Conseils pour la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable

  • Véronique Canac

  • JIM Actualités médicales
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La Société nationale française de gastro-entérologie et le Groupe Français de Neuro-Gastro-entérologie proposent des conseil de pratique pour la prise en charge du syndrome de l'intestin irritable (SII) dont les grandes lignes sont rapportées ici. Le diagnostic repose sur l'association de douleurs abdominales chroniques, ballonnements et troubles du transit, depuis au moins 6 mois, à la fréquence de 1 jour par semaine sur les 3 derniers mois (critères de Rome IV actualisés en mai 2016). Selon l'échelle de Bristol, on distingue des formes avec prédominance de diarrhée (SII-D) ou de constipation (SII-C) ou alternance diarrhée constipation (formes mixtes, SII-M) et des formes non classées. Des comorbidités peuvent aussi orienter vers le diagnostic de SII : fibromyalgie, cystite interstitielle, syndrome de fatigue chronique ou dyspepsie. Une pathologie organique doit être recherchée chez les patients de plus de 50 ans, en présence de sang dans les selles ou d'anémie, de symptômes nocturnes, d'amaigrissement ou d'apparition/modification récente des symptômes.

Chez les patients ayant un SII selon les critères de Rome, les examens complémentaires apportent peu d'information. Ceux-ci ont pour objectif d'éliminer une pathologie organique sous-jacente : anémie (NFS) ; syndrome inflammatoire (dosage de la CRP) ; hyperthyroïdie (TSH) ou maladie cœliaque (Ac anti-transglutaminases, gastroscopie avec biopsies duodénales) si SII-D ; lambliase (examen parasitologique des selles, gastroscopie avec biopsies duodénales) si SII-D à début brutal ; maladie inflammatoire (dosage de la calprotectine fécale, non remboursé) ; polypes, diverticules non compliqués ou colite microscopique (coloscopie avec biopsies) ; dyspepsie (gastroscopie).

La prise en charge du SII tient compte de l'altération de la qualité de vie, souvent sous-estimée et coûteuse en termes de soins et de travail. Il faut écouter le patient avec empathie, lui donner le diagnostic, expliquer la réalité de cette maladie, le rassurer sur sa bénignité, prendre en compte les événements de vie, fixer des objectifs thérapeutiques raisonnables, favoriser des stratégies d'adaptation (coping) et l'encourager à contacter l'Association des patients souffrant du syndrome de l'intestin irritable (www.apssii.org).

Le traitement sera pris seulement lors des poussées, sachant que l'effet placebo est important et que l'absence d'efficacité ne remet pas en cause le diagnostic. Les médicaments de 1ère intention sont les antispasmodiques en cas de ballonnement, les laxatifs en cas de SII-C et SII-M, les anti-diarrhéiques en cas de SII-D. En l'absence d'efficacité, on pourra traiter les formes douloureuses avec un antidépresseur (tricyclique à dose progressive jusqu'à la dose optimale efficace sans atteindre la dose utilisée pour traiter la dépression) ou la pregabaline. Certains probiotiques ont fait preuve d'une efficacité modérée. On conseillera une activité physique régulière. Au plan alimentaire, il n'y a pas lieu d'augmenter les rations de fibres, ni de recommander de régime restrictif (en l'absence de maladie cœliaque, d'allergie ou d'intolérance alimentaire documentées) ; toutefois, l'exclusion transitoire d'aliments peut être testée sur une période de 4 semaines, mais pas plus. Des régimes pourraient soulager certains cas, mais ils sont difficiles à suivre au long cours : réduction des FODMAP (Fructo Oligo- Di and Monosaccharides and Polyols qui favorisent la fermentation) ou de certains aliments (gras ou épicés, café, alcool, oignons, choux, haricots, boissons gazeuses, chewing-gums, édulcorants en « -ol »). Répartir l'apport de fibres sur la journée, faire 3 repas par jour, manger ni trop ni trop peu à chaque repas, lentement, au calme et en mâchant bien les aliments, sont des mesures de bon sens. Enfin, les alternatives testées avec une certaine efficacité sont l'hypnose et les thérapies cognitivo-comportementales.