Comment préparer les pays de l’hémisphère Sud à l’arrivée de l’hiver et du COVID-19 ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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À retenir :

  • Les pays de l’hémisphère Sud se dirigent vers l’hiver : la transmission de tous les virus respiratoires va donc augmenter et aggraver la saturation des systèmes de santé en cas d’épidémie de COVID-19
  • En l’absence de vaccin contre le COVID-19, augmenter la couverture vaccinale anti-grippale et anti-pneumococcique paraît légitime pour éviter les cas graves de ces infections et ainsi soulager le système de santé
  • Ces couvertures vaccinales sont insuffisantes dans les pays de l’hémisphère Sud à revenu faible et intermédiaire ayant des systèmes de santé déjà fragiles
  • Une réflexion semble nécessaire pour anticiper ce problème…

Dans l’hémisphère Nord, on ne sait pas encore si l’arrivée du printemps et de l’été pourra aider à diminuer la propagation du SARS-CoV-2, mais on sait au moins que cela aura un impact sur la majorité des autres virus respiratoires qui circulent principalement l’hiver. Par exemple, l’épidémie de grippe est en train de diminuer en France, ce qui est une bonne nouvelle pour le désengorgement du système de santé.

Cependant, si la venue des beaux jours arrange les pays de l’hémisphère Nord qui se battent actuellement contre le COVID-19, ce n’est pas le cas pour les pays de l’hémisphère Sud qui viennent de passer à l’automne et bientôt à l’hiver. La transmission de tous les virus respiratoires va donc augmenter, comme celle du SARS-CoV-2 s’il est introduit dans ces pays. Comment les pays de l’hémisphère Sud à revenu faible et intermédiaire peuvent-ils se préparer pour atténuer l’impact de l’épidémie de COVID-19 sur leur système de santé déjà fragile ?

Bien que les premiers essais de phase I aient commencé, un vaccin contre le COVID-19 ne sera pas disponible avant l’arrivée de l’hiver dans l’hémisphère Sud. En revanche, des vaccins sont disponibles pour prévenir d’autres infections respiratoires et ainsi réduire les consultations en soins primaires, les hospitalisations et la morbimortalité liées à ces infections. Pourtant, ces vaccins ne sont pas suffisamment utilisés…

Par exemple, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que chaque année dans le monde, l’épidémie de grippe est responsable de 3 à 5 millions de cas graves et de 290.000 à 650.000 décès liés à une cause respiratoire. La vaccination contre la grippe permet de diminuer le risque de maladies sévères, d’hospitalisations et d’admissions en soins intensifs. Ainsi, si les pays de l’hémisphère Sud sont frappés cet hiver par une épidémie de COVID-19 en même temps qu’une épidémie de grippe, réduire l’impact de la grippe en augmentant les programmes de vaccination pourrait être un facteur essentiel pour permettre aux systèmes de santé de tenir le coup. Cependant, le taux de couverture vaccinale anti-grippale des populations à risque est insuffisant dans les pays de l’hémisphère Sud à revenu faible et intermédiaire, notamment par manque de moyens financiers et d’approvisionnement en vaccins. La vaccination des professionnels de santé contre la grippe est également un facteur important pour réduire l’absentéisme.

De la même manière, la bactérie Streptococcus pneumoniae reste la principale cause de pneumonie communautaire et circule surtout l’hiver. La vaccination anti-pneumococcique peut donc permettre de réduire les hospitalisations pour pneumonie, les cas de pneumonie communautaire et les maladies invasives à pneumocoque. Bien que cette vaccination fasse partie du calendrier vaccinal des enfants dans la plupart des pays, elle n’est pas suffisamment utilisée chez les adultes à haut risque comme ceux étant positifs au VIH ou ayant d’autres causes d’immunodépression (incluant la baisse d’immunité liée à l’âge). Tout comme pour la grippe, améliorer la couverture vaccinale contre les pneumocoques chez les enfants et les adultes permettrait de soulager les systèmes de santé en cas d’épidémie de COVID-19.

Face à l’incertitude concernant la gravité de l’atteinte des pays de l’hémisphère Sud par le SARS-CoV-2 cet hiver, le principe de précaution est-il suffisant pour justifier le coût d’une augmentation de la couverture vaccinale anti-grippale et anti-pneumococcique dans ces pays ? Comment trouver les fonds ? À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles…