Congrès du sommeil SFRMS 2019 – Quand la vie hormonale des femmes influence le sommeil


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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La structure du sommeil évolue avec l’âge, avec une diminution du sommeil lent profond, du sommeil paradoxal et de l’efficacité du sommeil. Les micro-réveils et la durée du réveil intra-sommeil augmentent, avec une baisse associée de la sécrétion de mélatonine. Ces modifications de l’architecture du sommeil, communes aux deux sexes sont compliquées par les variations hormonales induites par la grossesse ou la ménopause. L’insomnie est ainsi plus fréquente chez la femme, et variable selon le statut hormonal (puberté, grossesse, périménopause, postménopause). Ces aspect ont été passés en revue au cours d’une conférence présentée jeudi 21 novembre durant le congrès du Sommeil à Lille.

Grossesse et sommeil : ne pas oublier les pathologies sous-jacentes

De nombreuses modifications biologiques liée à la grossesse augmentent le risque de troubles du sommeil : troubles musculo-squelettiques liés à l’adaptation du corps pour la future délivrance, nycturie liée à l’hypervolémie, congestion nasale, contractions utérines, mouvements fœtaux… Les plaintes croissantes des femmes au cours de la grossesse sont objectivées par les données de polysomnographie ou d’actigraphie. Selon certaines études, dont la méthodologie est toutefois disparate, l’insomnie serait associée à un risque de dépression post-natale, de diabète gestationnel, d’HTA et, chez l’enfant, de prématurité et de retard de croissance intra-utérine.

La plainte pour insomnie des femmes enceintes peut par ailleurs cacher l’existence de comorbidités qu’il convient de rechercher :

  • Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est 2 à 3 fois plus fréquent au cours de la grossesse que chez les autres femmes, particulièrement au troisième trimestre. Il se résout souvent dans le mois suivant l’accouchement. Les antécédents familiaux ou personnels de SJSR et l’anémie constituent les principaux facteurs de risque. Les critères diagnostiques sont les mêmes que ceux utilisés pour le reste de la population. En termes de prise en charge [1], l’information, l’éducation à la pathologie et les approches non pharmacologiques sont privilégiées (yoga, massage, exercice modéré...). Il ne faut pas oublier de s’assurer de l’absence de carence martiale et il faut éviter certains médicaments pourvoyeurs de SJSR (antidépresseurs sérotoninergiques et aux antiémétiques antagonistes dopaminergiques). Dans les cas sévères, le clonazépam et le lévodopa sont envisagés à faible posologie, mais ils posent des questions de sécurité sous-jacentes.

  • Le syndrome d’apnée du sommeil (SAS) est inhabituellement élevé chez les femmes enceintes, mais il est souvent sous-diagnostiqué étant donné son caractère transitoire. Il est favorisé par la prise de poids, l’œdème, et par l’imprégnation hormonale qui provoque une hyperhémie et donc une obstruction nasale et une résistance des voies aériennes supérieures. Par ailleurs, la progestérone peut induire une instabilité ventilatoire et favoriser le collapsus des voies aériennes supérieures. Le SAS durant la grossesse peut entraîner une multiplication du risque d’HTA et de diabète gestationnel par 2 à 8 selon les études. Il favorise aussi le risque de naissance prématurée, de poids de naissance plus faible, et de score Apgar plus bas à la naissance. Le bénéfice de la pression positive continue (PPC) a été décrit par certaines études.

Ménopause : les troubles vasomoteurs en première ligne

Les troubles du maintien de sommeil et les éveils précoces sont plus fréquents chez les femmes en postménopause par rapport aux plus jeunes, mais cette prévalence n’est pas très différente de celle d’hommes âgés de 55 ans et plus. Les réveils nocturnes sont également plus fréquents en périménopause mais s’améliorent partiellement ensuite.

Les études ayant voulu objectiver par polysomnographie l’influence hormonale sur le sommeil n’ont pas permis de confirmer les plaintes exprimées chez les femmes jeunes. En revanche, dès la périménopause, on observe une augmentation des micro-réveils, une diminution du sommeil lent profond et une modification de la structure des fuseaux de sommeil (plus denses et plus longs). Par ailleurs, la fréquence du SJSR et a fortiori celle du SAS augmentent avec l’âge, notamment après la ménopause : elles modifient la qualité de sommeil et augmentent le risque cardiovasculaire et métabolique.

En termes de prise en charge, les femmes souffrant de troubles vasomoteurs et sueurs nocturnes doivent d’abord recevoir des conseils d’hygiène de vie (chambre fraîche, pyjama léger, ventilateur, éviction du café avant le coucher…). Les thérapies cognitivo-comportementales ont montré leur efficacité, tandis que les preuves, bien qu’encourageantes, soient insuffisantes concernant d’autres thérapies alternatives comme la méditation.

Concernant le traitement hormonal substitutif (THS), il est aujourd’hui moins utilisé du fait du risque cardiovasculaire associé, mais son intérêt peut être discuté chez certaines femmes très gênées, dans le cadre d’une décision partagée. Pour celles qui ne sont pas éligibles au THS, la prise d’hypnotiques ou de certains antidépresseurs ne semble pas pertinente étant donné la nécessité d’un traitement au long cours. Les antagonistes expérimentaux du récepteur de la neurokinine 3 pourraient être prochainement disponibles pour traiter les troubles vasomoteurs, avec un bénéfice décrit sur la qualité de sommeil.

 

Conférencières : Marie-Pia d’Ortho, Sarah Hartley