Congrès de Rhumatologie SFR 2019- La nouvelle classification des douleurs chroniques


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Toutes les douleurs non liées à une lésion organique étaient traditionnellement considérées comme neuropathiques. Mais en 2011, la redéfinition de ces dernières, insistant sur la lésion ou la maladie démontrée du système nerveux (SN), a créé de facto un large groupe de douleurs sans mécanisme physiopathologique défini comme celles associées à la fibromyalgie. Cette évolution impose une nouvelle définition des douleurs dans la prochaine Classification internationale des Maladies (CIM), qui a fait l’objet d’une session orale dans le cadre du congrès de la Société Française de Rhumatologie (SFR) ce lundi 9 décembre.
Douleurs nociplastiques
Dans cette nouvelle taxonomie, les douleurs nociceptives dans lesquelles le SN somato-sensitif est normal, et des douleurs neuropathiques, dans lesquelles le SN présente une lésion ou une pathologie, sont complétées par les douleurs nociplastiques, définies par une altération de la nociception, une modification du processus de la douleur, probablement au niveau du SNC, en l’absence de lésions des tissus périphériques ou du système nerveux. Enfin, les douleurs d’origine inconnue (après exclusion des trois autres étiologies) restent valides. Les associations entre douleurs nociplastiques et neuropathiques sont possibles. 
Redéfinition des douleurs : de la CIM-10 à la CIM-11
Dans la CIM-10, la douleur est définie via les organes, la sévérité n’est pas prise en compte, tous les syndromes douloureux chroniques et la ‘douleur maladie’ n’y sont pas représentés. Un groupe de travail OMS-IASP (Organisation mondiale de la santé – International Association for the Study of Pain) travaille à une nouvelle classification qui sera intégrée à la CIM-11, à paraître début 2022.
La douleur chronique y est définie comme une douleur d’une durée supérieur à 3 mois, qui peut exister seule ou représenter la plainte principale (douleur chronique primaire ou ‘douleur maladie’ comme la fibromyalgie) ou être secondaire à une maladie sous-jacente [1]. Cette classification indique les diagnostics différentiels qui sont parfois nécessaires pour distinguer les deux étiologies et souligne qu’il existe des chevauchements entre les deux typologies (exemple : neuropathie douloureuse induite liée à une chimiothérapie qui peut être classée dans les deux).
Douleurs primaires ou secondaires
Les douleurs chroniques primaires touchent une ou plusieurs régions anatomiques, sont associées à une détresse émotionnelle ou un handicap significatif interférant dans la vie quotidienne. Elles ne peuvent être mieux expliquées par une pathologie douloureuse chronique. Ce sont des douleurs de type nociplastiques. Les anciens termes de douleurs somatoformes, fonctionnelles, dysfonctionnelles, non spécifiques…sont abandonnées. Elles comportent 5 sous-classes, dont les douleurs diffuses (type fibromyalgie) ou les douleurs primaires musculo-squelettiques (type lombalgie chronique non spécifique).
Les douleurs secondaires constituent à l’inverse le symptôme d’une maladie, même si elles peuvent être considérées comme co-diagnostic si la douleur chronique persiste au-delà de la guérison ou de la prise en charge de la maladie. On distingue 6 catégories de douleurs chroniques secondaires, dont celles liées au cancer (à la maladie ou son traitement, neuropathique ou musculosquelettique), celles d’origine post-traumatique (chirurgicales ou non), les douleurs neuropathiques (lésion ou maladie du système nerveux démontrée, douleur centrale ou périphérique), et les douleurs musculo-squelettiques, secondaires à une atteinte osseuse, articulaire ou musculaire, spontanées ou provoquées par le mouvement, principalement de type nociceptif. Parmi elles, la classification distingue celles associées à une inflammation (par infection, dépôts de cristaux…), à des modifications structurales (os, articulations…) et celles associées à des maladies du SN moteur (Parkinson, spasticité ...).
Cette classification va prendre en compte 3 domaines pour évaluer la sévérité, chacun étant codé sur une échelle numérique, et comportera 3 valeurs entre 0 et 3 dédiées chacune à l’intensité, la détresse et les conséquences sur les activités de la vie quotidienne. Elle permet également de prendre en compte les facteurs psycho-sociaux.

Conférencière : Pascale Vergne-Salle (Limoges)