Complications liées au diabète gestationnel : un instantané exhaustif de la situation française


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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En France, l'incidence du surpoids et de l'obésité progresse chez les femmes en âge de procréer, et avec elle le risque de développer un diabète de type 2 avant la grossesse ou de présenter un diabète gestationnelle. Les données exhaustives permettant de prédire l'impact de ces troubles métaboliques sur l'évolution de la grossesse sont en réalité peu nombreuses et découlent pour la plupart d'études monocentriques ou relatives à des cohortes de faible effectif. Par ailleurs, les travaux qui y sont consacrés présentent généralement deux risques de biais : le biais de temps immortel (période de suivi au cours de laquelle l’évènement d’intérêt ne peut survenir) et les cas de diabète de type 2 prégestationnel posés lors de la grossesse. Pour éviter ces limitations, une étude observationnelle de large envergure vient d'être conduite sur l'ensemble des femmes enceintes françaises en 2012 afin d'établir la prévalence du diabète gestationnel, d'évaluer les suites périnatales de cette grossesse et d'établir si celles-ci diffèrent selon la nature de la prise en charge du trouble métabolique.

Méthodologie

  • Cette étude transversale a été conduite à partir des données 2012 du PMSI (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information) et du SNIIRAM (Système National d’Information Inter-Régime de l’Assurance Maladie).

  • Tous les accouchements et interruptions médicales de grossesse survenus après la 22e semaine de grossesse ont été recensés et analysés.

  • Un algorithme a été défini pour identifier les femmes ayant un diabète de type 2 ou un diabète gestationnel, et les différencier de celles ayant un diabète de type 1.

  • Les femmes atteintes de diabète de type 2 étaient celles s'étant vues dispenser au moins trois fois un antidiabétique oral au cours de l'année précédant la grossesse et ayant parallèlement au moins un facteur supplémentaire (HbA1c ou bandelettes de glycémie mesurée dans l'année précédente, ou statut HAD (affection longue durée) prégestationnelle de diabète, ou antidiabétiques oraux ou insuline au moins une fois pendant la grossesse ou au cours de l'année suivante).

  • Les femmes atteintes de diabète gestationnel étaient celles qui avaient avaient reçu au moins une fois de l'insuline au cours de la grossesse et/ou qui avaient eu une dispensation d'au moins 200 bandelettes de glycémie durant la grossesse à deux occasions au moins, et/ou celles qui avaient un diagnostic de diabète gestationnel enregistré tel quel dans le dossier d'admission.

  • Les événements obstétricaux ont été recensés (accouchements prématurés, césariennes éclampsies et pré-éclampsies) ainsi que les complications foetales et néonatales (macrosomie, paralysie de Erb, fracture de la clavicule, malformations congénitales du système circulatoire, du système nerveux, décès périnatal, asphyxie néonatale, détresse respiratoire).

  • Des analyses en sous-groupes ont été conduites sur les accouchements survenus après la 28e semaine de grossesse (définissant la fin de la période de dépistage du diabète gestationnel) et sur ceux survenus à terme, afin de réduire le biais de temps immortel.

Résultats

  • Les données relatives à 796.346 accouchements et interruptions médicales de grossesse ont été collectées sur l'année 2012. Le diabète gestationnel et le diabète de type 2 concernaient respectivement 7,24% et 0,24% des femmes concernées. Le diabète de type 1 touchait lui 0,16% d'entre elles.

  • Le diabète gestationnel était plus fréquent avec l’avancée en âge au moment de la grossesse : de 2,3% chez les femmes de moins de 20 ans, jusque 16,1% chez celles de plus de 40 ans.

  • Les données néonatales et obstétricales ont pu être analysées dans 88,5% des cas (n=705.198, sur 716.152 nouveaux-nés), parmi lesquels 6,7% de diabète gestationnel.

  • Le risque de césarienne (odds ratio ou OR) ajusté sur l'âge de la mère et l'âge gestationnel était de 1,4 chez les femmes ayant un diabète gestationnel par rapport à celles n'ayant pas de diabète. Celui d'éclampsie ou de pré-éclampsie et celui de naissance prématurée étaient respectivement de 1,6 et de 1,2.

  • Toutes les complications néonatales étaient aussi significativement augmentées en cas de diabète gestationnel, hormis le risque de malformations du système nerveux. Enfin, le risque de décès périnatal était inférieur chez les enfants nés de mères ayant un diabète gestationnel (OR ajusté sur l'âge de la mère : 0,7).

  • L'analyse en sous-groupe conduite sur les accouchements survenus après 28 semaines confirmait l'augmentation du risque de naissance prématurée, de césarienne, de macrosomie, de détresse respiratoire et de malformations cardiaques liées au diabète gestationnel (OR de 1,3, 1,4, 1,7, 1,8, 1,1 et 1,3 respectivement). Par ailleurs, ces odds ratio étaient encore supérieurs pour les femmes qui n'étaient pas traitées par insuline.

  • L'analyse en sous-groupe conduite sur les accouchements à terme décrivait un risque accru de mortalité périnatale liée au diabète gestationnel de 30%. Cependant, après exclusion des cas potentiels de diabète pré-gestationnel non diagnostiqués par exclusion des femmes ayant reçu de l'insuline ou un antidiabétique oral dans l'année suivant la naissance, ce risque n'était plus que modérément augmenté (OR 1,3).

Limitations

  • Les données relatives à 11,5% des naissances n'étaient pas disponibles.

  • Certaines données comme le contrôle glycémique ou l'IMC des patientes n'étaient pas connues.

À retenir