Conseils d'un médecin urgentiste belge à propos de COVID-19

  • Sabine Verschelde, MediQuality
  • Dr Ignace Demeyer
  • 18 mars 2020

  • Actualités Médicales par Medscape
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BRUXELLES 18/03 - "Nous pensions que le coronavirus COVID-19 affecterait principalement les personnes âgées et les patients atteints de multi-pathologie, mais nous constatons aujourd'hui que des jeunes gens en bonne santé âgés de 30 à 50 ans se présentent également aux urgences et sont testés positifs. Dans la plupart des cas, l'évolution de la maladie chez ces personnes est légère, mais dans des cas exceptionnels, une hospitalisation est nécessaire. En tant que médecin, vous devez être méfiant. Les patients arrivent avec une faible saturation et une toux sèche, ce sont les plaintes les plus courantes", déclare le Dr Ignace Demeyer.

Déjà 14 personnes sont mortes du coronavirus dans notre pays. C'est quatre de plus que ce qui a été rapporté mardi. La plus jeune victime était un homme de 59 ans, comme l'a annoncé mercredi le SPF Santé publique dans une nouvelle mise à jour. 135 autres patients infectés ont été admis dans les hôpitaux, ce qui porte leur nombre total à 496.

Cent d'entre eux sont en soins intensifs. La plupart des victimes ont plus de 80 ou 90 ans, a déclaré le porte-parole interfédéral Steven Van Gucht. Le nombre d'infections confirmées a augmenté de 243 pour atteindre 1.486 cas en Belgique. Il s'agit d'une sous-estimation, car toutes les personnes présentant des symptômes ne sont pas testées. 

MediQuality a demandé une réaction au Dr Ignace Demeyer, chef de service aux Urgences à l'hôpital OLV à Alost : 
« Nous pensions que le coronavirus toucherait principalement les personnes âgées et les patients atteints de multipathologie, mais nous constatons aujourd'hui que les jeunes gens en bonne santé âgés de 30 à 50 ans se présentent également aux urgences et obtiennent un résultat positif. Dans la plupart des cas, l'évolution de la maladie chez ces personnes est légère, mais dans des cas exceptionnels, une admission est nécessaire. En tant que médecin, vous devez être méfiant. Les patients arrivent avec une faible saturation et une toux sèche, ce sont les plaintes les plus courantes. »
«  L'histoire classique est que ces patients sont à la maison pendant environ cinq jours, avec une sensation de grippe, une forte fièvre et un malaise général. Après cela, ils se sentent mieux pendant deux jours, puis la situation se dégrade à nouveau. Ils viennent aux urgences, essoufflés. À ce moment-là, nous, en tant que médecins urgentistes, nous pensons effectivement aux coronavirus. A l'hôpital d'Alost, deux à trois patients relativement jeunes sont ainsi admis chaque jour, ce n'est pas (encore) dramatique. Il est conseillé aux patients qui ne seront pas hospitalisés de se reposer à la maison tout en prenant de temps en temps un dafalgan et ne pas oublier de prendre leur température pendant une quinzaine de jours. »

Quels conseils souhaitez-vous donner à notre communauté de médecins ?
« Ne laissez les gens venir aux urgences que s'ils sont effectivement à bout de souffle. C'est-à-dire s'ils ne peuvent plus dire une phrase complète. Les médecins généralistes doivent aujourd'hui évaluer leurs patients par téléconsultations. C'est en effet difficile. Notre conseil est le suivant : tous les patients qui peuvent encore parler normalement, qui ont l'air d'avoir la grippe et de la fièvre, ne doivent pas se rendre aux urgences. Ces personnes devraient se reposer à la maison. Il n'existe pas de traitement efficace à ce jour. Même pour la chloroquine, il n'y a pas de preuve solide de son efficacité". La seule chose qui est certainement efficace, sur un plan préventif, c'est de se laver les mains soigneusement et longtemps. »

À quel stade de la pandémie sommes-nous actuellement ?
« Nous ne sommes qu'au début de la pandémie, le pic n'est prévu que dans quelques semaines, nous devrons certainement faire face au coronavirus jusqu'en mai et peut-être plus longtemps. »

Les mesures qui sont entrées en vigueur aujourd'hui sont-elles suffisantes ?
« Les mesures de lockdown-light sont insuffisantes à mon avis. Le gouvernement aurait dû être encore plus strict. Comme en France, par exemple. En tant que médecins urgentistes, nous avons des contacts avec nos confrères en Italie, ils savent de quoi ils parlent. Je m'attends à ce que des mesures encore plus strictes soient systématiquement introduites en Belgique. »

Ce article a été publié originellement sur MediQuality