Congrès de Rhumatologie SFR 2019 – Perspectives des cellules souches en rhumatologie


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Mardi 10 décembre, une session orale présentée au Congrès de la Société Française de rhumatologie (SFR) a permis d’évoquer les principales perspectives cliniques liées à l’utilisation des cellules souches en rhumatologie. 

Un outil pour les discopathies

Les cellules souches mésenchymateuses multipotentes adultes (CSM) sont les plus utilisées dans le développement d’applications thérapeutiques en rhumatologie. Elles produisent de nombreux facteurs solubles directement ou par le biais de vésicules extracellulaires qui ont des propriétés (prolifération cellulaire, immunosuppression, angiogenèse…) exploitables en médecine régénérative.

La dégénérescence du disque intervertébral induit une déshydratation et une diminution de la hauteur du disque et se traduit par une lombalgie dans laquelle la sismothérapie et les traitements antalgiques sont envisageables, avant d’envisager la chirurgie (arthrodèse, prothèse). Dans ce contexte, les CSM, principalement issues du tissu adipeux ou de la moelle osseuse, constituent une perspective intéressante. Différents modèles animaux de discarthrose ont été développés, avec des résultats prometteurs sur le ralentissement du processus dégénératif. Les premiers essais cliniques ont également montré l’intérêt des CSM, autologues ou allogéniques, avec une diminution de la douleur, mais la durée du suivi était généralement limitée et la hauteur du disque n’était pas modifiée [1]. L’essai clinique européen RESPINE, en cours, évaluera l’efficacité à 2 ans des CSM de moelle osseuse allogénique versus une procédure factice.

Pour l’heure, les injections intradiscales des CSM non différenciées n’ont qu’un effet trophique limité qui ne permet pas d’amélioration structurale : ceci s’explique par le fait que l’homéostasie et les propriétés biomécaniques du disque dépendent d’une interaction entre les cellules progénitrices (notochordales) et matures qui s’atténue au cours du temps avec la disparition des premières. Des programmes de recherche européens sont en cours pour répondre à cette limite (REMEDIV et IPSPINE). Enfin, il existe des perspectives cell free : migration des cellules progénitrices du disque intervertébral vers le noyau pulpeux par le biais de facteurs de croissance ou de chimiokines, injection intradiscale de vésicules extracellulaires produites à partir de CSM, réparation de l’anneau fibreux par développement d’implants microfibreux, bioimpression 3D de disque intervertébral.

État des lieux et perspectives dans l’arthrose du genou

Depuis 2018, les premières AMM liées à l’usage des cellules souches (CS) ont été délivrées. Dans l’os, les CS squelettiques donnent des progéniteurs communs à l’os, au cartilage et au stroma, chaque étape de maturation leur permettant de se spécialiser dans l’un des trois types cellulaires. Un des mécanismes physiopathologiques de la maladie est l’inflammation : les CS vont régénérer le tissu, mais aussi exercer un rétrocontrôle négatif sur la réponse immunitaire notamment via des facteurs de croissance. Les macrophages jouent également un rôle déterminant dans le processus de régénération. Au total, une cinquantaine d’études cliniques ont été consacrées à l’évaluation de l’intérêt des CS dans la gonarthrose. Elles ont été compilées dans un méta-analyse [2] : celle-ci montre que l’indice fonctionnel (WOMAC) est amélioré de 20-30% à 1 an, ce qui reste modeste, quelle que soit le type et l’origine des cellules utilisées.

Le projet européen ADIPOA vise à utiliser les cellules souches adipocytaires (CSA), issues de lipoaspiration, dans le traitement de l'arthrose. L’étude ADIPOA 2 (prospective multicentrique internationale) menée avec des CSA autologues a réuni 150 patients avec un suivi clinique et d’imagerie attendu pour juin 2020. La phase 3 (ADIPOA3) sera mise en route fin 2020 en utilisant cette fois des cellules allogéniques.

La sélection des patients (arthrose active), la rééducation associée, l’optimisation des doses et la répétition des injections semblent importantes pour optimiser les résultats. Des perspectives de boost cellulaire par des produits pharmaceutiques pourraient également en améliorer l’efficacité.

Cellules souches et sclérodermie systémique

Les premiers travaux de thérapie cellulaire ont été menées par autogreffe de CS hématopoïétiques (CSH). Trois grands essais cliniques ont été menés sur le sujet, dont l’un était européen (étude ASTIS), réalisé auprès de patients présentant des formes diffuses et précoces de la maladie. Ces études ont montré que l’atteinte sévère d’organes ou la survie n’étaient pas différentes, voire moins bonnes à long terme par rapport au traitement de référence de la maladie. Ces études restent limitées en termes méthodologiques, étant donné la complexité de la pathologie (sélection des patients, critères d’évaluation…). Il est donc difficile de juger de l’efficacité de ces approches. Par ailleurs, le suivi de registre de patients traités par CSH (toutes pathologies auto-immunes confondues) montre que le développement d’une autre maladie autoimmune au long cours n’est pas rare.

Quelques études randomisées ont été menées avec des CSM injectées au patient pour améliorer le remodelage tissulaire, la vasculopathie ou l’auto-immunité. L’une d’elle a été menée à partir d’une fraction stromale sur la fonction de la main mais n’a pas décrit de bénéfice. Plus récemment, une étude s’est attachée à l’ulcère digital lié à la vasculopathie et permet, cette fois une cicatrisation large et précoce versus placebo. Une des difficultés est d’obtenir des résultats systémiques. En France, une étude de tolérance menée par CSM allogéniques devrait apporter prochainement ses résultats.

Conférenciers : Jérome Guicheux (Nantes), Christian Jorgensen (Montpellier), Yannick Allanore (Paris).