Congrès du Sommeil SFRMS 2019 – Douleur et sommeil, des liens étroits


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Jeudi 21 novembre 2019, une conférence organisée dans le cadre du congrès de la SFRMS (Société Française de Recherche et Médecine du Sommeil) a fait le point sur les relations existant entre sommeil, perception de la douleur et douleurs chroniques, avec le soutien de la SFETD (Société Française d’Étude et de Traitement de la Douleur).

Perception de la douleur et restriction de sommeil

Les données expérimentales montrent qu’une privation de sommeil de 24 heures suffit à abaisser le seuil d’apparition de la douleur à la chaleur, au froid ou à la pression mécanique. Il semble que le sommeil lent profond ait un impact plus important que le sommeil paradoxal sur la tolérance ultérieure à la douleur. Le degré de vigilance et de somnolence joue également un rôle sur cette dernière.

Les rythmes actuels de sommeil (restriction en semaine et récupération le week-end) ne permettent pas de restaurer une sensibilité cutanée normale lorsque ce rythme est maintenu durant trois semaines consécutives : la sensibilité à la douleur liée au froid ou au chaud n’est pas restaurée par le sommeil de récupération, ce qui pose la question d’une possible détérioration des circuits centraux d’inhibition de la douleur à mesure que la restriction de sommeil progresse. En revanche, un sommeil restreint durant la nuit associée à une sieste de 30 minutes matin et soir permettrait une récupération partielle concernant la douleur à la pression mécanique et à la chaleur. Des données de suivi d’infirmières travaillant de nuit ont d’ailleurs montré que celles qui faisaient au moins une sieste tous les deux postes de travail avaient moins de douleurs spontanées et de troubles musculo-squelettiques (TMS) que celles qui ne faisaient jamais de sieste.

Chez la souris, des psychostimulants (caféine et le modafinil) réduisent l’hyperalgésie liée à la restriction de sommeil, alors qu’ils n’ont pas d’impact sur la douleur de l’animal non privé de sommeil. Ceci serait lié à leur facilitation de la transmission dopaminergique.

Troubles du sommeil et douleurs : liens et implications cliniques

Les liens entre sommeil et douleur sont décrits par l’épidémiologie : on estime que les patients présentant des douleurs chroniques sont jusqu’à 80% à souffrir de troubles du sommeil, tandis qu’environ la moitié de ceux qui ont un diagnostic d’insomnie présentent des douleurs diffuses, chroniques ou une hyperalgésie. Une étude menée chez plus de 240.000 personnes a montré que plus une douleur est intense, plus les troubles du sommeil sont majeurs, quel que soit l’âge du patient [1]. Cependant, si les troubles du sommeil peuvent prédire la douleur chronique, l’inverse n’est pas prouvé. Quoi qu’il en soit, il est recommandé de rechercher cette association et d’évaluer le bénéfice du traitement proposé sur l’un et ou l’autre de ces symptômes.

De nombreuses pathologies douloureuses sont associées aux troubles du sommeil : les patients fibromyalgiques, chez qui la douleur constitue le principal symptôme, présentent une perturbation de l’architecture du sommeil. La sévérité de la lombalgie est associée à des difficultés d’endormissement ou des réveils fréquents acrus, avec une diminution parallèle du sommeil lent profond. Dans les rhumatismes inflammatoires, des travaux ont montré que la privation de sommeil aggrave la douleur, la fatigue et l’activité inflammatoire de la maladie, avec un nombre accru d’articulations douloureuses ou gonflées. Les biothérapies anti-IL6, qui ont un effet sur l’inflammation, semblent d’ailleurs, selon certaines études cliniques, améliorer les troubles du sommeil avant les signaux de l’inflammation.

L’insomnie, de son côté, est aussi un facteur de risque de troubles musculo-squelettiques (cohorte norvégienne HUNT [2], 30.000 personnes), tandis que les troubles du sommeil et la fatigue prédisent l’apparition de douleurs chroniques diffuses après 18 ans de suivi (cohorte EPIPAIN, 2.400 personnes à l’inclusion [3]).

La recherche de médiateurs psychosociaux intervenant dans cette relation est indispensable pour la prise en charge (facteurs psychologiques comme l’anxiété ou la dépression, mais également la fatigue, la sédentarité...)

Sur le plan de la prise en charge, la diminution de l’insomnie dans l’arthrose algique a été décrite comme associée à la diminution des symptômes douloureux. Les opioïdes, en dépit de leur balance bénéfice-risque délicate, sont aussi décrits comme pouvant améliorer le sommeil des patients douloureux chroniques. L’amitriptyline améliore transitoirement le sommeil des sujets souffrant de spondyloarthrite, et les traitements non médicamenteux (balnéothérapie ou thérapies cognitivo-comportementales) peuvent améliorer la douleur et le sommeil dans la fibromyalgie. À l’inverse, les hypnotiques n’auront pas d’effet bénéfique antalgique dans cette indication.

Conférenciers : Hélène Bastuji (Lyon), Brice Faraut (Paris), Serge Perrot (Paris)