Commotion cérébrale et sport : quelles connaissances, quelles perspectives ?

  • Zetterberg H & al.
  • J Intern Med
  • 1 juin 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les traumatismes crâniens répétés et les commotions cérébrales constituent une problématique fréquente en médecine du sport. Une revue parue dans le Journal of Internal Medicine fait le point sur le sujet.

Traumatismes crâniens et risque de démence

Les liens entre la répétition des impacts à la tête, ou des traumatismes crâniens légers, avec le risque ou la survenue de démence a fait l’objet de nombreuses études. Il semble, selon des études en population, qu’il existe bien une association entre les traumatismes légers et la fréquence de la démence (risque multiplié par 1,2 et 3,3 selon les études). Ce risque existerait même pour les traumatismes crâniens sans perte de conscience. En revanche, le mécanisme physiopathologique sous-tendant ces associations reste à décrire avec précision : apparition de lésions spécifiques ou diminution de la réserve cognitive.

Qui sont les sujets les plus à risque d’encéphalopathie traumatique chronique ?

L’encéphalopathie traumatique chronique (ETC) correspond à un ensemble de symptômes moteurs, cognitifs, comportementaux et une atteinte de l’humeur. Elle a été décrite dès les années 1920 chez les boxeurs, et associée à la répétition des chocs à la tête. Pour autant, tous les sujets soumis à des impacts répétés ne développent pas d’ETC. Par ailleurs, la présentation clinique de l’ETC peut être différente selon la nature et les conséquences des impacts induits par le sport (boxe, football américain…). Des études ont pu décrire l’ETC comme une tauopathie, ou la relier à la présence de biomarqueurs spécifiques, mais aucun n’a été pour l’heure validé comme marqueur diagnostique formel.

Imagerie diagnostique

L’IRM structurelle offre un moyen diagnostique et pronostique plus sensible que le scanner pour l’appréciation des lésions microstructurales et de leur évolution. L’imagerie de susceptibilité magnétique est particulièrement sensible pour repérer les microhémorragies tandis que l’IRM de diffusion permet d’identifier des lésions parfois non détectées par des techniques d’IRM plus conventionnelles.

L’IRM fonctionnelle utilisant le signal BOLD constitue, elle, un moyen de mesurer indirectement l’activité neuronale. Une méta-analyse menée à partir des données recueillies en phase aiguë ou chronique du traumatisme crânien, a par exemple mis en évidence la diminution de l’activité frontale même après un traumatisme léger, tandis que d’autres travaux ont montré une association entre cette hypoactivité frontale et la fatigue, même à après la phase aiguë.

La TEP permet d’identifier les plaques amyloïdes spécifiques de l’ETC. Leur marquage par 11C-PIB a permis de décrire leur présence dans le cortex cingulaire postérieur, comme dans la maladie d’Alzheimer mais également de façon spécifique, dans d’autres régions comme le cervelet. D’autres marqueurs, comme le flortaucipir ( marqueur spécifique de la protéine tau phosphorylée) , sont à l’étude.

Perspectives autour des biomarqueurs

Au sein du liquide cérébrospinal (LCS), la concentration de la protéine tau et encore plus, celle des neurofilaments à chaîne légère, est augmentée suite à un traumatisme crânien léger, et associée à une augmentation de marqueurs pro-inflammatoires en phase aiguë (IL-6, IL-8, IL-10).

Au niveau sanguin, l’augmentation de la concentration plasmatique en protéine tau-T à 1 heure permet de prédire le retour à l’activité sportive après une commotion liée au sport. Enfin, la concentration en neurofilaments à chaîne légère dans le sang reflète celle du LCS. Elle semble aussi refléter l’ampleur cumulée des impacts sous-commotionnels répétés au cours d’une saison sportive et pourrait aider à discriminer les athlètes pouvant ou non reprendre l’activité.

Des études préliminaires ont été conduites en métabolomique, mais sont pour l’heure trop rares pour avancer de premiers éléments.