Congrès de Rhumatologie SFR 2019 – Douleurs de croissance : mythe ou réalité


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Rose-Marie Javier (Strasbourg) a cherché à répondre à cette question dans le cadre d’une session présentée lundi 9 décembre au congrès de la Société française de rhumatologie (SFR). « Le nom [douleurs de croissance] n’est pas approprié car selon moi, il n’y a pas de preuve osseuse formelle , a-t-elle expliqué . S’agit-il de douleurs réellement liées à la croissance, ou de douleurs s’exprimant durant la croissance. Cependant, c’est une plainte fréquente qu’il faut entendre, interroger et examiner, afin de rassurer les parents après investigation ayant écarté un diagnostic différentiel ».

Une plainte fréquente

Une étude OMS a montré par exemple que 45% des enfants de 11 à 15 ans présentent des douleurs chroniques au moins une fois par semaine, et 20,6% d’entre eux souffrent de douleurs chroniques diffuses musculosquelettiques, une plainte croissante avec l’âge et le sexe féminin [1]. L’étude française IDEA menée dans les centres de douleurs pour enfants montre aussi 21% d’enfants présentant des douleurs diffuses [2]. Dans une étude britannique, 21,4% d’enfants de 8 ans suivis depuis l’enfance présentent des douleurs de croissance ( growing pain ), 3,4% au long cours, avec un doublement des douleurs des membres inférieurs entre 5 et 13 ans [3].

La clinique des douleurs de croissance

En pratique, ce sont de jeunes enfants mais aussi des adolescents qui sont concernés. Ces douleurs sont bilatérales, touchent généralement les membres inférieurs (tibia, mollet, plus rarement les cuisses) qui favorisent les pleurs chez les plus jeunes et les troubles du sommeil (ce qui peut faire penser au syndrome des jambes sans repos, SJSR). Elles sont plus douloureuses avec la pratique du sport [4], peuvent durer plusieurs mois et favoriser l’absentéisme scolaire, et elles se manifestent toutes les semaines pour 45% d’entre eux [5]. Les douleurs disparaissent ou diminuent fortement avec le temps, mais ceux qui ont un seuil de tolérance bas à la douleur vont souvent moins bien évoluer, suggérant potentiellement un phénotype de sensibilité particulier, non identifié pour l’heure.

Quels sont les diagnostics différentiels ?

Quand la douleur est bilatérale, les principaux diagnostics différentiels sont le SJSR, la fièvre méditerranéenne familiale, certaines maladies métaboliques (de type maladie de Fabry). L’hyperlaxité et l’hypermobilité, fréquentes chez les enfants obèses, sont souvent associées à des douleurs squelettiques, plus particulièrement au niveau des membres inférieurs.

En cas de douleur unilatérale, il faut penser aux fracture de fatigue. La radiographie permet de les identifier ou mettre en évidence des pathologies moins fréquentes type arthrose, tumeurs osseuses (cf AUDIO), voire rares (type dysplasie fibreuse mono-ostotique ).

Les fractures de fatigue sont un point important : de nombreux enfants ont beaucoup d’activités extra-scolaires dont des activités sportives très sollicitantes. Si les sports à impact (football, basket, course...) sont ceux qui vont le plus souvent favoriser les fractures [6], les fractures de fatigue peuvent survenir sans choc ou chute. Elles peuvent parfois survenir simultanément des deux côtés.

Il faut savoir que 90% de la masse osseuse est acquise pendant la croissance, dont la moitié durant les 4,5 ans encadrant la puberté. De plus, la fixation du calcium est décalée d’une année par rapport à la vitesse de croissance de la masse maigre… L’analyse épidémiologique des fractures montre que la puberté est un moment transitoire de vulnérabilité de l’os [8] durant lequel il faudrait être vigilant, notamment en matière de pratiques sportives.

Vitamine D et approches non pharmacologiques

Il faut interroger la famille (histoire familiale), identifier la poussée de croissance et chercher l’hyperactivité extrascolaire. In fine , les douleurs de croissances seraient celles qui sont symétriques en l’absence de signes généraux, sans fièvre, fatigue ou amaigrissement, sans traumatisme, éruption cutanée ni boiterie. On peut doser la NFS, la CRP et réaliser des radios guidées si nécessaire. Attention à ne pas méconnaître les causes organiques. L’aspect unilatéral, la sensibilité de la peau, la localisation articulaire, les douleurs au réveil, les gonflement, rougeurs, boiterie, font exclure les douleurs de croissance, avec en cas de doute, la réalisation d’une scintigraphie.

Le dosage de la vitamine D est recommandé, notamment les enfants à risque (phototype élevé, maladie inflammatoire intestinale,…), la vitamine D étant indispensable pour l’acquisition du pic de masse osseuse : tous les enfants devraient, selon les recommandations européennes, recevoir 600 UI/j de VitD3 entre 1 et 18 ans, la plupart des adolescents étant carencés.

Le NHS ( National Health Service ) propose des approches non pharmacologiques : massage des jambes, bouillotte, chaussures adaptées, bain avant le coucher. Le stretching a fait l’objet d’études anciennes qui avaient conclu positivement, mais elles sont insuffisantes pour statuer. La vitamine D permet d’abaisser l’intensité de la douleur. Les antalgiques peuvent être éventuellement envisagés après avoir écarté tous les diagnostics différentiels, mais avec parcimonie. La pratique sportive doit être réfléchie (sport adapté durant cette période de vulnérabilité).