : « Quelle est ma véritable motivation ? Cette collaboration contribue-t-elle à renforcer mon cœur de métier ? Peut-elle amener une avancée réelle pour mon exercice et mes patients ? » Cela a conduit nos auteurs à quasiment toujours refuser les propositions de l’industrie… Cela étant, en supposant par exemple qu’ils décident de collaborer à un essai clinique, ils avancent quelques précautions à prendre : avoir un droit de regard sur le texte de la publication finale, disposer de l’ensemble des données de l’étude, ne pas accepter des interprétations biaisées, soutenir une stratégie thérapeutique plutôt qu’un produit lors de leurs communications.

Les auteurs ne se font pas d’illusion : leur position est certainement minoritaire. Mais ce qui les inquiète est que les jeunes étudiants et médecins n’aient même pas conscience de l’influence de l’industrie sur leur pratique. Ce qui est compréhensible : grâce à elle, ils peuvent rencontrer des leaders d’opinion, rejoindre des groupes de travail, profiter d’opportunités, sans compter les rémunérations alléchantes à la clef d’une collaboration. Tout cela est bien tentant. Mais nos auteurs font un pari : sous peu, ce seront les médecins et leaders sans lien d’intérêt qui seront les plus recherchés. Ils seront rares. En faire partie dès aujourd’hui apparaît comme une stratégie « payante » !