Congrès de Rhumatologie SFR 2019 – La fibromyalgie, psychosomatique ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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La perception de la fibromyalgie et des patients fibromyalgiques pose de nombreuses questions, l’idée d’une origine psychosomatique de la maladie étant assez répandue. La psychologue Véronique Barfety-Servignat (Lille) a offert un éclairage intéressant sur le sujet, dans le cadre du Congrès de la Société française de rhumatologie (SFR).

Limites des critères diagnostiques

Pour la psychologue, la question n’est pas la réalité de la maladie, car il s’agit de la réalité du malade. « Ce sont des patients dont la douleur devient la tonalité de base de leur vie. Ils sont ‘malades de douleur’ » a-t-elle souligné. L’idée est donc bien de sortir de la dichotomie entre maladie auto-immune ou maladie psychosomatique.

Les critères ACR 2016 définissant la maladie sont des critères de douleur généralisée, diffuse, associée à des signes cliniques (troubles du sommeil, fatigue, troubles cognitifs….). Pourtant, la douleur chronique telle que définie par l’IASP ( International association for the Study of Pain ) est une « expérience sensorielle et émotion nelle désagréable associée à un dommage tissulaire réel ou potentiel, ou décrite dans des termes similaires ». Ainsi, la définition de l’ACR nie tout l’aspect sensoriel de la maladie. D eux études internationales ont décrit qu’environ 75% des patients fibromyalgiques ne remplissent pas les critères de l’ACR et que les rhumatologues n’identifient pas 50% des sujets souffrant de fibromyalgie alors qu’ils considèrent comme fibromyalgiques 12% de patients sans critères [1,2]. Aussi, les critères diagnostiques sont probablement non satisfaisants et devraient être améliorés pour dissiper les idées fausses qui entravent la prise en charge [3].

Psychosomatique : de quoi parle-t-on ?

La terminologie psychosomatique correspond à des troubles physiques aggravés par des troubles psychiques ainsi qu’à un fonctionnement particulier dans lequel se développe une pensée concrète et opératoire associée à une pauvreté imaginaire et une répression des affects. « Elle concerne la façon dont une faiblesse organique et une fragilité psychique viennent à se rencontrer » précise la psychologue. Ce n’est donc pas une « terminologie poubelle » que l’on doit appliquer aux situations dans lesquelles l’organicité est douteuse et associée à des troubles de l’affectivité et du comportement.

Représentation de la fibromyalgie

Les patients se plaignent de l’absence de reconnaissance de leur maladie au niveau médical ou administratif. La patiente fibromyalgique a longtemps été re nvoyée à l’hystérique. Une étude menée auprès de médecins, auxquels il était demandé de noter des maladies en fonction de la représentation du ‘prestige’ qu’ils pensaient que le personnel de santé leur attribuait, a montré que la fibromyalgie était la moins prestigieuse, avec la cirrhose du foie, la dépre ssion et l’anxiété, les maladies typiquement masculines ayant par ailleurs globalement plus de prestige que celles touchant les femmes [4].

Hypothèses et doutes

Beaucoup d’hypothèses ont été posées à la recherche de biomarqueurs de la maladie, mais aucune n’a apporté de certitudes. « Notre psychisme et notre corps agissent et interagissent l’un sur l’autre, notamment la douleur , rappelle la psychologue. Quand tout a l’air psychologique, cela prend quand même place dans le corps. Il n’existe pas de douleurs imaginaires. Les douleurs sont réelles, puisque le patient les vit. La définition de l’IASP le rappelle : il ne peut y avoir de douleur physique sans contrepartie psychologique et inversement ».

L’hyperactivité motrice, fréquente dans la fibromyalgie, permet d’échapper à la douleur, car elle est un bon régulateur de l’angoisse, dans un contexte souvent peu valorisant (image de soi altérée, faible confiance en soi…). Des études ont décrit que les maltraitances, les violences psychiques ou physiques auraient un impact sur le développement et l’entretien de la fibromyalgie. Dans l’histoire du patient, on retrouve aussi la notion de transmission du trauma : parfois le patient a occupé une place d’enfant thérapeute auprès de sa mère ou d’un autre adulte proche, en répondant aux besoins de celui-ci, et en négligeant les siens. D’où une négligence de soi à l’âge adulte, et une explication de l’hyperactivité.

Du côté médical, « on accepte plus facilement de parler de douleur que de souffrance, qui comporte parfois l’idée d’une faiblesse personnelle ». Le diagnostic de la fibromyalgie surgit généralement en situation d’impasse. « Donc l’essentiel n’est pas de savoir si le diagnostic est justifié mais de se demander pourquoi il est envisagé et avec quelle conséquence pour le patient » . Il faut savoir comment la souffrance surgit, comment elle persiste et évolue. Il faut identifier le fonctionnement psychique pour adapter au mieux la prise en charge. Le travail entre somaticien et psychologue est complémentaire.
En conclusion, a proposé la psychologue «
il faut garder en mémoire que le fonctionnement humain est somatopsychique, puisque corps et mental fonctionnent ensemble ». C’est plutôt sous ce terme que la fibromyalgie devrait être considérée.