Comment réduire la fréquence des troubles sexuels chez les schizophrènes ?

  • Dumontaud M & al.
  • Prog Neuropsychopharmacol Biol Psychiatry
  • 9 nov. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Chez les sujets schizophrènes âgés de 18 à 70 ans, la prévalence des troubles sexuels est élevée allant de 30% à 82% selon les études. Ils apparaissent de façon plus précoce que dans la population générale.
  • Chez les hommes, ces troubles se manifestent le plus souvent par une dysfonction érectile, tandis que la perte de libido est prépondérante chez les femmes.
  • L’existence de symptômes dépressifs majeurs représente un facteur de risque important, de même que la prise d’antipsychotiques à fort effet antidopaminergique.
  • La prise en charge des troubles dépressifs, la réduction des doses d’antipsychotique ou le choix d’une molécule épargnant la prolactine comme l’aripiprazole représentent des leviers importants pour améliorer ces troubles.

 

Les troubles sexuels concernent une part importante de la population après 40 ans et sont plus fréquents encore en cas de pathologie psychiatrique, en particulier en cas de schizophrénie. Ces troubles sont liés en partie à la pathologie (psychose, dépression, addictions, etc.), mais aussi aux antipsychotiques. Ils sont associés à une altération de la qualité de vie et représentent l’un des motifs les plus fréquents d’arrêt de traitement, impactant ainsi directement l’évolution de la pathologie. Un tiers des patients schizophrènes étant sous antidépresseurs, il est également possible, quoique non démontré, que la dépression ou la prise d’antidépresseur puissent favoriser la survenue ou l’entretien de troubles sexuels. Une revue de la littérature réalisée par une équipe marseillaise fait le point sur la prévalence de ces troubles et les facteurs de risque associés dans cette population.

Plus de troubles sexuels chez les sujets schizophrènes que chez les sujets contrôles

À partir de l’analyse de 89 études représentant 25.490 sujets schizophrènes âgés de 18 à 70 ans, la prévalence des troubles sexuels s’est révélée élevée, concernant globalement 30% à 82% des sujets des deux sexes, 33% à 85% des hommes et 25% à 85% des femmes selon les publications. Ces larges fourchettes, s’expliquant par l’hétérogénéité des études, ne permettaient pas de calculer une prévalence moyenne. Il s’agissait le plus souvent d’une perte de libido dans les deux sexes (28% à 54%), d’une dysfonction érectile chez les hommes (31% à 95%) et d’une perte de l’excitation chez les femmes (17% à 93%). À un âge donné, les hommes schizophrènes présentaient plus souvent des troubles sexuels (dysfonction érectile, perte de libido, troubles de l’éjaculation et de l’orgasme) que les sujets non atteints de la maladie et les femmes davantage de perte de libido. Il faut noter que la prévalence de ces troubles augmentait avec l’âge chez les patients schizophrènes comme chez les sujets contrôles, mais avec une survenue plus précoce chez les schizophrènes.

Les facteurs de risque associés aux troubles sexuels

Plusieurs facteurs ont pu être associés à un surrisque de troubles sexuels comme le fait d’être célibataire ou divorcé, d’être sans emploi ou d’avoir de faibles revenus. La sévérité de la pathologie (existence et fréquence des épisodes de troubles psychotiques et des hospitalisations, survenue précoce, symptômes négatifs et évolution continue de la pathologie), et l’existence de troubles dépressifs majeurs, étaient associées à un risque plus important de troubles sexuels. Parmi les antipsychotiques, la prise de molécules de première génération, de certaines molécules de seconde génération (en particulier la rispéridone), et l’association de plusieurs psychotiques, ont été associées à un risque plus élevé de troubles sexuels, les deux premières ayant aussi été associées à une augmentation des taux sanguins de prolactine pouvant expliquer les troubles. Le risque augmentait en effet avec la dose quotidienne et avec la puissance de l’effet antidopaminergique (responsable de l’effet hyperprolactinémiant). L’aripiprazole, un antipsychotique épargnant la prolactine, est considéré comme la molécule de référence, car de moindre risque, en cas de troubles sexuels. La prise d’antidépresseurs n’a pu être associée aux troubles sexuels dans cette population.