Congrès du sommeil SFRMS 2019 - Des disparités fille-garçon dès la naissance


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Une session du Congrès du Sommeil organisé par la Société Française de Recherche et Médecine du Sommeil (SFRMS), et tenue à Lille jeudi 21 novembre, a décrit les disparités de qualité de sommeil observées chez les enfants des deux sexes.

Nature et qualité du sommeil

Dès la naissance, le sommeil présente des spécificités liées aux sexe associés à une maturation cérébrale différente : les filles présentent ainsi des fibres inter-hémisphériques plus larges et mieux myélinisées et une maturation corticale plus rapide. L’organisation corticale présente elle-même des spécificités liées au sexe. In fine, les nouveaux-nés de sexe féminin présentent déjà un sommeil plus long et moins agité que les garçons.

Une étude longitudinale menée chez plus de 11.000 enfants [1] montre que les filles de 6 mois à 11 ans dorment environ 10 minutes de plus que les garçons, du fait d’un prolongement du sommeil le matin. Entre 11 et 15 ans [2], la privation de sommeil s’installe dans les deux sexes, avec un temps de sommeil réduit de 16% à 11 ans (différence entre la durée de sommeil durant la semaine versus week-end) et de 40% à 15 ans. Les filles souffrent plus souvent de difficultés d’endormissement en semaine et ont une dette de sommeil plus élevée (récupération plus longue le week-end). Des données objectives (actigraphie, polysomnographie) montrent qu’au total, la durée et la qualité de sommeil sont supérieures chez les filles [3].

Impact de la puberté sur le sommeil

À l’adolescence, en rapport avec la maturation pubertaire, le temps de sommeil lent profond diminue au profit du sommeil léger. On observe une diminution de l’activité à ondes lentes entre la période prépubertaire à la période pubertaire. Ceci signe le passage de la maturation cérébrale depuis un cerveau enfant jusqu’à un cerveau adulte par diminution du nombre de connexions synaptiques.

Il est décrit que l’adolescent décale progressivement son heure de coucher, un phénomène qui survient plus tôt chez la fille, en lien avec la maturation hormonale. Il semble que la différenciation sexuelle de certaines structures cérébrales et la variation de leur sensibilité interviennent. L’estradiol aiderait à consolider le sommeil en agissant sur certaines structures cérébrales impliquées dans le processus. Il aurait aussi une action chronobiologique. Les données de la littérature ne montrent pas d’influence de la testostérone sur le sommeil.

Par ailleurs, la jeune femme présente plus souvent un rythme circadien inférieur à 24 heures, ce qui peut expliquer que les femmes soient progressivement en décalage en termes de cycle de sommeil, avec un risque de réveil en fin de nuit.

Conséquences cliniques

Les plaintes pour troubles du sommeil sont plus fréquentes chez le garçon entre 4 et 8 ans, tandis qu’elles concernent plus volontiers les filles ensuite, notamment entre 12 et 16 ans, avec des plaintes à type d’insomnie. La puberté accentue chez elles la fréquence et la sévérité de l’insomnie. Elle favorise surtout des problèmes d’endormissement et de maintien d’éveil.

La question de l’environnement des jeunes, tel que le contexte éducatif, joue évidemment un rôle déterminant, les problématiques relationnelles et émotionnelles ayant plus d’impact sur le sommeil des filles, les garçons présentant plus volontiers une vulnérabilité à une mauvaise hygiène de vie.

Différentes conséquences cliniques peuvent en découler, certains travaux (cohorte française EDEN) ayant par exemple montré que la privation de sommeil est associée à l’obésité chez le garçon uniquement.

 

Conférencière : Patricia Franco (Lyon)